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Mercredi 20 août 2008 3 20 /08 /2008 17:00

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Les hommes, sous la pression de leurs découvertes, se sont transformés en machines collectives. Cette erreur radicale est à réexaminer avec un regard lucide, sans complaisance pour établir un nouveau cheminement. Esclavage, travail obligatoire, embrigadement social, exploitation économique et guerre organisée, tels sont les aspects les plus sinistres d'une civilisation mal contrôlée : un détournement total des richesses planétaires et une atteinte à la créativité. De nouveaux concepts soutenus par de nouveaux mots sont à inventer. Il s'agit d'un changement général de conscience, d'une future personnalisation étendue à l'échelon cosmique.

Dans un monde où les quatre cinquièmes des individus sont opprimés et dépouillés du nécessaire, une mutation du langage et de la réflexion est à promouvoir. Faire l'autruche en se cachant la tête dans le sable est une stupidité. Aux arts policés de la coopération tronquée et percluse d'intérêts égoïstes cachés, répondons par une application universelle de la fraternité, avec une force combative contraignant la routine sclérosante de nos activismes.

À l'effondrement intérieur des individus s'ajoute aujourd'hui l'effondrement extérieur des économies. La cause la plus profonde de cette désaffection semble être dans un discours aux mots creux qui ne cadre plus avec la réalité de l'évolution créatrice nécessaire à l'homo sapiens.

Un langage adapté à l'homme novus en gestation est à inventer en urgence. Les éléments techniques ont rendu la vie dénuée de sens, faisant de la machine un objet de transfert amoureux dont la froideur mécanique a remplacé la chaleur sensible de l'homme. Les mots du vocabulaire courant se sont dénaturés. On n'aime plus les choses, on en profite. On n'aime plus les gens pour la richesse intérieure qu'ils représentent, on profite de leurs corps et de leurs âmes afin d'identifier égoïstement notre plaisir.

Le culte de ce pouvoir sur l'autre est rejeté par une jeunesse assoiffée de tendresse et de sensibilité, comme on rejette un manteau sale. Cette jeunesse n'a rencontré personne à qui parler, alors elle s'enferme souvent soit dans la drogue, soit dans le sexe ou la violence. Ma génération, au lieu d'accélérer la conversion des grands principes en des mots d'un langage vrai cadrant avec l'action universelle, s'est clôturée dans les frontières de l'avoir qu'elle protège, quoi qu'il en coûte. C'est son chant du cygne. Les digues se rompent, la vitalité de l'homme créateur reprend du service. La transformation est en cours. La vieille structure éclate sous les butoirs violents d'une haine mal contenue qui, en fait, n'est qu'un cri d'amour.

En ce moment singulier de l'histoire, toutes les forces de la vie se polarisent à la recherche expresse d'un nouveau langage qui puisse parler au coeur des hommes. Un esprit d'aventure marque ce nouvel émoi d'une respiration soutenue. On cherche des régions plus vastes que celles de notre petite planète étroite et sotte dans sa robe de vieille dame arrivée. Où aller ? Nulle part ailleurs que dans l'espace sidéral ! Moi homme du XXIe siècle, j'y danserai ma vie et je ferai l'amour au firmament. Je donne champ libre à ma liberté de parler aux étoiles et aux galaxies. Mes mots, à partir d'aujourd'hui, sont faits d'une respiration cosmique. Mon choix humain est au-delà des Bourses et des Cathédrales, fussent-elles Wall Street ou Notre Dame de Paris. Mon obstination va à l'imagination féconde. Je suis fou VIVANT CREATEUR d'infini.                             

Tout être conditionné par la matière ne peut pas accéder à la Création. À la rigueur il découvrira quelques chemins creux dans l'invention d'objets, mais malheureusement ne pourra jamais rentrer dans l'harmonie de sa condition totale. Il y a deux voies d'acquisition de la connaissance, la déduction, l'induction. Constatant un fait vécu, j'en déduis la valeur. Si je cherche à élucider la question par mes propres moyens, j'emploie la méthode inductive. Mais il est une erreur à ne pas faire, c'est celle de prendre mes désirs pour des réalités. La vie humaine n'atteint sa plénitude que lorsqu'on est en harmonie avec le réel des choses et des êtres.

