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Jeudi 11 septembre 2008 4 11 /09 /2008 07:30
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Nous n'avons ni dehors ni dedans. Ce ne peut être dans le monde extérieur où n'existent, pour le physicien, que quantités, ce ne peut être dans le monde intérieur, où n'existe pour le théologien que qualité, que l'homme trouvera son unité. La vie ouverte appelle un ailleurs, plus loin, plus vaste, plus infini que ces finitudes étriquées à la vision obtuse. La vie multiplie les montagnes et casse les moulages, dans l'éternelle mouvance de ses aspirations infinies. Son écriture n'est jamais achevée. Son intention profonde est la liberté dans la création. Elle traite le rêve en forme significative. Elle déchiffre au-delà des codes. La mémoire et les mots ne sont que des matériaux associables en vue d'une future projection expansée. Elle est fondement, elle est appel, elle est interprétation, elle voyage, elle image, elle traduit à partir de frayages anciens, donne signes, symboles et sens à la nouveauté. Elle jouit de sa jouissance. Elle est amoureuse de son amour. Elle compose sa symphonie à travers sa musique intérieure. Elle nous laisse la possibilité de la traduction. Code permanent, elle nous rend libres dans ses significations multiples. Quand on s'est familiarisé avec l'exploitation surabondante de sa symbolique, on peut aller puiser dans sa caverne d'Ali Baba. L'acte de pénétrer dans la conscience du vivant, acte sexuel préconscient, nous transporte aux origines du monde et au-delà de lui.

Car, à s'installer dans le donné, on est prisonnier de la répétition de l'acquis et l’on devient vite un vieux type sans charmes. Une rupture, une irruption à la vie dans des possibles nouveaux est indispensable pour redonner du sang au coeur du jeu. Vieillir, c'est s'habituer à quitter l'innocence et la joie de vivre.

Les systèmes qui ne sont pas eux-mêmes du psychisme, ne sont jamais accessibles à la profondeur de nos désirs existentiels, même par le phénomène de réfraction. Seul, l'amour cet état libéré, peut libérer sans régression. La nudité de la surface et la profondeur de la rétention peuvent toutes deux comprendre à l'homme que la pirouette n'est pas un jeu de cirque. Apprendre à aimer ou échouer et se refouler en se contentant d'un bonheur à quatre sous, bourgeois et confortable à souhait, sans vague et sans tempête, c'est atterrir dans une morne plaine. Être de connivence avec la terre nourricière du rêve, c'est vivre sa poétique. Dans le rêve vécu, les choses condensent les mots, les caresses se font plus chaudes et les plaisirs plus vifs. Pour goûter à la musique de la chaîne phonique pure de l'orgasme amoureux, il faut découvrir une simultanéité de la libération hors de la stratification du temps. La puissance d'accueil de l'amour est illimitée, mais ne correspond pas à la géométrie classique. Au-delà du principe de plaisir, elle surajoute la magie de l'amour. La vie en profondeur, n'appartient qu'à elle-même. Arrêtons de nous surveiller comme des flics de carrefour, l'homme derrière son masque n'est plus qu'un reflet.

Nous sommes arrivés à une ligne de partage des eaux. En regardant en arrière, en fouillant dans la mémoire du temps, nous apercevons du chemin parcouru. Nous sommes sur le point d'explorer une nouvelle frontière, mais nous n'avons que des vieux mots usés pour la décrire. Ainsi, nous ne pouvons évaluer la nouvelle stature de l'homme. L'espace et le temps nous rendent peureux et repliés sur nous-mêmes, nous craignons l'engagement nouveau, ouvert par les pionniers de la nouvelle aventure. L'homme du vieux monde ne produit plus rien. Il est comme un mollusque accroché à son rocher, défendant des intérêts primitifs, sous une couche composite de culture atrophiée par la sédimentation des siècles. Il parasite la terre de ses pratiques prédatrices, entraîné militairement pour le massacre et la destruction. Il a perdu les plus sages limitations écologiques de sa survie menacée dans la dérision de son activisme de termite.

