La première violence c'est le premier mot prononcé comme affirmation de mon existence. Le
mot en soi s'exprime, comme la nudité du visage, le son de la voix contient son expression nue. Le langage est le face à face de l'homme debout, mais n'exclut pas l'intériorité. Le mot donne
existence à l'homme, c'est grâce à lui qu'il se sait vivant. Plus profondément, la pensée rompt avec le langage et devient langage intérieur, en dehors des mots. Ce que je suis est ce que je dis,
mais aussi ce que je ne dis pas. Ma parole, mes mots, sont l'ouverture de mon attention à l'autre. Ce présent vivant, ce temps privilégié, je le donne à l'autre en une notion à la fois simple et
difficile.
Si mes mots sont pauvres, je suis pauvre avec eux. Car le mot est substance d'enrichissement mutuel. Le mot donne la précompréhension de moi à l'autre. Il me situe. Ce n'est pas un laisser-être, c'est une respiration particulière de l'être. Il met ma pensée en pâture et me remet le privilège d'être responsable de ce que j'exprime. Les mots sont implicites dans la pensée, explicites dans l'expression. Ils sont la meilleure libération à l'égard de la violence. Le visage est en effet l'unité inaugurante du verbe par la parole.
Une pensée sectaire meurt d'elle-même, dans l'indifférence. L'origine de la parole est dans l'urgence de communiquer avec nos semblables. Le mot nous a déchargé de l'angoisse existentielle. N'avoir rien à dire, c'est déjà être mort. La parole est comme le souffle, elle permet l'inspiration. Je pense à la vie dans son premier cri, elle a été bien inspirée. Le mot est étranger à la danse immobile. Je ne peux devenir qu'en donnant de l'ampleur aux mots que je conçois. En plus de ce changement, la parole est rythme. Si j'en reste au langage ordinaire, c’est-à-dire à celui qui me dicte les pouvoirs, je ne suis qu'un perroquet, je ne trouverai jamais mon harmonie profonde. N'est-ce pas pour cela que les dialectes modifiaient le chant du mot, sans en perdre la racine à l'intérieur de la forme totale ? Cette diversité de sonorité était puisée au fond de chaque âme. La beauté en résultait alors que l'uniformité des langues nationalisées rend monotone tout discours. Le Corse n'est pas le Breton car l'océan n'est pas la mer. A force de nivellement, il n'y a plus de paysages. Le mot n'est pas un signifiant flottant. Il baigne ses rythmes dans le terroir de ses origines et y prend ses odeurs caractéristiques. En Provence, il sent l'ail, en Alsace, la bière.
Les pouvoirs les aseptisent et les désodorisent pour fondre les imbéciles dans une uniformité qui confère aux peuples un esprit de mouton de Panurge.
Une fois formé, le langage influence la connaissance humaine et y assume un rôle actif à
condition que l'homme ait le courage des recherches fertiles et des utilisations créatives dans la fonction occupée par les mots.
Le verbiage moderne arrêtant son champ d'investigation aux conditions météorologiques, aux échanges vestimentaires et culinaires, accompagnés des éternels clichés stéréotypés sur la politique, le
racisme et les congés payés, ne risque pas d'établir l'intelligence d'un peuple à un niveau de réflexion élevé. C'est pourtant ce langage que les pouvoirs préfèrent entendre car il maintient le
peuple dans un sous-développement culturel.
Certes, il n'y a pas de pensée pure, privée de tout lien avec le langage qui est un produit
social et populaire, mais, il peut être considéré comme un élément créatif plutôt que comme élément conventionnel. L'homme ne peut pas progresser hors d'une véritable prise de conscience de ses
forces vives. Elles seules peuvent assurer sa pensée dans le processus évolutif du vivant.
L'adaptation n'est pas la régression dans l'intérêt de quelques élites, elle demande que le peuple, grâce à la réflexion de ses élites, se hisse dans le nec plus ultra du vivant afin de servir
avec noblesse et dignité l'évolution de l'homme dans une condition supérieure à celles de ses pairs.