L'homme est en train de faire la preuve d'une conscience nouvelle de l'univers. Son intrusion sidérale lui donne l'échelle de sa relativité cosmique. La grande peur revient au premier plan de sa réflexion. La majorité d'entre nous la cache sous la désinvolture d'un vécu matérialiste. Mais les pieds de ces géants d'argile reposent sur des sables mouvants. Un changement fondamental de dimension s'opère sous nos yeux à la rapidité fulgurante des processus de conquêtes technologiques.

Attention, les chemins conduisant à la stérilité d'esprit et de coeur, à l'apathie morale et à l'inertie intellectuelle donne naissance à une sclérose en plaques de la créativité. Tous les Dinosaures sociaux inaptes à vivre un monde en évolution, vont mourir dans l'inadéquation de leur raisonnement court. Le malaise de notre jeunesse est là pour témoigner, s'il en est besoin, de ce risque.

Nous nous trompons d'époque. Nous naviguons à contre courant de l'histoire évolutive. Nous attachons notre route à des chemins sans issue. Nos boussoles sont déréglées. Nos horizons sont limités à la sphère de notre incompétence. Projeter un regard neuf par intervention intelligente sur les facteurs d'évolution confirmés par les faits du vécu se déroulant sous nos yeux est un sport auquel nous sommes mal habitués.

Si j'écris, c'est pour sortir de moi-même et ce que je sais de mieux, c'est que je ne sais rien. La perfection est inaudible. L'homme peut faire ce qu'il veut, mais ne peut pas vouloir ce qu'il veut, son savoir a des limites. Homme, tu as les bras trop courts pour danser avec Dieu !

L'homme creuse le chemin de sa pensée logique en s'inventant un langage. Les mots jouent un rôle fondamental dans l'élaboration du savoir car ils autorisent plusieurs individus à comparer leurs propres expériences existentielles et permettent donc à chacun une expérience du même type dans le cadre de l'action. Le langage est donc indispensable. Grâce à lui s'établit la relation avec l'évènement. Grâce à ce moyen, l'homme va pouvoir se confronter à l'homme et se différencier des autres hommes et ainsi s'enrichir de créations et d'inventions nouvelles en symbiose avec l'engrangement de ce savoir diversifié dans sa mémoire génétique. L'acte existentiel est libre par rapport à l'essence liée de sa mémoire.

Cet "interagir" donne à l'homme la certitude d'avancer malgré la finitude de sa vie limitée dans le temps. Exister, c'est penser et être pensé par son alter ego. Bachelard disait : "un seul axiome dialectisé suffit pour chanter la nature". La connaissance est l'expérience sensible de l'homme enthousiasmé de recherches. Un homme sans émerveillement est un homme mort. Seul le feu intérieur communique la chaleur humaine. Notre époque sous estime trop l'importance de ce travail solitaire qui consiste à peaufiner cette finesse de propos. L'homme n'est artiste de sa vie que s'il rêve de faire jaillir une création de son propre univers.

L'invention est existentielle pure, la création essentielle pure, l'invention prolonge la création. Les mots se propulsent dans les deux formes d'expression avec cette différence que la création est explosion de connaissance innée, tandis que l'invention est travail de connaissance acquise. La pensée humaine a besoin de ces deux formes d'investigation du champ spirituel pour évoluer vers un enrichissement.

Pour être en termes amicaux avec toutes les parties de l'humanité, on se doit également d'être en termes amicaux avec toutes les parties de soi-même. Jusqu'ici, nous n'avons exploré que la surface de nous-, or, ce qui nourrit la pleine croissance de l'homme, c'est la mise en valeur de son intériorité et de sa sensibilité. Au-delà, se confirme la communication avec l'espèce, avec le passé, le présent et l'avenir, horizon où la vie s'élargit d'une connaissance plus vaste du vivant. Les mots vivants s'enrichissent de l'expérience des faits vécus.

Notre avance en zigzag, fréquemment arrêtée, à peine consciente sauf pour quelques hommes phares, ne peut pas s'arrêter. Elle va, s'achemine lentement sur les chemins caillouteux de la découverte vers un être plus grand. Tout effort constructif y tend et favorise les relations en élargissant la communication, la communion et la coopération. L'émergence de l'homme au-delà du cercle restreint de ses limitations se joue ici. Chaque mot sous-entend une signification de vie. Le verbe est le plus précieux des langages des expériences humaines. Sa mère, la mémoire, en est la gardienne vigilante.

Sans la relation intime de la parole, les hommes deviennent simplement des choses. La communauté de paroles, la communauté visible à portée de contacts corporels est la seule famille ouverte permise à l'homme. Là où porte le mot, là où la voix est audible, l'humanité peut exister et se créer. Un homme sans appartenance et sans racine est un solitaire. 

