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Mercredi 20 août 2008 3 20 /08 /2008 21:00

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Crois à la simple magie de la vie. Sois ce cou tendu vers l'amour. Tu rentreras en force de mutualité, en lien de communion avec l'univers. Si l'homme ne peut pas parler avec son ou sa partenaire, il s'asphyxie. Pour dialoguer il est indispensable de quitter le pouvoir et de reconnaître sa propre relativité. Quand nous rencontrons quelqu'un, nous le saluons, nous lui disons viens me connaître. Je m'ouvre à toi, flaire- moi - l'image est émotion - Une fois dominée la peur de se livrer, on s'ouvre à la relation et à tous les phénomènes de la relation.

Après les ébranlements nécessaires et le refoulement de l'instinct de conservation dicté par la peur ancestrale, on découvre sa garde. Alors l'approche devient plus naturelle et l'échange plus facile. La rencontre brise la solitude. De solitaire, on devient solliciteur et de solliciteur sollicité. La boucle est bouclée, la communication s'établit et avec elle l'art de se connaître pour co-naître ensemble. La création révèle son caractère de chose formée dans la rencontre. Par les mots, elle se pense et se spiritualise. La tendresse et l'imagination font le reste. Enfin, me voilà apte à respirer comme un humain. La véritable intelligence ne peut naître autrement. La valeur des mots reliant les hommes prend tout son sens. La personnification s'établit et crée le dialogue. L'accueil est fait de la trame des relations vivantes et privilégiées que les êtres vraiment amoureux portent en eux.
Nous nous sommes arrêtés à une définition des mots qui enferme. Nous tournons le dos à l'évolution. Nous perpétuons une mathématique des systèmes et une physique des formes qui n'a plus cours.
Bloqués dans une réflexion du XIXe siècle, nous jugeons le monde à travers une optique conservatrice, perpétrice des modèles existants. Malheureusement, il paraît difficile de vivre mécaniquement dans un monde biocybernétique. Les traités classiques ont peuplé notre esprit de figures abstraites et austères alors que nous “scannérisons” notre regard dans le “fractale” de l'infiniment complexe.
Il est grand temps de déboucher le flacon magique. L'homme est à la mesure de toute chose. Les dragons se sont apprivoisés. Ils vont sûrement nous permettre de comprendre la nature de la nature. 

On appelle fabuleux tout ce qui est lointain. Les gens ne comprennent que ce qui est fabuleux c'est d'être vivant et porteur de mots vivants imaginant l'avenir. C'est cela qui est fabuleux. Là est la seule vraie question. L'argent est un gel de violence tandis que la créativité est une bouilloire d'idées. Étrange mathématique, étrange chimie entre ces deux pôles d'activités où se crée la nouveauté. Tout se joue sur la question des liens d'amour qui se nouent entre ces deux forces. Le calcul et la monnaie peuvent mener à l'obstruction de la créativité mais sans la créativité, le calcul devient stagnation et la monnaie stock encombrant. Comme une bouteille de bon champagne qu'on n'arriverait pas à déboucher pour le boire.

L'information par le mot est là pour servir de catalyseur à l'énergie libérée par la création pour enrichir la monnaie. La monnaie n'est qu'un terme d'échange pour populariser la créativité dans la distribution d'un nouveau bien être, libérateur de la nouvelle énergie, à concrétiser dans une nouvelle création. Le vivant ne thésaurise pas, il élimine pour ajouter une création à la création.

Qu'est-ce qu'un camp sans ennemi ? Un champ de bataille sans soldat ? La solution militaire est usée. La destruction est impossible. Aujourd'hui le corps fait harmonie ou disparaît pour toujours dans la diaspora atomique. Le grand se dénomme petit, le petit est un grand. D'où la triche géante, la triche à la révolution, la triche au temps des illusions pathétiques. Chacun reprend ses bombes et veut le pouvoir pour lui tout seul. C'est ce qu'ils appellent la dissuasion, l'équilibre de la terreur.
En bas ou en haut, à la périphérie ou au centre, bombes égalent destruction totale. L'apologue s'en tire hébété.