Il serait bon que l'on déchire ce voile d'hypocrisie afin de faire respirer le corps social et qu'on rentre dans la grande politique de l'homme traitant sa vie comme une oeuvre d'art. Nous sommes tous appelés à un devenir de création, source d'un continuum spirituel à la hauteur de nos ambitions les plus légitimes et les plus nobles.
Le Capital : Inconstance et mobilité permanentes, passion de la conquête où les victimes ne sont que des valeurs interchangeables, même passion de l'accumulation, du nombre et du catalogue, même indifférence envers les moyens, même calcul rationnel dans la stratégie, mêmes limitations des processus.
L'homme moyen ne s'affecte pas des mots. Il les dit sans rien dire, il les dit pour dire comme pour s'en débarrasser puis il retourne à ses occupations bloquées d'oublieuse mémoire. Ils n'éclairent pas sa zone d'ombre, ses mots sont toujours les mêmes, pauvres comme son vocabulaire d'homme moyen, hors de la connaissance.
Nous sommes lents à croire les choses qui nous font mal à croire, mal éclairés, déformés, frustrés, conditionnés, refoulés que nous sommes. Au reste, l'homme moyen ne s'en affecte guère. Il brosse l'histoire de sa mémoire défaillante et déshumanisée, privilégiant les valeurs et les règles logiques au détriment des subjectives. L'arbre cache la forêt, car la rançon de la pensée est de bien penser. La mémoire, pour être bibliothèque efficace, doit s'alimenter de la filiation en arborescence, des plus anciennes générations jusqu'à nous et au-delà de nous. Si les mots ont permis une spéculation qui a rapporté gros aux puissances, l'intelligence veut que leur osmose à la mémoire permette le raccordement de l'homme à l'universel. Ne soyons pas une voie bégayante de principes dictés, vivons plutôt de notre sentir propre, en nous impliquant dans l'appel de l'ailleurs qui correspond à notre sensualité profonde. On ne se souvient bien que de ce que l'on sent bien. Un considérable savoir faire est à notre disposition dans la copieuse mémoire des temps immémoriaux. De ce tremplin vieux de centaines de milliards d'années, de milliers de générations, l'homme a mémorisé dans ces centaines de milliers de cellules, le savoir qui lui permet d'être, sans le marchandage étouffant des sueurs de burnous. Ainsi se nourrit-t-il. En ces matières, les pouvoirs, fussent-t-ils religieux, font tous la fausse économie du su et du non su, du dit et du non dit qui mènent aux solutions bloquées du conformisme, celui ci se termine toujours dans l'éclatement jaillissant d'une révolution.
L'homme est un système ouvert et vivant. On n'enferme pas l'ouvert ni le vivant. Un poumon gonflé qui ne respire pas éclate. L'intelligence est presque inutile à celui qui ne possède qu'elle (Carrel). Le vivant est émergence, sans communication, c'est le court-circuit mutant vers une nouvelle transmission de mémoire. Quand le système sera bloqué, le rêve fera une ultime tentative en parlant à côté, au détriment névrotique d'une réalisation nouvelle.
Un modèle ne sert qu'à déplier le temps de l'adaptation et de la réflexion pour accomplir dans l'investissement mémoire, cris, paroles, écrits, images, gestes, signes, symboles, un pas de plus vers la rencontre. L'homme s'invente à ses risques et périls. Il sert de transmetteur de mémoire cumulée. Son cerveau est une marmite en ébullition pour les soupes futures. Du vécu libéré, il tire la création. Toute la palette de l'âme doit en sortir. L'homme est relation de création.
Nous régressons, nous donnons leur chance aux médiocres, aux scribes, aux censeurs et aux cuistres dès que nous abandonnons la polychromie sensible de nos affects pour le circuit fermé des jeux du cirque. Se souvenir n'est qu'un préalable à vivre, une architecture statique, se projeter au-delà du centre unificateur de ce noyau mémoire, c'est s'inventer et s'enrichir en enrichissant l'évolution d'une révélation créative. On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve.
