Présentation

Recherche

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Créer un Blog

La Mémoire et les Mots

Mardi 16 septembre 2008


Qui est le sang de vie ? " LA SEVE " 

Qui est le danseur de vie ? " LE LUDION "


La bataille de deux thèses dans l'espace n'est jamais qu'une finalité de travail négatif. Les mots ne sont pas faits pour se combattre dans une lutte stérile d'Horaces et de Curiaces. Le jeu n'est pas de gagner ou de perdre, mais de dire le vrai et l'imaginaire de soi-même. Le gladiateur le plus fort finit toujours par mourir ou par vieillir : telle est la loi. Qu'importe la lutte, le mot est toujours là. L'information par les mots enrichit l'espace universel. Tout se communique de proche en proche, de proche en lointain, les éléments seulement troublent et changent nos manières de penser. 

Pendant la fête, et c'est cela son sens, les échanges de tous sont bienveillants et doux, dans la détente générale où les querelles font trêve, on enlève les chaînes aux prisonniers, les étrangers sont les bienvenus. Chacun est l'hôte de chacun y compris l'ennemi, et les langues maternelles ont du bonheur, l'expression. Le festin total des scènes particulières, la comédie intégrale des comédies singulières peut se jouer dans l'univers dialectique de la chaleur des mots retrouvés. Le but du rite est d'offrir un privilège à la fête. Entrez tous, prenez et mangez ; l'esprit est disponible, loin des querelles ridicules de chapelles.

Le mot est l'intermédiaire, la liaison du local au global. Il est trait d'union ou pomme de discorde. Pourtant, je t'aime n'exclut rien, admet tout, ignore le statut, assure le dialogue. L'amour risque l'omnitude des valeurs en une seule valeur, et offre par le mot, la connaissance au pavillon des possibilités. Le culte du pouvoir est une assignation à résidence forcée quand l'échange est tronqué. Engagez-vous, vous serez monotones par non-participation au reste de la diversité. L'uniforme, c'est l'uniformité. La ressemblance, c'est l'état de peste qui ramène l'individu à l'agonie du collectif. Après l'ivresse de la photocopie, vient la narcose.

La perte de diversité s'accompagne de ruptures d'harmonie et du sacrifice des multiplicités de l'identité.

L'état de guerre est un état standard dans le nivellement des mots. Citoyen ! Voilà l'ennemi. Je lui préfère l'étal des marchés bariolés où la richesse des coloris étonne, où la vérité forte des spécialités savantes a le goût du mélange poivré des épices d'Orient et le sucré de la diversité gustative des palais buccaux. L'abondance des différences me fait jouir des lumières vives ou diaphanes de l'agrément des mots mêlés. Aucun élément n'est exclu du plat. L'état de guerre, seul, vitrifie l'espace.

L'état moderne, étalonne, lamine, standardise. Peut-on penser la société hors du répétitif ? Les esprits courts vous diront que c'est le seul moyen d'ordre possible. Au nom de notre vieille raison! Allez donc ! Il n'y a pas de place pour la fantaisie et les artistes. On voit ce que cela donne : la crise d'étouffement par manque de respiration autogène, l'épidémie de violence par incarcération des différences, l'anorexie de l'imagination, par asthénie de la réflexion. Tout ce qui est à moi est à tous ne veut rien dire, si je ne suis rien moi-même. Que vais-je donner ? Ma ressemblance au standard-type de ma catégorie sociale ? Les lambeaux de ce haillon de vêtement identique ? Dans ce cas, le groupe n'est que système clos et l'individu, un numéro matricule.

Dans ces temps d'uniformités, je ne m'agenouillerai pas devant le pair qu'adorait mon père, sans puissance de germination dans l'irrésistible poussée printanière qui m'invite à inventer différemment dans l'émergence de mes richesses personnelles ; un état naissant de mes potentialités n'ayant rien à voir avec l'aveuglement d'une religion passéiste du répétitif ordonnancé par les pouvoirs politiques, religieux, ou familiaux. Je me refuse à sculpter la même statue que mes pairs, fussent-ils Grands Maîtres d'oeuvres. Leurs leçons sont un tremplin pour ma propre Création, sans plus.

Je ne veux pas tomber dans la crevasse étroite des comédies humaines sans joie, mais sauvegarder en moi le Ludion magnifique. La danse est mon paradis particulier, ma musique est ma musique. Je n'emprunte à personne mes accords secrets. Je veux varier ma mélodie en épousant les vagues de la montée de mon plaisir, en donnant aux mots choisis par mes soins, le meilleur orgasme enchanté.

Je veux une intelligence morphologique des mots employés par ma bouche. Je me réjouis d'un nouveau discours amoureux. Je veux jouer un véritable ballet avec eux. Sans confiance aux mots, il ne peut pas y avoir de véritables rapports amoureux. Je m'irrite des étiquettes, l'homme n'est pas à mettre dans un casier.

La séduction des mots naît presque toujours de qualités contrariées. J'aime quand ils s'échappent dans le sillon imprévu de ma spontanéité. Je les imagine dans leur fureur naissante, renflés comme un sexe vierge, au bord de mes lèvres enjouées. Fragilité, fermeté s'accompagnent à l'écran de ces scènes d'amour. Cils baissés ou regard candide, le mot prononcé par ma bouche a des allures de favori. L'humour le rend transparent. Les mots se séduisent par humains interposés, dans la chaleur d'une caresse.

Les criaillements des mots s'essoufflent vite. Les préventions et les pudeurs prennent des allures de séduction. Les mots peuvent devenir caresses, forces ou bouillonnements inquiets. On lit l'émotion et la maladresse, le désespoir et la sincérité dans les mots. On y goûte les affres secrètes de l'incertitude, la générosité ou la candide impudeur d'audaces impossibles. L'innocence ou le calcul, le doute ou les convictions leur sont libération ou pouvoir. Les mots ont fait un long voyage à travers la maîtrise du symbolique et la matière de ce pauvre réel qui est une promesse de vie meilleure. Les mots dans l'attrait de leur innocence vivent d'espoir.

Les mots brûlent pour la Beauté des femmes, dansent sous la fumée des robes transparentes, sous le tremblement des soies et des drapés qui chatoient. Ils se magnétisent aux terrasses des cafés devant une cuisse accueillante ou un clin d'oeil de perles, se magnifient le long des plages devant des seins brûlants de sable chaud, quand le soleil allume les moires de la mer. Parfum de résine sous les pins, sueur de désirs sur les collines onduleuses de sable battu par le vent du large. Ils sentent la marée des jouissances éternelles. Les flammes lèchent les raisins succulents des passions ancestrales illuminées de mots de feu. Le désir de dire la montée orgasmique mijote dans le ventre travaillé de spasmes bohémiens. Les mots se perdent au dédale de la peau douce des cuisses cuivrées et l'âtre chaud d'un sexe bouilloire de miel doré prépare le cri galopin, dans la venus brune ou blonde. La parole est toute nue, chauffée au fourneau de l'amour pour l'AMOUR.