Les lignes essentielles de cette fausse culture sont à la base de l'orgueil possessif, d'une minorité dominante assoiffant une majorité famélique. Gare à la désintégration ! La pyramide sociale est ébranlée, le poids de la base entraîne le niveau supérieur du triangle dans la chute. Une série d'expédients maintiennent encore un peu la solidité factice de cet édifice branlant. Mais les mots sans coeur ne font plus écho. Les trompettes de la renommée sont mal embouchées. Les païens, les juifs, les barbares, les sauvages et les indigènes ont pris la parole. Ils ne la lâcheront plus.

Les gardiens des pouvoirs n'ont pas vu, ne veulent pas voir l'anéantissement cyclique de leur apogée. Ils interpellent mal les continuités. Une unité plus vaste sort des limbes et renvoie le vieux papillon à son cocon tissé de contradictions. En amont et en aval, le fleuve humain coule vers la mer bienfaitrice de ses origines vivantes : la liberté, les utopies d'aujourd'hui sont les réalités de demain.

Le jardin du vieux monde ressemble à une vieille tombe qu'on fleurit à la Toussaint et qu'on oublie l'instant d'après. Rien n'était fleur en lui, tout était comptabilisable. Les hommes n'étaient acceptables que par rapport à un compte en banque bien fourni. Mais cette fin en soi, cet échange d'autorité est en train de mourir de sa propre mort. La productivité d'une économie en expansion est en train de faire place à la déflation d'une économie de subsistance. Cet aveu de faillite des grands managers rend nécessaire une réorganisation générale du monde. Le rêve d'abondance est fini à moins d'une conquête spatiale.

Les limitations de la créativité humaine font échouer les projets les plus audacieux dans un enfermement égoïste. La vie, ce système libre ne renvoie pas l'ascenseur au pouvoir arbitraire. Le monde gaspille les trésors qu'il a su mettre à jour. Ce monde limité à la terre est une contradiction évidente, l'expansion ne peut continuer indéfiniment sur un si petit continent. À ce point de l'histoire, nous avons atteint le fond. La manipulation des mots ne suffit plus à masquer les problèmes cruciaux à résoudre. L'intelligence humaine doit se rehausser. La pseudo vie et son collectif mécanique tire à sa fin.

L'homme d'aujourd'hui doit créer un langage nouveau car une fin apocalyptique de tout le développement humain est devenue possible.

Le moi de l'homme doit quitter son égoïsme frontalier et prendre vie dans le domaine du monde entier connu et connaissable.

Cette vision neuve demande des mots neufs. Les équilibres de pouvoirs ne suffisent plus au contrôle de cette machine infernale. Dans l'hallucination sénile de la puissance contrôlée, l'âme est au bout de son rouleau. Ne perdons pas l'occasion unique de nous aimer. La régénération dans la splendide diversité ou l'isolement régressif dans l'agressivité inconsciente, voilà notre dernier choix. Comme pour nos capsules spatiales, l'angle de rentrée dans l'atmosphère respirable est étroit. Il nous faut une conception de l'homme dans son entier. Ne restons pas l'homme d'un monde, devenons l'homme du monde pour lequel notre morphologie et notre psychologie sont bâties. Oeuvrons avec des mots sincères dans les éléments d'une société universelle avant que les affres de la Dame Noire nous prennent chacun par la main pour nous entraîner dans les fours crématoires atomiques de la dernière folie militaire. L'étincelle vitale peut encore briller dans nos yeux émerveillés de soleil et de lune. Soyons les éternels étudiants de la seule science à véritable capacité humaine qui puisse éclairer nos pas hésitants et redevenons les enfants du savoir au coeur de la matière et de l'esprit.

Il ne faut pas confondre grand angle et trou de serrure. Ne cherchons pas la raison de cette distorsion de vue entre les mots d'une minorité bavarde intellectualisée et la grande majorité des "paumés" qui s'agitent dans les derniers soubresauts d'une civilisation décadente. Comment s'étonner du manque de vocabulaire vivant ? Le silence nous sert de cache-sexe comme ultime rempart d'une liberté sans responsabilité, dont on n'assume la libido qu'à coups de cachets salvateurs de névroses. Ne sommes-nous pas entrés dans le royaume de la dérision ?