La liberté de se réaliser et la liberté d'action autonome sont les ancrages véritables d'un langage nouveau introduit dans la communauté d'enrichissement par l'éloge des différences. La nouvelle culture ne peut être faite que de respect et de responsabilité partagée. Des buts limités de paix, de puissance, de richesse, d'ordre et de savoir ne seraient que des mirages désespérants, qui laisseraient l'âme assoiffée si on les considérait comme les fins ultimes de la vie. L'homme est appelé à un destin plus grand. Le sens de son aventure, c'est la sacralité par intégration de la liberté responsable. Des expériences audacieuses sont en cours, dans le monde, en cette fin de XXè siècle.

La première exploration est maintenant finie. La nouvelle exploration a commencé. Elle se déroulera dans une société planétaire ouverte exigeant de continuels ajustements. Il n'y a pas d'autre richesse que la vie, l'homme noyé dans le matérialisme s'en rend compte. Les forces de vie retrouvent leurs capacités d'éléments dynamiques et les hommes sont appelés à reconsidérer leurs positions en facteurs de qualité.      

La personnalité capable de retournement et de nouvelle exploration sera capable de renverser les bornes de sa culture et de son histoire qui limitent souvent la croissance de la culture humaine au domaine de l'économique. Devenir soi, quelqu'un qui ne soit pas marqué de façon indélébile par un système de civilisation et de tabous d'un clan, pas prisonnier de sa caste, de sa position sociale, ni de ses références religieuses, apte à promouvoir une déprogrammation pour une sensibilisation absolue, en appartenance complète avec l'universel.

Notre espoir de créer un monde de l'intérieur et de l'extérieur, accessible dans toutes ses dimensions à tous les hommes, est utopique. La vision de l'unité, dans un travail commun n'est pas pour demain, à moins que la poussée des évènements y oblige. Concilier la durée et le changement, la variété et l'unité, le processus et le but, l'intérieur et l'extérieur, en créant un système étanche et fermé, tient certes, de la gageure. Et pourtant, il faut s'y attaquer, en ne perdant pas de vue l'unité de nous-mêmes et s'acharner à quitter nos limitations. C'est seulement dans l'action de vivre que s'opère cette dynamique. Quand nous commençons par l'individu, nous pénétrons tous les niveaux de la vie. Aucune harmonie, aucune prédestination n'est établie, grâce à une recherche constante de voies créatives, apparaissent çà et là des zones de ciel bleu qui transforment l'hiver boréal de nos médiocrités en plages chaudes de notre intelligence.

Les gens ont un besoin immense de tendresse, un besoin d'aimer, qui n'a rien à envier, rien à prouver, rien à compenser, qui réchauffe, qui protège et qui gâte. À ton écoute. Une oreille... Au bout du fil, attentive au trop plein d'interrogations, d'angoisses et d'exaltations mal formulées. Allez, viens, prends ma main, prends ma parole, je t'apprendrai la caresse, je te dirai mes mots d'amour, j'élargirai tes frontières, j'enflammerai tes rivages, je te rendrai passionnante et émouvante, souverainement vivante, vibrante à ta raison d'être, animée de la puissance de ta vérité. Tu reprendras la construction de ta vie là où le rose de tes joues mouillées de regrets virera au rouge vif du sang irrésistible de l'amour véritable.

L'émancipation passe par le plaisir, mais aussi par la lucidité et les décisions mutilantes de nos égoïsmes. À l’heure où la vie s'assombrit, retrouver ses premières racines dans un tourbillon de sentiments ouverts comme un sexe humide d'appels sucrés. Je vais transformer tes espoirs et tes doutes, ton trop plein de sensations qui se convulsent en débordements de joie. Déverse tes peurs, tes vertiges et tes fièvres, elles sont trop explosives pour les enfermer en toi.