La peur des mots vrais paraît choisir entre la tyrannie et la foule en fusion : la première contre l'autre, il ne reste rien que la mort universelle. Je m'arrête un moment et je réfléchis. Chacun révolté contre lui, regarde vers lui, tend vers lui son écoute. Le temps des chimères des pouvoirs est révolu. La préhistoire de l'homme casseur de crânes doit s'arrêter là, sur le mont chauve vide de cervelle irriguée. Le processus entier doit adopter la théorie des ensembles, dans la généalogie des opérations. Il faut savoir saisir la chance - Elle ne passe qu'une fois
L'éducation romaine de la classe de calcul des légions de César est bien finie. Astérix, rentre ton poing vengeur, Obélix, ton bouclier frappant. Romains, Gaulois, Teutons, Slaves, Chinois, Iraniens, Irakiens, Tchadiens, Angolais, Salvadoriens, Américains, Noirs, Jaunes, Blancs, jetez vos armes, elles ont la même provenance : la bêtise. Allez manger ensemble le bon sanglier rôti à la taverne d'Ali Baba de vos créations magnifiées d'intelligence “reliée".

Chaque théorie voudrait tenir les faits, tous les faits dans sa main, dans sa main unique. Pas ici, au banquet de la simplicité, nous en restons aux multiplicités. Il faut partir ensemble pour fonder un ailleurs. L'homme est bien trop grand pour une si petite frontière. Cosmos, tu m'apparais.

Imprimer au langage des mots un certain tour stratégique qui, d'un mouvement glissant et violent, en infléchit le vieux corps en rapport avec la syntaxe et le lexique de mémoire au silence pesant. L'enjeu de l'opération n'est pas de se regarder parler pour ne rien dire mais de cesser de s'occulter pour vivre le mot senti sensuellement. Entamer son identité sociale pour jouir de son identité véritable et non d'un fantôme de vie au projet servile du paraître. Concilier le désir de reconnaissance, sans précipitation, avec la certitude de soi et l'ouverture de la mémoire dans un souci consciencieux de se connaître sans fausse pudeur, véritablement.

Cette expérience se mène si l'on est capable de maîtriser sa personnalité sans transgression, sans concession et avec cette liberté que tout être humain valable se doit d'acquérir au risque de se perdre. La coexistence à l'intérieur d'un univers bloqué, de types humains à ce point opposés explique assez le caractère explosif de nos sociétés. Les mots et l'expérience de la mémoire ne suffisent plus à canaliser la violence. Comme un poison, elle s'infuse dans le corps social, omniprésente et cancéreuse. Elle survolte les esprits, elle cabre les corps, elle tend l'atmosphère et la rend étouffante. Ce monde est une jungle où se cache une infinie misère personnelle. Chacun, en toute connaissance de cause, épuise sa sensibilité, obéit à ses pulsions et règle brutalement ses comptes. Le mal s'infiltre partout.

Dans cet anonymat de la vie solitaire, l'homme et la femme s'abîment et sont constamment menacés dans leur existence. Celui qui ne veut pas être un voyageur sans bagage devra par un travail personnel construire son univers, pour rester libre de soi-même, ne pas sacrifier à la médiocrité, s'ouvrir à des horizons plus vastes, élargir sa pensée, garder sa jeunesse combative et sa lucidité. La vie a le sens que nous lui faisons par le surgissement de notre créativité.

Ce qui fait jouir, c'est le langage avec tout ce qu'il dit et laisse entrevoir dans ses manques. Gare à l'homme qui n'y répond pas, il se frustre et s'étiole comme fleur fanée. En cherchant à transcender l'opposition du sensible et de l'intelligible, on soumet sa pensée à la richesse de l'expérience vécue. En quittant les discours destructeurs et ceux qui les tiennent, on se rend libre d'échafauder le sien dans la mouvance d'une étude personnalisée qui n'emprunte à la mémoire que ce qui lui tient de matériaux indispensables à une édification fondée sur le sensible.

Dans cette complexité métaphysique naît la soif intarissable de liberté qui fait l'économie d'une stratégie : appartient à la nature ce qui est universel et spontané, ne dépendant d'aucune culture particulière et d'aucune norme déterminée. Ce premier geste fondateur infléchit la pensée aliénée par les systèmes dans une direction ouverte où le chemin devient voie royale. À cette volonté de te tenir debout, s'ajoute alors, mon ami, cette joie d'être libéré. L'infini n'est sans doute ni un, ni nul, ni innombrable, il est d'essence ternaire.