Les grandes catastrophes et les naufrages sont coûteux, mais ils ôtent au peuple qui les subit l'envie de les vivre. L'homme n'apprend que d'expériences. La mémorisation de sa bêtise lui ouvre accès à la recherche d'un nouvel horizon. Il y achemine sa réflexion, ce qui lui permet les transformations futures. La race humaine a toujours remis ses critères d'évolution en question pendant les temps d'opulence et de puissance. Les pouvoirs meurent toujours de leurs excès de certitude insolente. Quand le désastre n'est pas loin, c'est que la table est trop abondante. Le gavage amène l'indigestion et déclenche la crise de foie. Les remèdes n'ont plus d'effets, leur caractère magique fait du rêve un désenchantement.

Le monde actuel joue un tragique vaudeville avec de médiocres acteurs. Le public béat commence à tourner le dos à la pièce. Les étranglements de la culture mécanisée empêchent les changements de décor qui donnaient l'illusion d'un jeu. Les Dieux ne sortent plus de l'Olympe ni les lapins des chapeaux. Le peuple est désabusé, son instinct de conservation refait surface et se réfugie dans des valeurs de sauvegarde de l'essentiel par le repli sur soi. Il retourne à sa géologie des profondeurs, laissant là indifférent, se dérouler les jeux de ce cirque meurtrier. Seulement, pourra-t-il longtemps ignorer en aveugle ce jeu de massacre de son milieu de vie ?

Devant la décrépitude de la société, les meilleurs éléments humains décrochent et renâclent à s'engager pour rien. Cette disqualification laisse la place libre à des hommes plus ordinaires dont le discours et les mots sont plus enclins à la démagogie dans le verbiage de l'efficacité. L'échange s'appauvrit. Mollement installés dans un présent mental sans consistance, prêts à tout entendre sans écouter, à dire le contraire aujourd'hui de ce qui a été dit la veille dans cet état d'apesanteur, les hommes laissent un espace libre à la démagogie.

Alors, comment voulez-vous la mémoire s'enrichisse d'un discours de création ? Aucun outillage mental ne soutient des mots prononcés sans cohérence et sans connaissance. Les mots flottent à la surface du dire sans consistance aucune, comme des épaves au fil de l'eau et ne servent à rien d'autre qu'à empêcher l'homme de penser juste selon la valeur du savoir des faits vécus.
La majorité des gens ne savent pas grand-chose et surtout ne savent pas réfléchir, c’est-à-dire relier ensemble les évènements et cette mise en rapport. À partir de là, déduire une idée neuve, émettre une méthode nouvelle. Cette inadéquation dans l'analyse et la synthèse de la réflexion, fait naître un échange de mots tenant plus du bavardage stérile que de la créativité. La chute dans ce vide mental ne se fait pas attendre, le lâchage de la réalité aussi.

Se poser des questions, se remettre en question, est sans doute la meilleure formation de la pensée. Malheureusement, c'est manifestement bien au-delà de la force psychique de la majorité des gens. Leur mécanique intellectuelle est complètement grippée, bloquée par des années de rabachage scolastique au raisonnement au niveau des pâquerettes et des faits-divers télévisés, incapable de raisonner sainement les plus simples aspects de la vie courante.

D'ailleurs, à partir de quinze ans, à cause du milieu de vie, la plupart des humains sont déjà hors-jeu, intellectuellement condamnés, comme tant d'adultes, à la stupidité crasse à vie, orgueilleux et satisfaits par-dessus le marché, profitant souvent d'un confort hérité pour lequel ils n'ont rien fait de leurs dix doigts, ils nagent dans un laisser-aller burlesque autant qu'incohérent.

Incapables de sortir de cette impuissance réflexive, ils utilisent, joyeusement incultes, les biens que la famille et la société leur offrent, sans aucune vergogne, sûrs de leur bon droit, sans regard responsable sur leur avenir ni même sur celui de leurs propres enfants. Le profit remplace le devoir, la consommation exacerbée sert d'alibi au vide ambiant. Tout se passe comme si leur sensibilité n'avait pas été affinée, leur intérêt n'étant qu'eux-mêmes et l'immédiateté, une projection réfléchie sur l'avenir ne les intéresse pas. 