Nous souillons notre intelligence des armes de la destruction. L'économie de mort prend la place de l'économie du VIVANT. La folie qui s'empare de nous est celle de l'homme pathologique atteint d'une maladie d'orgueil : la réduction de l'autre sous son pouvoir. C'est l'attitude la plus débile de la réflexion humaine. L'enfer, c'est les autres (Sartre). Et si l'enfer, c'était notre peur, notre angoisse ! Pourtant, nous pouvons la conjurer, l'extirper et la détruire. Il existe contre elle des moyens curatifs, un antidote : la compréhension. Il n'est plus une seule activité qui ne se développe qu'en interdépendance.
L'homme est un animal social, sa vie est faite du communautaire et du personnalisé. Les complémentarités jouent et nous devons rentrer dans la coexistence organique du monde. C'est en termes de concordance avec lui qu'il faut traiter les problèmes humains.
Le problème propre à l'explosion de la créativité humaine est partout le même. L'imagination doit gagner les circuits neuronaux de notre cerveau, empruntant les voies hautes de la réflexion. Cette interactivité demande une éducation renouvelée et permanente, individualisée pour tout le monde quel que soit l'âge, non seulement la facilité d'apprendre mais aussi celle d'apprendre à nous comprendre, apprendre à regarder, à écouter, à ne jamais cesser de s'abreuver avec la soif de comprendre le vivre, en cherchant les sources d'où provient l'espérance.
L'avenir de l'espèce humaine se joue au-delà des schémas habituels, dans le passage décisif d'une conception fixiste de la terre et des hommes à une conception transformiste, aérée et ouverte. Nous ne pouvons plus, dans la complexité du tissage de nos mémoires, vivre les uns sans les autres. Ce changement de réflexion s'est opéré sous la poussée de notre accumulation de connaissances, des moyens technologiques et de nos conquêtes sur la nature. Parfois, d'ailleurs sans considération de ses équilibres fragiles.
La révolution silencieuse est en marche. Elle ne tonne pas du canon des stupidités guerrières et destructrices que servent les cerveaux arriérés, elle chemine lentement dans la sinusoïde du vivant et n'emprunte jamais l'angle obtus ou la droite rigide, mais épouse les méandres circonvolutifs du cerveau supérieur. Les orages qui s'amoncellent, la grande peur cachée qui s'insinue dans le coeur des hommes, l'amènent à reprendre la parole.
Nous sommes aujourd'hui sur la ligne de crête. Ou nous ferons confiance aux hommes de sang et d'espoir, peu nombreux certes, mais seuls réalistes et visionnaires, où nous abîmerons dans la folle contradiction de nos velléités de sauvages mal dégrossis. Ce n'est pas quand le bateau coule qu'il faut lâcher la barre.
Une direction régulière et systématique vers la passe qui mène aux eaux plus calmes doit
être empruntée. Elle passe par une réforme totale de nos comportements archaïques. Dans un désir subtil d'admiration, de concurrence et de haine, l'homme a mis des générations à comprendre sa
relation triangulaire d'animal, de sapiens et de Dieu.
Après avoir été au bout de son masochisme conquérant et de son sadisme guerrier, il s'est enfermé dans la contradiction de la mort nucléaire globale. Il ne lui reste plus que deux possibilités :
la disparition ou la conversion. Tous les motifs cachés de son égocentrisme maladif, porteurs de son angoisse existentielle égoïste font place à l'angoisse totale de la mort de l'espèce.
L'hypocrisie sur ce terrain n'est plus de mise. Nous devons rejoindre l'immense disponibilité de nos espaces et de nos esprits en recourant à la mémoire vitale et en utilisant les mots des sages
et des prophètes de la reconversion dans l'Amour.
Il en est des conversations comme du temps, elles sont changeantes. Elles visent à
l'organisation des faits, à la communication d'un savoir particulier, à l'analyse et à la synthèse d'une recherche dans un domaine choisi par les intervenants. Cependant, dans la majorité des
cas, elles sont des alignements de mots sans consistance sur des réflexions ou des pensées sans grand intérêt.