Mots chairs brûlants sous la caresse du feu fait homme-femme, rôtis de plaisir. Mots pour le plaisir des yeux, chargés de bouffées d'or, mots pour le plaisir des lèvres humides de baisers langoureux. Mots pour le plaisir des mains caressant l'ambre des fesses chaudes. Mots pour le plaisir visionnaire goûtant le contact des seins fouettés de reflets roux. Dans les landes des désirs inassouvis, fanatisés par la chaleur d'été, les corps allument de suaves coulis de framboises où le mot, ce sorcier exorciseur, fera sa Messe. La clé tourne dans la serrure du triangle-pubis, fleuri de mille scintillements et le septième ciel des mots lui entonne son " Dies Irae " paradisiaque. Tout est sueur et musc, parfum de femme, délire d'homme. Mots Vivants D'AMOUR.

Dans l'extase de la danse Amour, aux diaphanes accords poétiques des mots, les corps se livrent avec ferveur à des mouvements sinueux et circulaires. Leurs danses se négocient dans l'obsession des dires amoureux délirants où la tête se perd pour mieux rencontrer les cieux. Dans l'expression la plus profonde et la plus naturelle, oubliant les jeux, traductions de conformisme, les mains cherchent au hasard le point de non-retour des vibrations subtiles, tandis que les mots s'érotisent dans un ballet noueux de caresses folles et voluptueuses. La prouesse physique s'enchante de ce mouvement de liane auquel le va et vient donne consistance de danse pénétrante et frénétique. Le festival s'achève, dans la moiteur féconde du dernier mot d'amour. Jouissons !

Pour que vous puissiez parler, pour que je puisse parler, il faut un tiers inclu, sinon nous errons instables. Nous disons n'importe quoi et nul ne peut nous comprendre. Jamais je ne me ferme à aucun propos. Mais quand on parle tous à la fois, c'est comme dans la Tour de Babel. Tout se mélange et l’on ne comprend plus rien.

Nul être intelligent ne se bat pour sa liberté d'expression dans ce cas. La vie fuit les champs de batailles, la polémique est la plus atroce des nécessités. Pour exister, ne bavarde pas dans l'arène des passions exacerbées. La pire sottise se fonde sur des conversations de foules où les mots ne sont que des brouhahas pédants. Dans ces lieux de relations parasitaires, le discours perd de son sens parce que les mots manquent la cible de leur valeur symbolique, comme l'allumette, le brûlot d'une vieille pipe. La popularité par les mots, voilà le danger ! À partir de ce galvaudage, ils ne veulent plis rien dire.

Le parasite à l'oeil vif et la bouche vermeille parle de la liberté, de la fraternité, et de la démocratie, comme un perroquet, sachant que c'est un leurre. Théologie et Politique, Science et Savoirs s'acharnent à voiler leur discours de pouvoirs dans des mots compliqués qui épatent toujours les imbéciles heureux. Ces derniers délèguent alors, par fainéantise leur réflexion, pour un bulletin de vote qui les débarrassent du souci de responsabilité. Comme des gens qui n'ont aucun talent passent à la critique facile, sans effet. Quelle couverture pour se décharger de son ignorance.

La stratégie gagnante, après avoir tenu le langage du mensonge des mots creux, change d'ordre. Elle a le pouvoir à présent et elle est bien décidée à en profiter. Elle quitte, alors, la démagogie des mots, et occupe les salons et les palais qu'elle démolissait sur les marches du Temple et sur les places publiques. Depuis des siècles, les Peuples sont assez ânes pour recommencer chaque fois à se faire blouser par une "pseudo élite". Le paysan donne à son pays, un paysage, du pain et les fruits de la terre et reçoit en échange, une subvention, comme ils disent à Bruxelles, ou dans les Ministères. Savent-ils seulement, ce que " Ministère " veut dire ? Ces Ministres entre guillemets ? Ministerium désigne l'office du serviteur, c’est-à-dire de servir. Ce mot vient de minister, dérivé de minus qui veut dire " Moindre ". Le Ministre est donc celui qui exerce une fonction subalterne par opposition à " Magister " qui veut dire Maître. Pauvres peuples, ouvrez les yeux, regardez ce qu'on a fait de vos mots et de votre mémoire.

Le Peuple ne reçoit rien du savoir qui se cache derrière les paravents des pouvoirs. La stratégie parasite fausse les jeux pour prendre sans rien donner. Ce qu'elle lâche sous la pression des évènements, elle le récupère par un processus de "feed-back" inversé.

Si l'Hominien se réveillait et rentrait dans de nouveaux espaces de compréhension, les lignes floues des pouvoirs lui apparaîtraient, les points pôles, monopoles des mots confisqués éclaireraient son écoute et il ne ferait plus l'erreur de vendre sa vie aux montreurs de foire.

J'ai l'intuition que l'expérience humaine doit passer par cette intuition du vol de sa sensibilité. On en a usé des théocraties, des monarchies, des démocraties, des ploutocraties, et des idéocraties, et la guerre est toujours pour le soldat, la faim, toujours pour l'isolé, la pauvreté pour le manoeuvre, grâce au mensonge des pouvoirs langagiers, spéculatifs ou logiciels. Elle ont eu raison du bon peuple qu'elles évitent d'instruire et d'éduquer. Elles auront raison encore, encore et toujours par la force et par la ruse.

Voici un jeu qui se déroule depuis le commencement des temps, thèse et antithèse de l'Histoire qui n'a pas changé, et qui ne changera pas, tant qu'une mutation n'affectera pas le cerveau affaibli des hommes du commun. Pouce ! je ne joue plus, Maître, l'inertie de ma Révolution intime noiera ton Pouvoir.