L'avenir n'est pas un présent futur, hier n'est pas un présent passé. Il est là mais au-delà. Cette raison est suffisante pour qu'on la suive à travers le labyrinthe de nos contradictions.

Être mémoire, en somme, à travers les mots transferts de nos pensées, c'est accomplir le pèlerinage dans l'arborescence renouvelée du vivant. Rien, jamais rien n'est pareil, rien, jamais rien n'est fixé, le mouvement et le renouvellement est le fondement de la mémoire. Ma neurologie ne sera jamais déchiffrée par quelques savants “nobelés". Elle m'appartient en totalité et ne s'offre qu'à moi et c'est en cela que je peux dire ce que je veux et penser au même instant ce que je veux. L'ordinateur qui me décodera n'est pas encore construit et pas prêt de l'être. Il n'y a pas de sérum de vérité assez puissant pour me dénuder totalement. J'ai donc en le sachant ou sans le savoir, un jardin secret où je suis libre. vive la liberté !

Trois sortes d'échanges de mots sont à distinguer. Le dialogue authentique parlé ou silencieux où chacun des participants pense véritablement à l'autre ou aux autres dans la présence de leur vie, de leur façon d'être, dans l'intention mutuelle d'un partage vivant, le dialogue commerçant qui s'inspire uniquement du besoin pressant d'un accord pratique, le dialogue monologue où deux ou plusieurs personnes parlent pour elles, par des voies curieusement entrelacées, réduites à elles-mêmes. Je connais des gens qui se dépensent en activités sociales et qui n'ont jamais parlé d'être à être à leur prochain.

La naissance de la pensée ne s'effectue que dans l'entretien véritable avec soi et avec les autres. La vraie dialectique est un dialogue entre le TOI et le MOI, non un monologue de penseur solitaire. L'échange vrai doit être traité sur le terrain des réalités vitales. La présence se vit face à face - les mots lient les hommes dans une promesse.
La collectivité se fonde sur un respect des qualités et des défauts de ses membres. Ce n'est pas une fuite d'une personne mais une communion dans un destin plus vaste que celui de l'homme. Une société a toujours la valeur des hommes qui la composent.

L'apprentissage de la valeur des mots représente le caractère le plus important dans le rapport verbal des hommes. Apprendre les mots est aussi important que d'apprendre à respirer. Autrement, entre les hommes s'installe un dialogue de sourds. Le dialogue n'est pas seulement une affaire de luxe intellectuel, il relève de la Création, il appartient à la créature.

La détermination sociologique de l'homme croît. On ne saurait méconnaître que dans le cours de notre époque moderne, les hommes deviennent de plus en plus asservis aux circonstances et aux systèmes régissant leur vie. Nous voyons croître la masse des circuits enchevêtrés qui nous lient étroitement les uns et les autres dans une grande complexité de rapports sociaux. L'individu est constamment confronté au groupe. Cette croissance est le mûrissement d'une tâche à accomplir ensemble. Se heurtant à des obstacles de plus en plus nombreux, le chaos organisé actuel attend une percée libératrice. C'est la question primordiale des individus de ce siècle. La question qui se pose aujourd'hui est celle de la paix entre les hommes. La responsabilité est le cordon ombilical de la création. Nous sommes responsables les uns des autres. Ce n'est pas un renoncement, c'est une confrontation à la réalité. Reconnais-toi, français, iranien, juif ou arménien, chrétien, musulman, israélite ou athée... Tu n'en est pas moins homme en saignant, en mangeant, en déféquant et en baisant. Se posséder, c'est d'abord prendre conscience de cette appartenance à l'universel.

L'homme est une concrète singularité vivante reliée. Va devant toi, ton coeur rencontrera un battement plus vaste que le tien. La vérité n'existe que dans ta tête. La vérité est une créature. Si ton coeur et ton cerveau intègrent ensemble ta responsabilité en un dialogue entretenu par des mots que tu ressens vrais, alors les chemins ardus vers la montée du ciel te seront ouverts comme te sera ouverte ta vie.