Dans ce monde qui nous submerge d'informations, on ne communique plus, on se montre par les mots, on s'évalue, on veut que l'autre vous reconnaisse un statut, de préférence supérieur. On ne va
pas aux choses dans le désir d'offrir et de connaître. Cette absence de curiosité rend la vie monotone.
Il apparaît de plus en plus clairement que les heurts entre gens et systèmes culturels viennent de cette négligence à chercher la compréhension des autres par l'ouverture de dialogue vrai. Contribuer à développer le sens de l'identité personnelle aux dépens de l'aliénation et à valoriser l'expérience, représente la nature même de la communication. Par les mots, l'homme doit se retrouver lui-même.
Quand je parle, tout le reste cesse d'exister : lourd fardeau pour les autres. Si eux êtres humains échangent des mots, cela ne veut pas dire que l'intégration de leurs discours soit identique dans leur système nerveux central. Les filtres de chaque cerveau ne sont pas les mêmes et n'enregistrent pas forcément de la même manière. Chacun habite son monde sensoriel. La sélection des données de la sensibilité à la réception est différente. La structure du crible perceptif n'est pas la même chez les individus, même issus de la même culture, du même village. Alors, comment entendre, écouter, comment échanger ?
En s'aimant, en s'ouvrant à la compréhension de l'autre, en laissant de l'espace, en sachant se retirer quand on sent que le message envoyé ne peut pas être décodé, quitte à reprendre le dialogue un peu plus tard. Alors, il devient possible de détecter les variations de sensibilité entre soi et les autres.Les systèmes culturels peuvent faire varier du tout au tout la structure du comportement, mais l'homme n'en est pas moins profondément enraciné dans le biologique et le physiologique qui l'a vu naître. L'homme est un organisme extraordinaire doté d'une horloge individuée qui prend racine dans sa naissance. Et c'est cela qui est exaltant d'enrichissements conjugués.
Nous devons ouvrir les voies à la grande richesse de l'éloge de nos différences. Aucune culture n'est supérieure à l'autre. Chacune est comme une jarre contenant des trésors de produits succulents et de parfums enivrants. Chacune a su créer ses prolongements dans le mystère caché de ses origines. Elle a reçu de la terre nourricière qui l'a vue naître, les vibrations cosmiques sensitives qui lui sont particulières. Et, dans cette diversité de prolongements, les hommes ont vu grandir leur maîtrise des éléments vivants.
Ce façonnement réciproque reste et devient la seule chance enthousiasmante du plaisir de découvrir les uns par les autres, des dimensions nouvelles à nos mots et à nos pensées. Il ne peut que se sculpter dans les différents matériaux composant la planète. Nous sommes tous sensibles aux changements subtils qui surviennent en ce moment grâce à l'interpénétration des cultures et grâce aux communications modernes.
Dans cette série de mondes nouveaux, tous différents les uns des autres, il y a la richesse du monde. Mais chacun de ces mondes possède son code d'entrées sensorielles et si nous voulons vivre en paix, il faut inventer une action qui libère les racismes courts, l'agressivité stupide, par l'intelligence des ouvertures audacieuses, par la meilleure utilisation des richesses personnelles, par la restructuration de notre pensée précaire, par la connaissance approfondie, non superficielle entre nous, par une communication élargie d'échanges, enfin par une irrésistible curiosité d'approche de l'autre dans sa différence. Seul, un surdimensionnement du savoir, du coeur et de l'esprit peut nous conduire dans les dédales nombreux de l'amour vécu.
Le propos gratuit, sans consistance, où l'on ne perçoit aucune nécessité intérieure, est la
demeure de ceux qui ne connaissent qu’eux-m. Vous leur parlez, vous leur demandez quelque chose, ils ne vous écoutent pas, ils ne vous entendent pas. Nous sommes pris dans une structure qui
désamorce tout dialogue authentique et fait de la vérité de l'échange, un mensonge dont la sincérité est une duplicité.
Cette constatation nous laisse devant une lucidité impuissante où la vie communautaire devient une mascarade.
