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Vendredi 6 juin 2008 5 06 /06 /2008 17:00

  S’il est une espèce aussi nombreuse, c’est que le milieu où elle évolue, l’eau, est un élément essentiel du vivant.  


        Petit Poisson des lacs étals et paisibles, des marécages herbeux, des rivières, des fleuves et des mers ou des océans, sans oublier la cage dorée des aquariums   où, comme d’habitude, l’homme te veut pour agrémenter sa solitude. Ta présence est partout, en un nombre incalculable de formes, simples ou imprévisibles. 


               

      

De l’ablette de canal au goujon des petites rivières tranquilles, à la truite argentée dans sa belle robe brillante, de l’anguille qui se cache dans les algues profondes ; de la carpe des lacs au brochet, ce redoutable carnassier qui dévore ses frères plus petits, au saumon qui remonte la rivière au prix d’efforts épuisants pour aller semer ses œufs, avant de mourir ou se faire croquer par un ours affamé ; des perches et des ombres de fleuves courants se jeter dans la mer ou les océans, te voilà bien dans ton rôle planétaire.

 Puis, en conquérant mers et océans, tu multiplies tes espèces à foison, frétillants par millions dans les habitats qui te protègent au mieux et assurent ta pitance et ta reproduction. Car tu es une espèce prolifère, généreuse en son abondance. Aussi, pour ton malheur, le pire des prédateurs ne s’est pas fait faute de te   pourchasser en pirogues, bateaux armés d’armes diverses, toutes plus meurtrières les unes que les autres. Filets à mailles pervers où tu te débats pour ta liberté.


    Au début, modestes cannes à pêche plus ou moins sophistiquées … ensuite, nasses et filets, harpons et lances crantées. Puis vint l’époque des carnages, énormes bateaux de pêches aux cales remplies d’une quantité phénoménale de toi, Poisson. C’est que tu rapportes gros aux gens de la mer, quoiqu’eux prennent des risques, tandis que le mareyeur qui t’achète pour assouvir son goût de l’argent te revendra à la grande surface ou au poissonnier, selon leurs demandes. Des tonnes de toi se déversent chaque matin sur les étals, toi, figé dans des lits de glace pour te conserver frais et vendable. De véritables usines à poissons te coupent en tranches et t’emballent pour ta dernière demeure, le ventre de ces quémandeurs de nouveautés, les hommes, avec leur appétit piscicole insatiable.  

La baleine a fait le frais de sa graisse pour les belles dames qui ne veulent pas vieillir, le requin donne ses ailerons pour des fanatiques qui espèrent voir leurs fantasmes monter d’un cran, l’orque et le dauphin sont devenus “poisson de cirque” dans les stations marines, pour le plaisir des yeux des gosses, ébahis par votre intelligence à comprendre le jeu. Poissons exotiques aux couleurs magiques, attirantes, quelquefois luminescentes, ornant les salons cossus de riches amateurs. Dans certains lieux, dits conviviaux, on t’a chloroformé pour te mettre en trophée de pêche au mur, en exposition. Jusqu’à la mitre des évêques ornant leur tête.


              

En somme, Poisson, tu fais don de toutes tes richesses sans que ce diable d’homme ne prenne le temps d’admirer tes perfections : ta gueule acérée de dents, tes ouïes palpitantes de vie, tes écailles finement ciselées pour la nage, tes nageoires   souples, ondulantes, si gracieuses, ta queue en V inversé qui te permet de te guider dans l’onde bienfaisante, et tes fuselages, si harmonieusement adaptés à chacun de tes mouvements. N’y a-t-il pas, là, de quoi s’émerveiller, et par contre-coup, penser à te respecter au lieu de te pourchasser à te faire disparaître de la Planète et de ses eaux indispensables à toutes les vies, nées d’elle, L’EAU.  

Par Djilali Jamaï - Publié dans : L'Enfant de Lumière (2008)
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