L'homme dans la foule est comme un fétu de paille aspiré par le bas et par le feu, livré au courant désordonné de la masse. Il a l'impression de force alors qu'il est emporté par les fluctuations de sa dualité. Les bottes avec lesquelles il marche sont habitées par l'illusion d'un mouvement autonome. S'y abandonner aveuglement, c'est se perdre en chemin. Ligotage n'est pas liaison. La foule offre une absence, une totale irresponsabilité. C'est dans le calme bien accordé que toute décision devient vraiment authentique.

Gandhi a plus fait pour l'Inde en tissant ses vêtements et en jeûnant qu'en parcourant les routes. Pour devenir une personne, il faut pouvoir parler et dans le brouhaha de la foule, on ne parle pas, on hurle. C'est du fond de son existence que l'homme doit remonter jusqu'à lui, afin de s'apparenter à lui-même. Le doigt levé, le regard interrogateur, c'est d'abord vers toi qu'il faut te tendre pour changer. Si tu rentres en ton coeur et dans ta tête, dans l'amour, le reste viendra par surcroît.

Quand une culture est fermée, les mots s'abîment d'eux-mêmes et tombent en désuétude. À un certain niveau, toujours très superficiel, ils perdent leur force, à un niveau très intellectuel, ils deviennent un exercice de style pour leurs auteurs, dans la désaffectation générale. Les mots cherchent à nous faire voir, toucher, sentir, ce que les hommes par définition ne voient, ne touchent, ne sentent pas. Le monde extérieur n'est qu'une apparence de communication sans les mots.

Les faits ne pénètrent pas là où règnent nos croyances. La précieuse faculté de ne pas voir permet aux hommes d'oublier leur condition angoissante. Les mots cessent d'être entendu dès que leur présence n'entretient pas nos certitudes. C'est pour cela que tant d'hommes se trompent eux-mêmes et vivent dans l'erreur. Ce mensonge organique fonctionne chaque fois que l'homme ne veut voir que ce qui semble servir son intérêt ou telle autre disposition de son attention instinctive dont l'objet est prisonnier des croyances.

Chacun s'efforce d'écarter ce qui l'obligerait à des révisions lucides et salvatrices, préférant le confort souvent illusoire du présent à l'ouverture de la vie sur les réalités. Bien sûr, un regard circulaire ramène toujours au point de départ et un cercle protecteur semble plus confortable à gérer par le commun des mortels qu'une spirale logarithmique. Le bonheur d'être entre soi et de se dire les mêmes mots sécurise. Le train-train d'une cage dorée est pour la plupart préférable aux aspirations du grand large.

Ce chauvinisme de la fermeture étouffe toute créativité. Il duplique le modèle en place qui vieillit sur lui-même et crée ce cercle sclérosé et ennuyeux où les générations pataugent dans les idées toutes faites jusqu'au jour où un vent frais passe sous la porte de ce salon fermé et se transforme en typhon dévastateur, emportant tout sur son passage. Alors les mots reviennent sur la place publique et réinventent une raison de vivre et d'espérer en rejetant dans la mémoire le siècle passé.

Les mythes individualistes ou collectivistes sont frères car ils recouvrent toujours un pouvoir qui reflue l'homme à la périphérie du jeu vivant. Les esclaves gravitent autour de leurs maîtres et les maîtres eux-mêmes sont des esclaves du mythe de leur pouvoir. Le pouvoir est une fixation donc une fossilisation en marche. Il fomente de stériles rivalités pour mieux justifier de sa nécessité. C'est un élément négatif qui grandit peu à peu et finit par tout dévorer dans son ventre omnipotent de propriétaire des hommes qu'il soudoie.

Les gens de pouvoir se font illusion sur la pérennité de leur discours. Leurs mots sont creux comme eux à moins qu'ils n'aient une grande espérance à faire vivre aux hommes de leur génération. Quand on lit leur histoire, on s'aperçoit qu'une infime partie d'entre eux a bouleversé leur époque. La plupart sont réalités dérisoires ou guerres sanglantes. L'orgueil est toujours voué aux malentendus. La puissance est une impuissance transgressée.