Tromperie tous azimuts où l'on perd son équilibre en rentrant dans l'hypocrisie ambiante. On rentre ainsi dans le confort, la médiocrité et l'aveuglement de soi-même. Ainsi s'établissent d'étranges relations où l'on ne peut espérer rien partager et où l'on se contente de baigner dans le jeu absurde d'une société du faire semblant. L'illusionnisme est complet : une prime à la frime.
Dans cette bonne conscience à bon marché, on perd une merveilleuse occasion de se taire pour rentrer en prière et en méditation sur l'artificialité bloquée dans laquelle toute la société patauge. L'homme se balance comme un pendule : agacé, il boit sa solitude. Les conséquences en sont la vie monotone dans une société du paraître, dans l'hypocrisie ambiante, sans transparence ni partage. Nous vivons ainsi le drame de l'incommunicabilité dans le bavardage. Autrement dit, on se paie de mots creux sans aucune valeur d'humanité, dans une culture à bon marché.
La galère prend l'eau de toute parts. Avec ses mots et ses rêves, l'homme pouvait croire à la création. Par la voie du jeu et de l'amour, il reprenait l'antique dialogue de la mère et de l'enfant, le seul dialogue vrai, mais dans son orgueil, l'homme a préféré prendre le porte-voix de l'illusion et après un long chemin sans issue, le voilà planté comme un piquet dans le grillage de son goulag intérieur. Le plus universel des éléments façonnés, le mot parlé vrai, imprégné profondément de l'expérience individuelle mémorisée, devient alors un obstacle à l'union de l'humanité.
Il est une autre fonction du mot qui semble avoir échappé à notre attention d'emmurés, c'est que les mots peuvent faire rentrer notre création en mémoire génétique dans nos enfants. Le prodige du mot, c'est de nous projeter. Le fait de donner un nom est déjà une opération divine de création. L'homme existe par la valeur qu'il donne à la parole qu'il prononce. Le langage est l'agent le plus important de la pensée dirigée, le souffle magique de la vie.
L'homme est né dans un monde de sensations et de pulsions motrices. Il a l'expression de ses mots. Il est à la valeur de sa parole. Il est la seule créature qui doit mesurer ce qu'il dit et faire un effort pour savoir qui il est. Son être est en auto transformation. Il n'apprend à être lui-même qu'en étant à sa richesse. S'il fausse ses mots, il fausse sa vie.
En trichant avec les autres, on triche avec soi-même. En changeant continuellement de rôle, on devient un saltimbanque déambulant dans une incohérente versatilité, on perd son âme à ce jeu de massacre dans la fête foraine du monde des apparences. Être vrai, être sa pensée, être ses mots, être sa parole où n'être rien d'autre qu'un pantin, telle est la première exigence de l'homme conscient de lui.
C'est pour avoir littéralement perdu ce sens que l'homme du XXè siècle est ballotté par les marchands du temple. Son rêve bute sur la comédie humaine jouée par les charlatans, prometteurs de bonheur en tout genres. Chaque génération doit répéter l'effort originel de l'homme dans sa vérité. L'homme moderne sophistiqué court le danger majeur de l'éclatement psychique. La liaison indispensable à la création vient de la qualité de la parole. L'homme ne peut s'empêcher de mettre son empreinte où qu'il aille, son besoin d'identification passe par son besoin de contacts avec les autres. L'homme regarde en avant et en arrière, il forme des projets pour ce qui n'existe pas.Il est né pour être artiste de sa vie et non l'objet d'une société qui lui dicte ses choix et ses désirs. L'homme véritable est hors de l'esclavage des consommations.
La crise actuelle est une étape normale de la reconversion industrielle dont la sortie n'est
retardée que par la bureaucratie à la papa de politiciens arriérés grappillant des rentes de situations au lieu de faire un travail de projection et de création sur l'avenir.
Le contenu du discours ne cadre pas avec la fin de l'industrialisation qui nous entraîne dans une évolution exponentielle.