Prends tes mots habituels, perle pour ne rien dire, parle pour parler, parle pour pleurer, parle pour rire des autres, pour rire de toi, pour te guérir de toi, pour t'aguerrir de toi. En faisant sortir de toi ce courant de mots en un rayon de voix, tu vas briser ce mur aveugle de ton aventure fermée, aplanir tout ce qui coince, tout ce qui fait problème en toi et tu laisseras couler. Ce fleuve boueux ira jusqu'à la mer qui le purifiera en l'absorbant. Redeviens femme séduisante, marrante, battante, intelligente aimante, qui a tout pour plaire, belle gueule, beau cul, belle vie. Reprends la vie comme les rênes d'un cheval fougueux, fière comme lui. Ecoute la différence qui est à côté de toi, enrichis-toi en pour être à ta richesse. Fais alterner la plus grande tendresse alliée à la plus humaine condition, vois les choses et les êtres tels quels, bâtis d'aventure et de science fiction. Avec humour et bonhomie, dans la splendeur âcre des orages, découvre des clairières cathédrales de bonheur. Aime, souffre et bâts toi, ne reste jamais indifférent. Fais belle alliance avec ta vie et la vie des autres. Crie ta vie, tes mots pour qu'on t'entende jusqu'au fond des déserts. Sois un opéra sauvage entre la griffe et la dent des hommes. Tu verras, ils sortiront leurs langues suaves et ils promèneront leurs lèvres çà et là sur ton corps salé. Ils mouilleront tes seins, ton ventre et ton sexe de salive rutée en les embrassant alternativement, fous d'un amour révélé.

Alors, ta pudeur tombera comme les feuilles mortes d'automne et tu te trouveras rougissante et nue, cabrée et libérée dans le resplendissant envoûtement de ta sensualité retrouvée. Architecture vivante, la faille de ton sexe s'offrira à la cartographie du plaisir tous azimuts. Tu découperas plages et rochers au chalumeau bouillant de tes jouissances insolentes en faisant crépiter en feu d'artifice les vagues sur la plage de tes mots.
Tu révéleras le fin fond des choses de ton corps. Au lieu de survivre à l'économie égoïste de toi-même, tu embraseras le ciel de ta puissante vérité, entraîné, happé par le bonheur de vivre.

Tes mots, les mots, ses mots, ne te seront plus barreaux de prison. Dans la tendresse et le charme, la faiblesse et les larmes, ils se couleront, lubrifiants bénéfiques et magiques, hurleront dans l'espace des frottements aléatoires, en souplesse et onctuosité. Ils élargiront l'île déserte intérieure de ton âme bloquée, révélant la sensibilité cachée de ton corps figé. En te dénudant, ils s'habilleront des moires les plus riches et des soies les plus douces afin que ton amour ait envie d'y caresser des formes enrichies.
Tu sortiras du sommeil somnambulique où tu te trouvais coincée, pour rentrer dans le rêve vivant de tes aspirations justifiées. Laisse toi prendre à la danse des éléments, vas-y du pas sûr de l'être libéré. Laisse vibrer ton humanité retrouvée dans le rapport subtil des admirations gratuites. L'éternité et l'amour habitent en nous. C'est notre orgueil et notre égoïsme qui leur font obstacle. Brisons nos chaînes d'hommes aliénés.

On se regarde attendant que l'autre s'offre à faire ce que les deux souhaitent, mais ce qu'aucun ne veut faire. L'atroce sècheresse de l'orgueil où l'on s'aime soi même au-delà de ce qu'on veut : fruit empoisonné qui mène à l'isolement, je lui préfère la passion intense, d'une conscience infiniment intéressée de l'autre. Ce qui ne signifie pas que je ne m'aime pas, car je fais partie intégrante de l'humaine condition et c'est dans ma juste valeur que je puise ma réalité. Mes mots sont les siens, ils ont même racine, sinon même entendement. Ils participent de la mémoire commune.

Après avoir pris d'assaut la nature, l'homme se retrouve seul avec ses outils. Ceux-ci le dispensent d'efforts surhumains pour vivre et lui gagnent à présent, son pain quotidien par robotisation. Ce pouvoir suprême annonce l'ère de l'homme solitaire s'il ne s'inscrit pas dans la Création. Sans pensée communicante, l'homme est un emmuré, dans la salle de ses machines, même s'il invente l'ordinateur et dialogue avec lui, il a besoin de l'autre. Nous sommes avant tout des communicants communiants. Sans communion, nous n'existons pas.

La connivence des mots en langage est la récompense suprême. En stratégie mondaine comme en désir amoureux, sans échange de pensées, la lumière se détourne de nous et la joie de vivre nous quitte. Nous rentrons dans les ténèbres du silence, car même en silence de mots, le moine cloîtré parle à Dieu. Tout développement authentique passe par le verbe. L'homme parle toujours même quand il se tait. Nulle pensée ne s'arrête. La pensée est l'unique femme au monde nous possédant totalement. Toute synthèse incomplète aboutit à l'objet, au concept abstrait, non à une relation vivante entre deux individus. Les mots, la mémoire : Seigneurs, rois des lieux au service de mon être.