Alors, je vivrai à l'envers du miroir. Mon oeil à multiples facettes me permettra de regarder aussi bien à droite qu'à gauche, devant que derrière. J'aurai mille rétroviseurs incorporés dans un corps sage, et une âme limpide. Je ne suivrai aucun chemin parce que mes trajectoires seront imprévisibles, et ne m'amèneront nulle part. Je serai égal, fraternel, identique, et libre. Sans avenir et sans passé, bâtard et oeuf inconsolé, j'admirerai les siècles de destruction qui ne me contentent pas, mais je conjuguerai toutes les inventions, hors de la laideur humaine. Bouffeur de vie, né dans une poubelle, j'agacerai le monde, je serai une mouche, parce notre époque est la plus grande productrice d'ordures de tous les temps, je vivrai hors du gaspillage des Pouvoirs : LIBRE.

 

LE LUDION.

Le type de vie qui m'est imposé par les faits crucifiants de mon vécu humain ont fait de moi un sage. Après avoir cheminé longuement dans l'âme hominisée, j'ai purifié les desseins de mon coeur dans l'ineffable don de vie, qui me fait recevoir chacun(e) tel(le) qu'il ou elle est, sans aucune prétention à vouloir rien changer.

Les disputeurs du Monde, les louangeurs et les blâmeurs d'eux-mêmes ou d'autrui, les discoureurs de vanité, coureurs d'histoires et conteurs de contes, toutes les sortes de faiseurs d'embarras, je les ai connus, l'un après l'autre, sans pour autant vouloir me défier et me peiner du Monde. Les Hommes sont des êtres instables, comment leur en vouloir puisque j'en suis un. Nous baignons tous dans un nuage d'inconnaissance.

Je sais, pour l'avoir cherché par l'étude sérieuse et la méditation, que l'état de vie solitaire peut seul mener l'homme à la solidarité et peut lui apprendre à élever plus haut son âme, et, à marcher vers l'Amour en grimpant, degré par degré l'état de vie réellement partagé. Dans le retrait du Monde, on apprend à regarder l'état de misérable créature qu'on est. En action donc, et, sans délai, on peut enfin se remettre à sa place pour être plus prompt à gagner en humilité, et à garder cette humilité au coeur de sa vie.

C'est pourquoi, Ami, prends donc grandement garde au temps, et, comment tu le dépenses, car rien n'est plus précieux que le temps. Un rien de temps encore, et tu seras mort sans avoir aimé. C'est le cours ordinal des choses que d'être ainsi inscrit dans un seul mouvement de naissance à trépas. Hâtes-toi, donc de remplir ta vie d'actions d'amour pour tout ce qui est vivant autour de toi. Donne toute ton attention à cette oeuvre et à cette merveilleuse manière d'investir la vie de ta création. Avec décence et convenance, donne à tout ce que tu touches la marque indélébile de ton ESPRIT D'AMOUR.

 

Sois Toi, Avant de te vendre aux plus offrants.

Là, seulement, est " TA LIBERTE D’ÊTRE ".

 

Par Djilali Jamaï
- Voir les 0 commentaires - Recommander
Jeudi 11 septembre 2008
.../...

Nous n'avons ni dehors ni dedans. Ce ne peut être dans le monde extérieur où n'existent, pour le physicien, que quantités, ce ne peut être dans le monde intérieur, où n'existe pour le théologien que qualité, que l'homme trouvera son unité. La vie ouverte appelle un ailleurs, plus loin, plus vaste, plus infini que ces finitudes étriquées à la vision obtuse. La vie multiplie les montagnes et casse les moulages, dans l'éternelle mouvance de ses aspirations infinies. Son écriture n'est jamais achevée. Son intention profonde est la liberté dans la création. Elle traite le rêve en forme significative. Elle déchiffre au-delà des codes. La mémoire et les mots ne sont que des matériaux associables en vue d'une future projection expansée. Elle est fondement, elle est appel, elle est interprétation, elle voyage, elle image, elle traduit à partir de frayages anciens, donne signes, symboles et sens à la nouveauté. Elle jouit de sa jouissance. Elle est amoureuse de son amour. Elle compose sa symphonie à travers sa musique intérieure. Elle nous laisse la possibilité de la traduction. Code permanent, elle nous rend libres dans ses significations multiples. Quand on s'est familiarisé avec l'exploitation surabondante de sa symbolique, on peut aller puiser dans sa caverne d'Ali Baba. L'acte de pénétrer dans la conscience du vivant, acte sexuel préconscient, nous transporte aux origines du monde et au-delà de lui.

Car, à s'installer dans le donné, on est prisonnier de la répétition de l'acquis et l’on devient vite un vieux type sans charmes. Une rupture, une irruption à la vie dans des possibles nouveaux est indispensable pour redonner du sang au coeur du jeu. Vieillir, c'est s'habituer à quitter l'innocence et la joie de vivre.

Les systèmes qui ne sont pas eux-mêmes du psychisme, ne sont jamais accessibles à la profondeur de nos désirs existentiels, même par le phénomène de réfraction. Seul, l'amour cet état libéré, peut libérer sans régression. La nudité de la surface et la profondeur de la rétention peuvent toutes deux comprendre à l'homme que la pirouette n'est pas un jeu de cirque. Apprendre à aimer ou échouer et se refouler en se contentant d'un bonheur à quatre sous, bourgeois et confortable à souhait, sans vague et sans tempête, c'est atterrir dans une morne plaine. Être de connivence avec la terre nourricière du rêve, c'est vivre sa poétique. Dans le rêve vécu, les choses condensent les mots, les caresses se font plus chaudes et les plaisirs plus vifs. Pour goûter à la musique de la chaîne phonique pure de l'orgasme amoureux, il faut découvrir une simultanéité de la libération hors de la stratification du temps. La puissance d'accueil de l'amour est illimitée, mais ne correspond pas à la géométrie classique. Au-delà du principe de plaisir, elle surajoute la magie de l'amour. La vie en profondeur, n'appartient qu'à elle-même. Arrêtons de nous surveiller comme des flics de carrefour, l'homme derrière son masque n'est plus qu'un reflet.

Nous sommes arrivés à une ligne de partage des eaux. En regardant en arrière, en fouillant dans la mémoire du temps, nous apercevons du chemin parcouru. Nous sommes sur le point d'explorer une nouvelle frontière, mais nous n'avons que des vieux mots usés pour la décrire. Ainsi, nous ne pouvons évaluer la nouvelle stature de l'homme. L'espace et le temps nous rendent peureux et repliés sur nous-mêmes, nous craignons l'engagement nouveau, ouvert par les pionniers de la nouvelle aventure. L'homme du vieux monde ne produit plus rien. Il est comme un mollusque accroché à son rocher, défendant des intérêts primitifs, sous une couche composite de culture atrophiée par la sédimentation des siècles. Il parasite la terre de ses pratiques prédatrices, entraîné militairement pour le massacre et la destruction. Il a perdu les plus sages limitations écologiques de sa survie menacée dans la dérision de son activisme de termite.