Cet effort commun vers un horizon toujours plus en communion avec la vie est un travail de connaissance paisible. Nous sommes le monde que nous pensons, ce monde n'a pas d'autre existence ni d'autre essence que la valeur que nous lui donnons par notre pensée.
Cette identité de l'individu avec l'universel réclame pour être vécue, un approfondissement de la connaissance. L'homme doit se rendre capable de distinguer sa vocation profonde de celle de l'autre. L'action de chaque instant doit être une recherche et un effort pour une meilleure intégration dans l'évolution vivante, lien privilégié de sa sacralité, dans la dignité de la condition humaine. 

La génération à venir voit s'achever dans le désordre et l'incommunicabilité, le siècle des matérialisations faciles. Les deux systèmes contraignant du capitalisme sauvage et du collectivisme étouffant sont proches de leur désintégration. L'individu n'est ni une formulation égoïste de la personne, ni un élément d'un univers de goulag. Dans l'un comme dans l'autre cas, l'homme n'est que le moyen mis à la disposition de l'organisme édicté par le pouvoir. Sa grandeur ne se situe pourtant pas dans cette uniformité confortable et sécurisante, mais dans la réalisation des facultés d'un être nouveau capable de création.

Une règle sociale est certes nécessaire si l'on veut éviter l'anarchie du passage d'une société archaïque à une société évoluée, mais cette règle doit être suffisamment souple pour être susceptible d'adaptation à l'évolution. L'humanité n'est pas donnée, elle est à découvrir à travers la mémoire des générations passées, à partir du langage existant, véritable lien de la relation humaine partagée.

Le passé, le présent, l'avenir, sont un même continuum de constructions humaines qui se structurent par-dessus et au-delà de la matière dans une cumulation de pensées créatrices, ajoutant instant après instant une touche au tableau qui s'affine et s'embellit de la valeur de l'homme artiste de la création.

Chaque parcelle du vivant réclame impérativement cette vie existentielle des postulats sensibles. L'homme n'est qu'une machine froide sans sa sensibilité. Le rêve est l'opération indispensable au bon fonctionnement du vivant. Il arrive que l'expérience existentielle ne trouve plus les mots en réponse au rêve et conduise à un déséquilibre trop important, alors c'est la cassure et les fondements mêmes de l'être se brisent. Ce qui prouve que l'homme doit se pencher très attentivement sur l'homme pour discerner en lui ce que l'évolution réclame.

C'est en connaissant et en reconnaissant honnêtement l'existence de la bête en nous, cette bête qui baigne la substance humaine, que l'on peut faire un pas vers l'Amour et vers la Sagesse. Le "connais toi-même" de Socrate. Nous remplissons d'autant mieux notre vocation d'homme communiquant que nous avons une conscience aiguë du non-homme qui habite dans les profondeurs de notre Etre. Aimer et échanger, c'est ouvrir en nous-mêmes et en les autres, de nouveaux chemins de pensée créatrice de vivant. Les autres, c'est toute la Nature que nous percevons, que nous sentons, que nous ressentons à travers le filtre ouvert de notre sensibilité.

La mémoire et les mots, comme communication intense, conduit à la Création. Aimer et vertige et émerveillement. L'homme est une création continuelle grâce au verbe qui l'habite. Sa faculté de se mouvoir dans une infinité de possibilités lui donne un privilège qui le mène à la pensée. Nous sommes essence et existence grâce à elle, donc, chacune des existences qui côtoient notre propre existence est encore nous-. Cette conscience s'accompagne nécessairement d'une certaine éthique. Ce que je sens n'est pas ce que je sais, mais ce que je sens est en harmonie avec ce que je sais. Je crois enfin qu'on ne peut jamais dire ce que l'on croit croire, car ce que l'on croit, on le vit et l’on ne peut le dire par des mots.

La vocation profonde de l'homme est de chercher à unir, à unir sous toutes ses formes la diversité de la Connaissance, en chassant la violence des pouvoirs à la périphérie du vivant par la sacralisation de la vie.