Le moment présent, s'il n'est pas chargé de verbe créatif, est un vaste désert privé d'indices d'avenir. Les voilà renvoyés dos-à-dos dans le passé. Ils sont fixés toujours dans la pose. C'est pour cela que l'on élève des statues aux soi-disant grands hommes. Pour qu'ils ne bougent plus, figés dans leur mémoire où ils ne nous importunent plus. La statuaire est un art essentiellement historique. La permanence de la créativité et de la création est hors d'elle. L'homme est porteur de transcendance verticale par la vertu du verbe de sa pensée toujours en ébullition. Le vrai pouvoir est existentiel, il ne s'enferme pas dans une doctrine ou une idéologie : il vit entre les Dieux et les Démons, les renvoie dos-à-dos et se met au service de l'homme dans une étonnante liberté. Il témoigne et travaille à la frontière de la solitude et de la communication dans une communion de mots sincèrement partagés avec l'angoisse des hommes.

La fluctuation s'efface de soi quand le mot est sur la piste. Comme un coureur de fond, il va au bout de la travée. Courir la chance de l'improbable est son lot plutôt que de cheminer à pas menus dans la répétition d'une certitude figée. Si son feu se ternit, il le ranime par un jeu de miroirs concaves qui font converger les rayons et les illuminent. Le culte de la lumière et de l'enfermement, le mot le connaît bien, dans ses nombreux voyages à travers le temps. La procession s'avance muette, sourde, aveugle et brusquement éclate sur le forum de la conversation. Elle accouchera des frères ennemis, des victimes et des meurtriers, des amis et des amoureux et les mots pour le dire seront chaque fois différents au savoir de la fondation.

Le mot analyse en morceaux menus. Il donne la consistance. L'origine se découvre en extrayant sa racine de la terre. L'énergie usée à les inventer ne s'épuise qu'avec eux dans la géométrie des choses, quelle que soit l'avancée de notre savoir, ils ont le dernier mot. Le sage sait en plus qu'il n'est pas plus avancé que lorsqu'il commençait à les traduire. Le réel demeure voilé. L'erreur, la vérité, le su et l'ignoré ne sont que des images imparfaites. Le monde n'est pas fait d'une planète blanche et d'une planète noire, les couleurs de la complexité lui vont mieux. Victoire du soleil des mots sur l'ignorance des silences sans voix. La connaissance est patente et latente à la fois.

Les choses claires sont dites avec simplicité, les choses compliquées avec emphase. Le savoir n'est pas gratuit, il s'accompagne de la synthèse des mots. Il doit payer en monnaie domestique, donc en méconnaissance reconnue, pour être combattue. Je peux si je le veux, aller plus loin que moi-même. L'énergie, pour se développer, se paie d'information prise dans les mots. La lumière fait la guerre à l'ombre.

Qui demande le code, qui exige la construction, qui entasse mémoire sur mémoire, qui tricote noeud sur noeud ? Le mot. Le travail de l'oeuvre me montre chaque matin l'importance des mots. Grâce à eux la longue nuit laiteuse se transforme en clairière accueillante. Cette idée ne paraît étrange qu'à ceux qui ne font rien, dans l'inflation du temps. L'analyse délie en pulsions et en passions les chemins de la découverte. La connaissance est repliée sur soi si elle ne parle pas. Elle va vers la déflation du savoir et de dévaluation en dévaluation, elle perd sa racine productive. L'oeuvre est au féminin, il faut qu'elle accouche.

Comme la pâte du boulanger qui s'étire et s'étend, se plie et se rabat sous les mains habiles, les mots, en un geste exemplaire, s'ordonnent et s'associent en combinaisons subtiles, dans un mouvement machinal et complexe. Le temps rentre dans la pâte nourricière de syntaxe et passe, après avoir bien discouru, du souvenir à la mémoire : sa trace laissée.

C'est le vol d'une mouche ou d'une guêpe folle qui stimule l'imaginaire des mots. Alors, ils crépitent de toutes parts comme un feu de la Saint jean. Les trajets, les partages et les âges s'alimentent au grenier de la mémoire et par un enrichissement d'une fortune formidable gagnée à la roulette de la vie, les mots augmentent leur espérance, heureux de l'éveil que l'imagination leur fait découvrir. Ce retour à la lumière dans le bain scintillant du savoir nouveau leur donne envie de bavarder à plein avec ses intarissables maîtres que sont les humains, tout en rendant, dans la foulée, mainates et perroquets jaloux au point de se mettre à copier les arrogances de ces charmeurs de cirques.