Les lignes essentielles de cette fausse culture sont à la base de l'orgueil possessif, d'une minorité dominante assoiffant une majorité famélique. Gare à la désintégration ! La pyramide sociale est ébranlée, le poids de la base entraîne le niveau supérieur du triangle dans la chute. Une série d'expédients maintiennent encore un peu la solidité factice de cet édifice branlant. Mais les mots sans coeur ne font plus écho. Les trompettes de la renommée sont mal embouchées. Les païens, les juifs, les barbares, les sauvages et les indigènes ont pris la parole. Ils ne la lâcheront plus.

Les gardiens des pouvoirs n'ont pas vu, ne veulent pas voir l'anéantissement cyclique de leur apogée. Ils interpellent mal les continuités. Une unité plus vaste sort des limbes et renvoie le vieux papillon à son cocon tissé de contradictions. En amont et en aval, le fleuve humain coule vers la mer bienfaitrice de ses origines vivantes : la liberté, les utopies d'aujourd'hui sont les réalités de demain.

Le jardin du vieux monde ressemble à une vieille tombe qu'on fleurit à la Toussaint et qu'on oublie l'instant d'après. Rien n'était fleur en lui, tout était comptabilisable. Les hommes n'étaient acceptables que par rapport à un compte en banque bien fourni. Mais cette fin en soi, cet échange d'autorité est en train de mourir de sa propre mort. La productivité d'une économie en expansion est en train de faire place à la déflation d'une économie de subsistance. Cet aveu de faillite des grands managers rend nécessaire une réorganisation générale du monde. Le rêve d'abondance est fini à moins d'une conquête spatiale.

Les limitations de la créativité humaine font échouer les projets les plus audacieux dans un enfermement égoïste. La vie, ce système libre ne renvoie pas l'ascenseur au pouvoir arbitraire. Le monde gaspille les trésors qu'il a su mettre à jour. Ce monde limité à la terre est une contradiction évidente, l'expansion ne peut continuer indéfiniment sur un si petit continent. À ce point de l'histoire, nous avons atteint le fond. La manipulation des mots ne suffit plus à masquer les problèmes cruciaux à résoudre. L'intelligence humaine doit se rehausser. La pseudo vie et son collectif mécanique tire à sa fin.

L'homme d'aujourd'hui doit créer un langage nouveau car une fin apocalyptique de tout le développement humain est devenue possible.

Le moi de l'homme doit quitter son égoïsme frontalier et prendre vie dans le domaine du monde entier connu et connaissable.

Cette vision neuve demande des mots neufs. Les équilibres de pouvoirs ne suffisent plus au contrôle de cette machine infernale. Dans l'hallucination sénile de la puissance contrôlée, l'âme est au bout de son rouleau. Ne perdons pas l'occasion unique de nous aimer. La régénération dans la splendide diversité ou l'isolement régressif dans l'agressivité inconsciente, voilà notre dernier choix. Comme pour nos capsules spatiales, l'angle de rentrée dans l'atmosphère respirable est étroit. Il nous faut une conception de l'homme dans son entier. Ne restons pas l'homme d'un monde, devenons l'homme du monde pour lequel notre morphologie et notre psychologie sont bâties. Oeuvrons avec des mots sincères dans les éléments d'une société universelle avant que les affres de la Dame Noire nous prennent chacun par la main pour nous entraîner dans les fours crématoires atomiques de la dernière folie militaire. L'étincelle vitale peut encore briller dans nos yeux émerveillés de soleil et de lune. Soyons les éternels étudiants de la seule science à véritable capacité humaine qui puisse éclairer nos pas hésitants et redevenons les enfants du savoir au coeur de la matière et de l'esprit.

Il ne faut pas confondre grand angle et trou de serrure. Ne cherchons pas la raison de cette distorsion de vue entre les mots d'une minorité bavarde intellectualisée et la grande majorité des "paumés" qui s'agitent dans les derniers soubresauts d'une civilisation décadente. Comment s'étonner du manque de vocabulaire vivant ? Le silence nous sert de cache-sexe comme ultime rempart d'une liberté sans responsabilité, dont on n'assume la libido qu'à coups de cachets salvateurs de névroses. Ne sommes-nous pas entrés dans le royaume de la dérision ?

Les grandes catastrophes et les naufrages sont coûteux, mais ils ôtent au peuple qui les subit l'envie de les vivre. L'homme n'apprend que d'expériences. La mémorisation de sa bêtise lui ouvre accès à la recherche d'un nouvel horizon. Il y achemine sa réflexion, ce qui lui permet les transformations futures. La race humaine a toujours remis ses critères d'évolution en question pendant les temps d'opulence et de puissance. Les pouvoirs meurent toujours de leurs excès de certitude insolente. Quand le désastre n'est pas loin, c'est que la table est trop abondante. Le gavage amène l'indigestion et déclenche la crise de foie. Les remèdes n'ont plus d'effets, leur caractère magique fait du rêve un désenchantement.

Le monde actuel joue un tragique vaudeville avec de médiocres acteurs. Le public béat commence à tourner le dos à la pièce. Les étranglements de la culture mécanisée empêchent les changements de décor qui donnaient l'illusion d'un jeu. Les Dieux ne sortent plus de l'Olympe ni les lapins des chapeaux. Le peuple est désabusé, son instinct de conservation refait surface et se réfugie dans des valeurs de sauvegarde de l'essentiel par le repli sur soi. Il retourne à sa géologie des profondeurs, laissant là indifférent, se dérouler les jeux de ce cirque meurtrier. Seulement, pourra-t-il longtemps ignorer en aveugle ce jeu de massacre de son milieu de vie ?

Devant la décrépitude de la société, les meilleurs éléments humains décrochent et renâclent à s'engager pour rien. Cette disqualification laisse la place libre à des hommes plus ordinaires dont le discours et les mots sont plus enclins à la démagogie dans le verbiage de l'efficacité. L'échange s'appauvrit. Mollement installés dans un présent mental sans consistance, prêts à tout entendre sans écouter, à dire le contraire aujourd'hui de ce qui a été dit la veille dans cet état d'apesanteur, les hommes laissent un espace libre à la démagogie.