Quand on croit tenir l'objet de son désir, il vous échappe. La parole seule symbolise l'objet et lui donne un sens. Dans l'objet, il y a la mémoire passée des formes à remettre en question pour une nouvelle création. Mais il y a bien plus. Il y a l'homme, les hommes et les femmes ayant pensé cet objet. Et ce sont les mots et les échanges ayant fourni cette remise en création qui confèrent aux choses leurs valeurs réelles. Un téléphone est plus qu'un téléphone, une assiette est plus qu'une assiette, un piano est plus qu'un piano. Ils sont l'oeuvre des hommes qui les ont pensés et inventés. Le respect dû à l'objet et le respect dû aux hommes qui les ont créés. L'usage n'est rien sans les mots qui l'explicitent. Tout reflet est évidemment postérieur à la chose qu'il reflète.

La vérité apparaît par éclair. La conscience claire est toute entière dans le mot juste. Elles puisent toutes deux dans le grand infini de la mémoire durée. Le malheureux cherche l'affirmation dans la possession, mais ne parvient qu'à la négation. L'heureux dialogue avec les choses et les gens de la vie s'entretient par une transcendance verticale de mots dits sur le ton de l'Amour. Le mal existe certes et il le sait. Il l'aime cependant au même titre que le bien, en dépassant les caricatures rivales du Bien et du Mal, dans un dialogue vivant avec la Vie.

Le mensonge organique fonctionne chaque fois que l'homme ne veut voir que son intérêt. L'homme abusé par lui se ment à lui-même. Les faits ne le pénètrent pas. Il ne veut pas les voir. C'est son train-train habituel qui fait tourner sa sphère de derviche jusqu'au jour où en ce monde clos il éclate. La pression de mots nouveaux crée de nouvelles idées renvoyant les anciennes en mémoire.

L'homme vit dans l'esprit de la contemplation d'un vis-à-vis avec qui échanger des mots. Les institutions et les systèmes ne produisent pas la vie publique, sans les mots qui tissent le tissu relationnel des communautés humaines. Pour être en vraie communauté, une relation vivante et mutuelle implique l'intrusion de sentiments vrais, pensés et vécus.

L'homme survit à la matière s'il oeuvre à la Création. Son oeuvre témoigne pour lui et monte au firmament de l'esprit, environné de la musique vivante et chaude qu'est son verbe, dans l'acte pur et dans l'action sans arbitraire des mots. Les institutions sont l'extérieur des choses, les sentiments sont le dedans des êtres. L'homme fait vibrer sa haine et sa tendresse à travers ses mots.

Si nous reportons à la vie d'aujourd'hui, à l'évolution des formes de nos rapports mutuels, nous apercevons que presque toutes traces de face à face avec relation pleine de sens ont disparu. Chacun lutte agressivement arrachant à l'autre un morceau de pouvoir, au détriment des équilibres vitaux de la terre. Le mécanisme politique est faussé par les jeux barbares d'une tyrannie masquée en fraternité. L'homme reste un loup pour lui-même.

La volonté utilitaire dominatrice reste légitime tant qu'elle régit le service du plus grand nombre. Dans le cas contraire, elle est abus de pouvoir. La volonté humaine doit être une volonté de relation et être portée par elle. Il n'y a pas de mauvais penchant jusqu'au moment où le penchant détache l'être de la relation. L'esprit est dans son élément seulement face à face avec le monde qui s'ouvre à lui, auquel il se donne, qu'il délivre par la parole.

L'homme trouve la garantie de sa liberté, la valeur de son être, dans la valeur de sa parole. Sans parole, l'homme n'est plus rien. Celui qui est dans sa parole est libre, les mots qu'il prononce, il les tient dignement.

La causalité ne pèse pas à l'homme en garantie de parole. Destinée et liberté sont fiancées ensemble. Seul l'homme réalisant sa parole rencontre sa destinée. Quand je découvre l'action qui me requiert, je trouve les mots qui l'accompagnent. En vertu de cet acte, l'homme peut en toute tranquillité d'âme bâtir sa vie. Tant qu'il est apte à faire la preuve de sa parole et à subir la rançon de ses mots, il est un homme libre. Quand une civilisation cesse d'avoir des hommes de cette qualité, elle se fossilise, car c'est dans la relation vivante et renouvelée qu'une civilisation perpétue une communauté vivifiante.