Croire à soi-même grâce à l'autre qui vous reçoit cinq sur cinq comme disent les pilotes de ligne. Les mots à ce moment ne sont plus vestiges de l'illusion investie. L'homme est véritable afflux de souvenirs vivants. Retrouver la mémoire du temps, c'est retrouver l'impression authentique sous l'opinion des pouvoirs qui la recouvre. Accueillir une vérité que les hommes passent leur temps à fuir en copiant l'incopiable.

L'objet est pourtant insignifiant devant l'être accompagné de son verbe. C'est le mot qui objective l'objet beau ou laid. L'épreuve pour lui est constante. Quand le mot lui signifie une valeur, l'objet est catalogue et les révisions de procès pour lui sont rares. Le mot adjectif tourne autour de lui comme une planète autour du soleil et colle son orbite à l'attraction que ce dernier lui a fait. La mémoire enregistre le fait comme empreinte indélébile. L'objet subit, le sujet décide, le bas-fond dans lequel croupit l'objet est noir. Seul le mot peut l'en retirer pour le faire rentrer dans sa gloire. La puissance des mots.

La puissance des mots ! Voilà le danger ! Voilà le pouvoir ! La confiscation du savoir en mémoire, voilà l'homme en danger. Le mythe rejoint la réalité. La réalité dépasse la fiction. Juger ! Voilà le sacrilège suprême. La tentation de l'orgueil est éternelle. Elle devient irrésistible pour l'homme de pouvoir. À mesure que s'enflent ses voix, l'homme s'isole et la conscience d'exister se fait solitaire.

Les hommes allègent leurs souffrances par des mots d'accueil et des échanges dialogués. Chacun, dans sa tour d'ivoire, se croit exclu et s'efforce de cacher cette malédiction dans un comportement d'affirmation. Il n'y a pas de puissance libératrice et de maîtrise radieuse. Chacun, seul, se croit en enfer. C'est cela l'enfer. Dés qu'on ouvre la veine qui fait couler le flot des mots, on communique. C'est ce sang-là qui circule dans la vie et lui rend son sens amoureux. Il faut universaliser l'expérience de la solitude et quand les hommes et les femmes l'auront véritablement vécu, ils se rechercheront les uns les autres et feront l'amour ensemble. Nous sommes tous des emmurés. La haine est l'image renversée de l'amour. Mon ami(e), quand je baiserai la trace de tes pas, je serai enfin un être humain.

Le retour à la terre maternelle, à la génératrice des premiers pas confirme la nécessité de retrouver la mère. La féminité est bien plus qu'une série de trous à obstruer par une phallocratie, l'exacerbation suprême du pouvoir. Je te castre au nom de ma force dominatrice, je te soumets. La soumission enfle l'acceptation tacite, mais n'entraîne jamais au jaillissement conjugué des sensualités orgasmées. Le “prana", l'extase, ne peuvent pas naître sans montée dialoguée des profondeurs de l'être. L'amour est une fusion, autrement il n'est qu'une mécanique d'excitation individuée. Le plateau magique des charmes édéniques n'étant pas atteint, aucune vraie sensation n'est vécue plénière. Croyant la vivre ailleurs, on multiplie les expériences, cherchant l'aura là où elle ne peut pas être. Hors du partage de l'intensité, pas d'amour, de la gymnastique jouissante individuelle.

Aujourd'hui, la libération des moeurs a exacerbé le combat des chefs. Le remplacement du pouvoir des mêmes par celui des femelles n'est qu'un transfert de violence. La solution est dans la transmutation de ces deux idiotismes en véritable fusion des amours vécues. Le “phalloboy” veut toujours être plus qu'un homme. La “libwoman” veut être plus qu'une femme. Tous les deux sont stupides au même titre. Leur crétinisme est à la base du même orgueil. Pour que le va et vient ne soit pas stérile, il faut qu'il cause et qu'il écoute, donc qu'il partage. Les messages d'amour ne sont pas des flatteries délirantes. À être homme, je n'en suis pas moins femme. À être femme, je n'en suis pas moins homme. Dans la chaleur des mots et dans les yeux de la fusion de nos sexes perdus, je te retrouve “AMOUR".

 

Par Djilali Jamaï - Publié dans : La Mémoire et les Mots
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