Alors, comment voulez-vous la mémoire s'enrichisse d'un discours de création ? Aucun outillage mental ne soutient des mots prononcés sans cohérence et sans connaissance. Les mots flottent à la surface du dire sans consistance aucune, comme des épaves au fil de l'eau et ne servent à rien d'autre qu'à empêcher l'homme de penser juste selon la valeur du savoir des faits vécus.
La majorité des gens ne savent pas grand-chose et surtout ne savent pas réfléchir, c’est-à-dire relier ensemble les évènements et cette mise en rapport. À partir de là, déduire une idée neuve, émettre une méthode nouvelle. Cette inadéquation dans l'analyse et la synthèse de la réflexion, fait naître un échange de mots tenant plus du bavardage stérile que de la créativité. La chute dans ce vide mental ne se fait pas attendre, le lâchage de la réalité aussi.

Se poser des questions, se remettre en question, est sans doute la meilleure formation de la pensée. Malheureusement, c'est manifestement bien au-delà de la force psychique de la majorité des gens. Leur mécanique intellectuelle est complètement grippée, bloquée par des années de rabachage scolastique au raisonnement au niveau des pâquerettes et des faits-divers télévisés, incapable de raisonner sainement les plus simples aspects de la vie courante.

D'ailleurs, à partir de quinze ans, à cause du milieu de vie, la plupart des humains sont déjà hors-jeu, intellectuellement condamnés, comme tant d'adultes, à la stupidité crasse à vie, orgueilleux et satisfaits par-dessus le marché, profitant souvent d'un confort hérité pour lequel ils n'ont rien fait de leurs dix doigts, ils nagent dans un laisser-aller burlesque autant qu'incohérent.

Incapables de sortir de cette impuissance réflexive, ils utilisent, joyeusement incultes, les biens que la famille et la société leur offrent, sans aucune vergogne, sûrs de leur bon droit, sans regard responsable sur leur avenir ni même sur celui de leurs propres enfants. Le profit remplace le devoir, la consommation exacerbée sert d'alibi au vide ambiant. Tout se passe comme si leur sensibilité n'avait pas été affinée, leur intérêt n'étant qu'eux-mêmes et l'immédiateté, une projection réfléchie sur l'avenir ne les intéresse pas. 

Cet effort commun vers un horizon toujours plus en communion avec la vie est un travail de connaissance paisible. Nous sommes le monde que nous pensons, ce monde n'a pas d'autre existence ni d'autre essence que la valeur que nous lui donnons par notre pensée.
Cette identité de l'individu avec l'universel réclame pour être vécue, un approfondissement de la connaissance. L'homme doit se rendre capable de distinguer sa vocation profonde de celle de l'autre. L'action de chaque instant doit être une recherche et un effort pour une meilleure intégration dans l'évolution vivante, lien privilégié de sa sacralité, dans la dignité de la condition humaine. 

La génération à venir voit s'achever dans le désordre et l'incommunicabilité, le siècle des matérialisations faciles. Les deux systèmes contraignant du capitalisme sauvage et du collectivisme étouffant sont proches de leur désintégration. L'individu n'est ni une formulation égoïste de la personne, ni un élément d'un univers de goulag. Dans l'un comme dans l'autre cas, l'homme n'est que le moyen mis à la disposition de l'organisme édicté par le pouvoir. Sa grandeur ne se situe pourtant pas dans cette uniformité confortable et sécurisante, mais dans la réalisation des facultés d'un être nouveau capable de création.

Une règle sociale est certes nécessaire si l'on veut éviter l'anarchie du passage d'une société archaïque à une société évoluée, mais cette règle doit être suffisamment souple pour être susceptible d'adaptation à l'évolution. L'humanité n'est pas donnée, elle est à découvrir à travers la mémoire des générations passées, à partir du langage existant, véritable lien de la relation humaine partagée.

Le passé, le présent, l'avenir, sont un même continuum de constructions humaines qui se structurent par-dessus et au-delà de la matière dans une cumulation de pensées créatrices, ajoutant instant après instant une touche au tableau qui s'affine et s'embellit de la valeur de l'homme artiste de la création.

Chaque parcelle du vivant réclame impérativement cette vie existentielle des postulats sensibles. L'homme n'est qu'une machine froide sans sa sensibilité. Le rêve est l'opération indispensable au bon fonctionnement du vivant. Il arrive que l'expérience existentielle ne trouve plus les mots en réponse au rêve et conduise à un déséquilibre trop important, alors c'est la cassure et les fondements mêmes de l'être se brisent. Ce qui prouve que l'homme doit se pencher très attentivement sur l'homme pour discerner en lui ce que l'évolution réclame.

C'est en connaissant et en reconnaissant honnêtement l'existence de la bête en nous, cette bête qui baigne la substance humaine, que l'on peut faire un pas vers l'Amour et vers la Sagesse. Le "connais toi-même" de Socrate. Nous remplissons d'autant mieux notre vocation d'homme communiquant que nous avons une conscience aiguë du non-homme qui habite dans les profondeurs de notre Etre. Aimer et échanger, c'est ouvrir en nous-mêmes et en les autres, de nouveaux chemins de pensée créatrice de vivant. Les autres, c'est toute la Nature que nous percevons, que nous sentons, que nous ressentons à travers le filtre ouvert de notre sensibilité.

La mémoire et les mots, comme communication intense, conduit à la Création. Aimer et vertige et émerveillement. L'homme est une création continuelle grâce au verbe qui l'habite. Sa faculté de se mouvoir dans une infinité de possibilités lui donne un privilège qui le mène à la pensée. Nous sommes essence et existence grâce à elle, donc, chacune des existences qui côtoient notre propre existence est encore nous-. Cette conscience s'accompagne nécessairement d'une certaine éthique. Ce que je sens n'est pas ce que je sais, mais ce que je sens est en harmonie avec ce que je sais. Je crois enfin qu'on ne peut jamais dire ce que l'on croit croire, car ce que l'on croit, on le vit et l’on ne peut le dire par des mots.

La vocation profonde de l'homme est de chercher à unir, à unir sous toutes ses formes la diversité de la Connaissance, en chassant la violence des pouvoirs à la périphérie du vivant par la sacralisation de la vie.

La vie porte l'homme, mais elle n'est pas d'abord la vie de l'homme. La vie libérée balaye l'individualité humaine. La vie est l'incitation à découvrir le principe transcendant d'avec lequel l'Amour nous met en communication. Rompre cette appartenance, c'est se rendre prisonnier du théâtre de la cruauté humaine. Cet oubli mène à la tyrannie car l'homme est un espace vivant, l'exiguïté de la scène le fait tourner en rond. Pour bien vivre, l'homme doit regarder le ciel et se manifester aux charmes.