La vie porte l'homme, mais elle n'est pas d'abord la vie de l'homme. La vie libérée balaye l'individualité humaine. La vie est l'incitation à découvrir le principe transcendant d'avec lequel l'Amour nous met en communication. Rompre cette appartenance, c'est se rendre prisonnier du théâtre de la cruauté humaine. Cet oubli mène à la tyrannie car l'homme est un espace vivant, l'exiguïté de la scène le fait tourner en rond. Pour bien vivre, l'homme doit regarder le ciel et se manifester aux charmes.

L'homme n'est ni livre, ni oeuvre, mais énergie, en ce sens il est le seul artiste de sa vie. Autrement, il est infidélité à lui-même et à la Création. Nous entrons par là au coeur même du problème fondamental de l'existentiel. Ce mouvement est le mouvement du monde, le contrarier, c'est contrarier la création elle-. L'absolu, le vie elle-même est un jeu subtil.

Penser théâtre, penser clôture, c'est penser la puissance cruelle de l'enfermement, c'est mourir à la respiration, en économie restreinte dans un regard casanier des choses vivantes.

L'égoïsme est servile service à soi-même par manque d'aération. La pensée véritable est solidaire, dans la nécessité du mouvement. Elle s'oriente et se propage dans la souveraineté de l'infini, sans différer le plaisir et sans limiter la mise en jeu. Garder la vie en champ clos, c'est lui signifier son arrêt de mort, dans un devenir supprimé. La vie est restée en vie parce qu'elle s'est ouverte : telle est la vérité de la vie. Elle possède ce privilège intraduisible, de s'aimer assez, pour se laisser changer. Pour elle la joie excelle et excède la dialectique. Les mots, elle s'en fout, elle est l'opération souveraine soustraite à l'horizon du savoir et du pouvoir. Elle s'élabore dans l'altérité absolue : Thanatos et Éros, même combat. L'instant pour elle est furtif, c'est pourtant de lui qu'elle tire toute sa magnificence.

L'homme s'engage dans un devenir quand il se crée, dans une dynamique supportée par une mémoire collective, où il puise amoureusement son constant enrichissement, en partie transmis, en parti acquis. L'homme devient libre s'il est capable de s'auto transformer, de se reconfigurer et de sélectionner son cours futur. Malgré le bruit, l'agitation, la colère, la fureur d'une histoire cahoteuse animée par les pulsions les plus positives, l'homme intelligent façonne son destin dans l'alambic de ses sens retrouvés. Ce nomadisme de la synapse enrichit au premier degré notre vie mentale : notre animus devient anima. Cro-magnon devient artiste de sa vie. Son corps se globalise dans une sensation de bien être, qui le pousse à l'accouplement, dans la joie d'amour. Il partage enfin avec les éléments, il osmose sa jouissance dans la jouissance de l'autre. Il quitte le rapport au singe, pour rentrer dans le rapport à l'homme.

Nos granges à mémoire sont surabondantes et bien garnies, ce qui fait problème, c'est leur porte étroite. Y ouvrir une brèche, c'est découvrir la psyché en couleurs, pour faire de sa vie, un bel arc-en-ciel à envolées cosmiques.

Quoi que nous en pensions, notre subjectivité est notre trésor, l'exprimé valant mieux que le calculé où notre logique est en défaut. C'est à un projet d'homme qu'il faut travailler, non à un projet de machine. L'ordinateur est le tourne-disque de la pensée humaine. La tour d'ivoire a toujours été considérée comme un attribut des savants et des gouvernants. Les pauvres s'y font enfermer. À leurs réussites, je préfère la providence éclatée de l'homme fou, capable de rêves, là où la distance et le temps sont abolis. Laissons leur la concentration de l'avoir pour la spiralisation de l'être.
Ça respire mieux par là. Pour naître à cette joie, il faut un effort d'imagination active au-delà de la méritocratie inflationniste des pouvoirs. Laissez- moi mes regards d'enfant peuplés d'émerveillements délicieux. Ils valent toutes vos décorations en plaqué or. 

Je ne veux pas devenir un homme hochet du savoir dans une fausse image flatteuse de moi-même. Je sais que je ne sais rien et c'est là ma joie, c'est là ma force, le non-dit est mon pays de naissance. Sa culture me délègue la jeunesse primordiale. La durée est ma fête et l'éros ma respiration. 

Par Djilali Jamaï - Publié dans : La Mémoire et les Mots
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