Le mal de notre siècle ne ressemble à aucun autre. Tous les courants de communication existent, tous les moyens de se parler sont inventés, pourtant, chacun monologue dans son coin sans réellement communiquer. L'homme libre s'offre à la rencontre. Sa volonté est exempte d'arbitraire. Les faits du vécu dictent le choix de ses mots et du discours juste. Une action qui engage l'être entier abolit toutes les actions partielles, tous les semblants d'action. L'homme parvient à son intégralité, être total dans son action, complet dans sa pensée harmonisée à l'Univers.

Toute relation vraie avec les autres, avec les choses, est exclusive. Non que rien d'autre n'existe mais tout existe dans la lumière. Tout sur notre route est décision voulue, pressentie ou secrète, prise au plus profond de nous-mêmes. À cause de cela, nos mots ne doivent pas être dits n'importe comment : ils nous déterminent. L'homme incapable de dire son MOI est un invalide. L'absence de pensée, annihile la personnalité. Quand l'esprit est replié sur soi, il renonce, ce qui le rend vivant, c'est son verbe vivant. Si nous aimons, nous osons nous ouvrir et embrasser le monde dans toute sa diversité. Tant qu'un homme n'est pas affranchi au-dedans de lui, il n'est rien. S'ouvrir au monde, élargir sa communication, tend à la dimension universelle. 

Le voyage initiatique à l'intérieur de soi est compromettant. Il crée un ébranlement général de la pensée configurée par les conformismes sécurisants. Il met l'être en état de révolution, ce qui n'a rien à voir avec le complexe déambulatoire des petits ou des grands bourgeois encanaillés dans les réflexes réactionnaires droitiers ou gauchers. L'action n'est pas ré-action. La libre réalisation de soi ne passe pas par l'emboîtement dans un modèle mais par l'initiative créatrice. Il s'agit d'une croisade non d'une conquête ni d'un pouvoir. Dans ce cas, le jogging ne doit pas prendre le relais des drogues douces. Il ne s'agit pas de se perdurer dans un stéréotype convenant et convenable. Il s'agit de création de soi selon la mémoire et les mots innés et acquis de son être profond. Ce dernier point est fondamental.

L'idéologie n'est qu'une alternative de la pensée. S'y tenir en prison, c'est s'aliéner et se couper des possibilités d'évoluer. Dans un jeu à somme nulle, voire négative, ce qui est le cas pour toutes les idéologies conquérantes, il vaut mieux reprendre ses billes. Ce qui ne veut pas dire qu'il faut jouer seul. Tous les maîtres à penser que l'on se donne doivent passer par le filtre de notre sensibilité. L'information n'est pas la mise en forme. La formation n'est pas duplication du modèle. Il faut être soi pour enrichir les autres. Personne ne doit gérer vos mots, vos symboles, vos idées, sans cependant entrer dans la religion du Moi, limitateur des jeux.

L'assistance sociale a enfermé les hommes des sociétés industrielles dans des "réserves indiennes" qui les incitent à ne pas tenter l'aventure du vécu authentique. Aujourd'hui les jeunes préfèrent la délinquance et la drogue, à la révolution, et c'est justement là que nous touchons au fond de la désespérance et du dérisoire. Quand une jeunesse ne croit plus qu'à la "démerde" par le vol et au "spleen"par la défonce, c'est que le plaisir n'est plus dans la société. Une fuite en avant mène au précipice par aveuglements successifs. La dissidence intérieure reste la pire calamité qui peut arriver à un être humain : la grande pompe à idées, c'est le cerveau de l'homme. À chaque problème posé, il y a réponse. C'est la volonté de réponse qui crée le stimulus positif. Le créationnisme entraîne l'imaginant. L'homme qui rêve de grands rêves est plus grand que celui qui en pense de tout petits.

Méfiez-vous du foyer devenu camp de concentration confortable. Ne rentrez pas dans la vie par un espace lambrissé, ce serait dommage car il n'y a pas un pouce de terrain qui ne soit pas espace de découvertes enthousiasmantes. J'aime, alors je vis. L'allégeance à une seule personne confine au club fermé, on y étouffe. Il n'est de richesse que dans la diversité.


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Par Djilali Jamaï - Publié dans : La Mémoire et les Mots
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