L'homme n'est ni livre, ni oeuvre, mais énergie, en ce sens il est le seul artiste de sa vie. Autrement, il est infidélité à lui-même et à la Création. Nous entrons par là au coeur même du problème fondamental de l'existentiel. Ce mouvement est le mouvement du monde, le contrarier, c'est contrarier la création elle-. L'absolu, le vie elle-même est un jeu subtil.

Penser théâtre, penser clôture, c'est penser la puissance cruelle de l'enfermement, c'est mourir à la respiration, en économie restreinte dans un regard casanier des choses vivantes.

L'égoïsme est servile service à soi-même par manque d'aération. La pensée véritable est solidaire, dans la nécessité du mouvement. Elle s'oriente et se propage dans la souveraineté de l'infini, sans différer le plaisir et sans limiter la mise en jeu. Garder la vie en champ clos, c'est lui signifier son arrêt de mort, dans un devenir supprimé. La vie est restée en vie parce qu'elle s'est ouverte : telle est la vérité de la vie. Elle possède ce privilège intraduisible, de s'aimer assez, pour se laisser changer. Pour elle la joie excelle et excède la dialectique. Les mots, elle s'en fout, elle est l'opération souveraine soustraite à l'horizon du savoir et du pouvoir. Elle s'élabore dans l'altérité absolue : Thanatos et Éros, même combat. L'instant pour elle est furtif, c'est pourtant de lui qu'elle tire toute sa magnificence.

L'homme s'engage dans un devenir quand il se crée, dans une dynamique supportée par une mémoire collective, où il puise amoureusement son constant enrichissement, en partie transmis, en parti acquis. L'homme devient libre s'il est capable de s'auto transformer, de se reconfigurer et de sélectionner son cours futur. Malgré le bruit, l'agitation, la colère, la fureur d'une histoire cahoteuse animée par les pulsions les plus positives, l'homme intelligent façonne son destin dans l'alambic de ses sens retrouvés. Ce nomadisme de la synapse enrichit au premier degré notre vie mentale : notre animus devient anima. Cro-magnon devient artiste de sa vie. Son corps se globalise dans une sensation de bien être, qui le pousse à l'accouplement, dans la joie d'amour. Il partage enfin avec les éléments, il osmose sa jouissance dans la jouissance de l'autre. Il quitte le rapport au singe, pour rentrer dans le rapport à l'homme.

Nos granges à mémoire sont surabondantes et bien garnies, ce qui fait problème, c'est leur porte étroite. Y ouvrir une brèche, c'est découvrir la psyché en couleurs, pour faire de sa vie, un bel arc-en-ciel à envolées cosmiques.

Quoi que nous en pensions, notre subjectivité est notre trésor, l'exprimé valant mieux que le calculé où notre logique est en défaut. C'est à un projet d'homme qu'il faut travailler, non à un projet de machine. L'ordinateur est le tourne-disque de la pensée humaine. La tour d'ivoire a toujours été considérée comme un attribut des savants et des gouvernants. Les pauvres s'y font enfermer. À leurs réussites, je préfère la providence éclatée de l'homme fou, capable de rêves, là où la distance et le temps sont abolis. Laissons leur la concentration de l'avoir pour la spiralisation de l'être.
Ça respire mieux par là. Pour naître à cette joie, il faut un effort d'imagination active au-delà de la méritocratie inflationniste des pouvoirs. Laissez- moi mes regards d'enfant peuplés d'émerveillements délicieux. Ils valent toutes vos décorations en plaqué or. 

Je ne veux pas devenir un homme hochet du savoir dans une fausse image flatteuse de moi-même. Je sais que je ne sais rien et c'est là ma joie, c'est là ma force, le non-dit est mon pays de naissance. Sa culture me délègue la jeunesse primordiale. La durée est ma fête et l'éros ma respiration. 

Par Djilali Jamaï
- Voir les 0 commentaires - Recommander
Mardi 9 septembre 2008



La première violence c'est le premier mot prononcé comme affirmation de mon existence. Le mot en soi s'exprime, comme la nudité du visage, le son de la voix contient son expression nue. Le langage est le face à face de l'homme debout, mais n'exclut pas l'intériorité. Le mot donne existence à l'homme, c'est grâce à lui qu'il se sait vivant. Plus profondément, la pensée rompt avec le langage et devient langage intérieur, en dehors des mots. Ce que je suis est ce que je dis, mais aussi ce que je ne dis pas. Ma parole, mes mots, sont l'ouverture de mon attention à l'autre. Ce présent vivant, ce temps privilégié, je le donne à l'autre en une notion à la fois simple et difficile. 

Si mes mots sont pauvres, je suis pauvre avec eux. Car le mot est substance d'enrichissement mutuel. Le mot donne la précompréhension de moi à l'autre. Il me situe. Ce n'est pas un laisser-être, c'est une respiration particulière de l'être. Il met ma pensée en pâture et me remet le privilège d'être responsable de ce que j'exprime. Les mots sont implicites dans la pensée, explicites dans l'expression. Ils sont la meilleure libération à l'égard de la violence. Le visage est en effet l'unité inaugurante du verbe par la parole.

Une pensée sectaire meurt d'elle-même, dans l'indifférence. L'origine de la parole est dans l'urgence de communiquer avec nos semblables. Le mot nous a déchargé de l'angoisse existentielle. N'avoir rien à dire, c'est déjà être mort. La parole est comme le souffle, elle permet l'inspiration. Je pense à la vie dans son premier cri, elle a été bien inspirée. Le mot est étranger à la danse immobile. Je ne peux devenir qu'en donnant de l'ampleur aux mots que je conçois. En plus de ce changement, la parole est rythme. Si j'en reste au langage ordinaire, c’est-à-dire à celui qui me dicte les pouvoirs, je ne suis qu'un perroquet, je ne trouverai jamais mon harmonie profonde. N'est-ce pas pour cela que les dialectes modifiaient le chant du mot, sans en perdre la racine à l'intérieur de la forme totale ? Cette diversité de sonorité était puisée au fond de chaque âme. La beauté en résultait alors que l'uniformité des langues nationalisées rend monotone tout discours. Le Corse n'est pas le Breton car l'océan n'est pas la mer. A force de nivellement, il n'y a plus de paysages. Le mot n'est pas un signifiant flottant. Il baigne ses rythmes dans le terroir de ses origines et y prend ses odeurs caractéristiques. En Provence, il sent l'ail, en Alsace, la bière.

Les pouvoirs les aseptisent et les désodorisent pour fondre les imbéciles dans une uniformité qui confère aux peuples un esprit de mouton de Panurge.