Les évolutions techniques introduisent une distanciation par rapport aux machines et diminuent, voire suppriment, toute intervention gestuelle. Et pourtant, il n'y a qu'à rentrer dans un L.E.P. de mécanique pour voir qu'on forme les jeunes mécaniciens de demain comme du temps de la première Ford T ! Avec l'arrivée des salles de conduite informatisées où seuls les tableurs interviennent pour diriger des robots tôliers, on voit mal ce que fera cet apprenti de seize ans, à qui l’on ingurgite les rudiments du martelage à la main. Les robots remplacent les pistoleurs à laque, adieu les barbouilleurs de façades au pinceau ! Le terminal télématique et le micro-ordinateur à traitement de texte envahissant les bureaux, que va devenir Mademoiselle Pigier sur son clavier Remington ?
Les magasins automatiques commencent à faire grandes surfaces, que va faire Martine, la belle caissière aux yeux bleus ? La compétence est une qualité qui se crée et qui s'entretient sous peine de devenir un jour un exclu.
Les mots à insuffler dans les esprits jeunes sont ceux de la certitude d'avoir quelque chose à apprendre sans cesser de se former, être créatif d'un devenir incorporant les réalités nouvelles quand le temps d'adaptation et de changement sera venu, il ne faut pas s'accrocher aux idées de papa mais puiser en soi un désir de réflexion et d'expérience pour un saut qualitatif en avant dans la connaissance. La déqualification vient très vite fondre sur celui qui stagne dans le confort désuet de vielles idées rabâchées. Une multitude de formations sont inadaptées et passéistes. Elles préparent ceux qui s'y engagent à la déconvenue d'un métier sans avenir, prometteur d'une prolétarisation accentuée dans toutes les classes sociales, même aisées.
Combien d'enfants de cadres sont déjà rentrés dans ce processus qui rejoint les classes défavorisées ? La gravité du problème engage l'avenir dans les voies violentes du mécontentement et de la désillusion que ne compenseront plus les reprises d'héritages faciles. Les Etats sont fourvoyeurs de succession collectant les fonds nécessaires au paiement de l'assistanat de cette foule d'inadaptés inutiles et ce n'est pas la voie des petits métiers du bricolo qui compensera ce manque de formation adéquate et sérieuse dans la société nouvelle. Les voies alternatives sont le domaine des imaginations fertiles.
Par manque à penser, dans l'incapacité de prendre les décisions nécessaires, on s'achemine vers un affaissement du corps social en une société bipolaire dont une seule des parties aura droit de cité, l'autre nivelant les ambitions manquées sans compensation. La porte ouverte à l'apathie ou à la violence expose cette société à des risques d'explosions incontrôlables. Il n'y a qu'à jeter un regard circulaire sur ce qui se passe dans le monde d'aujourd'hui. Le processus est en place, seule la mèche n'a pas encore reçu l'allumette.
Méfions nous du pouvoir des mots inscrits dans les mémoires mortes. Ils colportent des conformismes et des attitudes auto sécurisants souvent désuets. Nous devons plutôt nous atteler à une nouvelle définition de nos formulations. Nos modèles anciens ont fait leur temps. La vie est évolution. Une nouvelle ère de confrontation à la réalité est indispensable si l'on veut avancer vers un progrès humain à profil créatif d'avenir.
Tous les modèles mécaniques ont été essayés. L'homme émerge de sa mémoire ancestrale vers une bio-cybernétique au-delà de son psychisme bloqué. Il y a une magie de la vie à retrouver, dans le travail assidu de l'évolution créatrice. Le cerveau cosmique transmutera le cerveau humain dans une neurologie vaste comme celle de l'homme, cet animal symbolique, parangon de la nature. La qualité neuronale porte en elle la capacité psychique d'un dépassement au-delà de l'opacité de la force brute. L'homme par un martèlement de l'information développera ses facultés d'analyse fine de la complexité de son environnement et découvrira dans cette concentration d'énergie psychique, des dimensions de lui-m jusque-là inégalées. Une intensité et une transparence d'ordre spirituel l'appelleront à dominer ses instincts primitifs. Dans cet apogée, il frayera pour la première fois avec les sphères vivifiantes de l'esprit. Certains d'entre nous, à chaque siècle, d'ailleurs y parviennent. Ils sont autant de phares qui éclairent notre obscurantisme.