Une fois formé, le langage influence la connaissance humaine et y assume un rôle actif à condition que l'homme ait le courage des recherches fertiles et des utilisations créatives dans la fonction occupée par les mots.
Le verbiage moderne arrêtant son champ d'investigation aux conditions météorologiques, aux échanges vestimentaires et culinaires, accompagnés des éternels clichés stéréotypés sur la politique, le racisme et les congés payés, ne risque pas d'établir l'intelligence d'un peuple à un niveau de réflexion élevé. C'est pourtant ce langage que les pouvoirs préfèrent entendre car il maintient le peuple dans un sous-développement culturel. 

Certes, il n'y a pas de pensée pure, privée de tout lien avec le langage qui est un produit social et populaire, mais, il peut être considéré comme un élément créatif plutôt que comme élément conventionnel. L'homme ne peut pas progresser hors d'une véritable prise de conscience de ses forces vives. Elles seules peuvent assurer sa pensée dans le processus évolutif du vivant.
L'adaptation n'est pas la régression dans l'intérêt de quelques élites, elle demande que le peuple, grâce à la réflexion de ses élites, se hisse dans le nec plus ultra du vivant afin de servir avec noblesse et dignité l'évolution de l'homme dans une condition supérieure à celles de ses pairs.

Il serait bon que l'on déchire ce voile d'hypocrisie afin de faire respirer le corps social et qu'on rentre dans la grande politique de l'homme traitant sa vie comme une oeuvre d'art. Nous sommes tous appelés à un devenir de création, source d'un continuum spirituel à la hauteur de nos ambitions les plus légitimes et les plus nobles.

Le Capital : Inconstance et mobilité permanentes, passion de la conquête où les victimes ne sont que des valeurs interchangeables, même passion de l'accumulation, du nombre et du catalogue, même indifférence envers les moyens, même calcul rationnel dans la stratégie, mêmes limitations des processus.

L'homme moyen ne s'affecte pas des mots. Il les dit sans rien dire, il les dit pour dire comme pour s'en débarrasser puis il retourne à ses occupations bloquées d'oublieuse mémoire. Ils n'éclairent pas sa zone d'ombre, ses mots sont toujours les mêmes, pauvres comme son vocabulaire d'homme moyen, hors de la connaissance.

Nous sommes lents à croire les choses qui nous font mal à croire, mal éclairés, déformés, frustrés, conditionnés, refoulés que nous sommes. Au reste, l'homme moyen ne s'en affecte guère. Il brosse l'histoire de sa mémoire défaillante et déshumanisée, privilégiant les valeurs et les règles logiques au détriment des subjectives. L'arbre cache la forêt, car la rançon de la pensée est de bien penser. La mémoire, pour être bibliothèque efficace, doit s'alimenter de la filiation en arborescence, des plus anciennes générations jusqu'à nous et au-delà de nous. Si les mots ont permis une spéculation qui a rapporté gros aux puissances, l'intelligence veut que leur osmose à la mémoire permette le raccordement de l'homme à l'universel. Ne soyons pas une voie bégayante de principes dictés, vivons plutôt de notre sentir propre, en nous impliquant dans l'appel de l'ailleurs qui correspond à notre sensualité profonde. On ne se souvient bien que de ce que l'on sent bien. Un considérable savoir faire est à notre disposition dans la copieuse mémoire des temps immémoriaux. De ce tremplin vieux de centaines de milliards d'années, de milliers de générations, l'homme a mémorisé dans ces centaines de milliers de cellules, le savoir qui lui permet d'être, sans le marchandage étouffant des sueurs de burnous. Ainsi se nourrit-t-il. En ces matières, les pouvoirs, fussent-t-ils religieux, font tous la fausse économie du su et du non su, du dit et du non dit qui mènent aux solutions bloquées du conformisme, celui ci se termine toujours dans l'éclatement jaillissant d'une révolution.

L'homme est un système ouvert et vivant. On n'enferme pas l'ouvert ni le vivant. Un poumon gonflé qui ne respire pas éclate. L'intelligence est presque inutile à celui qui ne possède qu'elle (Carrel). Le vivant est émergence, sans communication, c'est le court-circuit mutant vers une nouvelle transmission de mémoire. Quand le système sera bloqué, le rêve fera une ultime tentative en parlant à côté, au détriment névrotique d'une réalisation nouvelle.

Un modèle ne sert qu'à déplier le temps de l'adaptation et de la réflexion pour accomplir dans l'investissement mémoire, cris, paroles, écrits, images, gestes, signes, symboles, un pas de plus vers la rencontre. L'homme s'invente à ses risques et périls. Il sert de transmetteur de mémoire cumulée. Son cerveau est une marmite en ébullition pour les soupes futures. Du vécu libéré, il tire la création. Toute la palette de l'âme doit en sortir. L'homme est relation de création.

Nous régressons, nous donnons leur chance aux médiocres, aux scribes, aux censeurs et aux cuistres dès que nous abandonnons la polychromie sensible de nos affects pour le circuit fermé des jeux du cirque. Se souvenir n'est qu'un préalable à vivre, une architecture statique, se projeter au-delà du centre unificateur de ce noyau mémoire, c'est s'inventer et s'enrichir en enrichissant l'évolution d'une révélation créative. On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve.

Nous souillons notre intelligence des armes de la destruction. L'économie de mort prend la place de l'économie du VIVANT. La folie qui s'empare de nous est celle de l'homme pathologique atteint d'une maladie d'orgueil : la réduction de l'autre sous son pouvoir. C'est l'attitude la plus débile de la réflexion humaine. L'enfer, c'est les autres (Sartre). Et si l'enfer, c'était notre peur, notre angoisse ! Pourtant, nous pouvons la conjurer, l'extirper et la détruire. Il existe contre elle des moyens curatifs, un antidote : la compréhension. Il n'est plus une seule activité qui ne se développe qu'en interdépendance.

L'homme est un animal social, sa vie est faite du communautaire et du personnalisé. Les complémentarités jouent et nous devons rentrer dans la coexistence organique du monde. C'est en termes de concordance avec lui qu'il faut traiter les problèmes humains.

Le problème propre à l'explosion de la créativité humaine est partout le même. L'imagination doit gagner les circuits neuronaux de notre cerveau, empruntant les voies hautes de la réflexion. Cette interactivité demande une éducation renouvelée et permanente, individualisée pour tout le monde quel que soit l'âge, non seulement la facilité d'apprendre mais aussi celle d'apprendre à nous comprendre, apprendre à regarder, à écouter, à ne jamais cesser de s'abreuver avec la soif de comprendre le vivre, en cherchant les sources d'où provient l'espérance.

L'avenir de l'espèce humaine se joue au-delà des schémas habituels, dans le passage décisif d'une conception fixiste de la terre et des hommes à une conception transformiste, aérée et ouverte. Nous ne pouvons plus, dans la complexité du tissage de nos mémoires, vivre les uns sans les autres. Ce changement de réflexion s'est opéré sous la poussée de notre accumulation de connaissances, des moyens technologiques et de nos conquêtes sur la nature. Parfois, d'ailleurs sans considération de ses équilibres fragiles.

La révolution silencieuse est en marche. Elle ne tonne pas du canon des stupidités guerrières et destructrices que servent les cerveaux arriérés, elle chemine lentement dans la sinusoïde du vivant et n'emprunte jamais l'angle obtus ou la droite rigide, mais épouse les méandres circonvolutifs du cerveau supérieur. Les orages qui s'amoncellent, la grande peur cachée qui s'insinue dans le coeur des hommes, l'amènent à reprendre la parole.

Nous sommes aujourd'hui sur la ligne de crête. Ou nous ferons confiance aux hommes de sang et d'espoir, peu nombreux certes, mais seuls réalistes et visionnaires, où nous abîmerons dans la folle contradiction de nos velléités de sauvages mal dégrossis. Ce n'est pas quand le bateau coule qu'il faut lâcher la barre.

Une direction régulière et systématique vers la passe qui mène aux eaux plus calmes doit être empruntée. Elle passe par une réforme totale de nos comportements archaïques. Dans un désir subtil d'admiration, de concurrence et de haine, l'homme a mis des générations à comprendre sa relation triangulaire d'animal, de sapiens et de Dieu.
Après avoir été au bout de son masochisme conquérant et de son sadisme guerrier, il s'est enfermé dans la contradiction de la mort nucléaire globale. Il ne lui reste plus que deux possibilités : la disparition ou la conversion. Tous les motifs cachés de son égocentrisme maladif, porteurs de son angoisse existentielle égoïste font place à l'angoisse totale de la mort de l'espèce. L'hypocrisie sur ce terrain n'est plus de mise. Nous devons rejoindre l'immense disponibilité de nos espaces et de nos esprits en recourant à la mémoire vitale et en utilisant les mots des sages et des prophètes de la reconversion dans l'Amour. 

Il en est des conversations comme du temps, elles sont changeantes. Elles visent à l'organisation des faits, à la communication d'un savoir particulier, à l'analyse et à la synthèse d'une recherche dans un domaine choisi par les intervenants. Cependant, dans la majorité des cas, elles sont des alignements de mots sans consistance sur des réflexions ou des pensées sans grand intérêt.
Dans ce monde qui nous submerge d'informations, on ne communique plus, on se montre par les mots, on s'évalue, on veut que l'autre vous reconnaisse un statut, de préférence supérieur. On ne va pas aux choses dans le désir d'offrir et de connaître. Cette absence de curiosité rend la vie monotone.

Il apparaît de plus en plus clairement que les heurts entre gens et systèmes culturels viennent de cette négligence à chercher la compréhension des autres par l'ouverture de dialogue vrai. Contribuer à développer le sens de l'identité personnelle aux dépens de l'aliénation et à valoriser l'expérience, représente la nature même de la communication. Par les mots, l'homme doit se retrouver lui-même.

Quand je parle, tout le reste cesse d'exister : lourd fardeau pour les autres. Si eux êtres humains échangent des mots, cela ne veut pas dire que l'intégration de leurs discours soit identique dans leur système nerveux central. Les filtres de chaque cerveau ne sont pas les mêmes et n'enregistrent pas forcément de la même manière. Chacun habite son monde sensoriel. La sélection des données de la sensibilité à la réception est différente. La structure du crible perceptif n'est pas la même chez les individus, même issus de la même culture, du même village. Alors, comment entendre, écouter, comment échanger ?

En s'aimant, en s'ouvrant à la compréhension de l'autre, en laissant de l'espace, en sachant se retirer quand on sent que le message envoyé ne peut pas être décodé, quitte à reprendre le dialogue un peu plus tard. Alors, il devient possible de détecter les variations de sensibilité entre soi et les autres.Les systèmes culturels peuvent faire varier du tout au tout la structure du comportement, mais l'homme n'en est pas moins profondément enraciné dans le biologique et le physiologique qui l'a vu naître. L'homme est un organisme extraordinaire doté d'une horloge individuée qui prend racine dans sa naissance. Et c'est cela qui est exaltant d'enrichissements conjugués.

Nous devons ouvrir les voies à la grande richesse de l'éloge de nos différences. Aucune culture n'est supérieure à l'autre. Chacune est comme une jarre contenant des trésors de produits succulents et de parfums enivrants. Chacune a su créer ses prolongements dans le mystère caché de ses origines. Elle a reçu de la terre nourricière qui l'a vue naître, les vibrations cosmiques sensitives qui lui sont particulières. Et, dans cette diversité de prolongements, les hommes ont vu grandir leur maîtrise des éléments vivants.

Ce façonnement réciproque reste et devient la seule chance enthousiasmante du plaisir de découvrir les uns par les autres, des dimensions nouvelles à nos mots et à nos pensées. Il ne peut que se sculpter dans les différents matériaux composant la planète. Nous sommes tous sensibles aux changements subtils qui surviennent en ce moment grâce à l'interpénétration des cultures et grâce aux communications modernes.

Dans cette série de mondes nouveaux, tous différents les uns des autres, il y a la richesse du monde. Mais chacun de ces mondes possède son code d'entrées sensorielles et si nous voulons vivre en paix, il faut inventer une action qui libère les racismes courts, l'agressivité stupide, par l'intelligence des ouvertures audacieuses, par la meilleure utilisation des richesses personnelles, par la restructuration de notre pensée précaire, par la connaissance approfondie, non superficielle entre nous, par une communication élargie d'échanges, enfin par une irrésistible curiosité d'approche de l'autre dans sa différence. Seul, un surdimensionnement du savoir, du coeur et de l'esprit peut nous conduire dans les dédales nombreux de l'amour vécu.

Le propos gratuit, sans consistance, où l'on ne perçoit aucune nécessité intérieure, est la demeure de ceux qui ne connaissent qu’eux-m. Vous leur parlez, vous leur demandez quelque chose, ils ne vous écoutent pas, ils ne vous entendent pas. Nous sommes pris dans une structure qui désamorce tout dialogue authentique et fait de la vérité de l'échange, un mensonge dont la sincérité est une duplicité.
Cette constatation nous laisse devant une lucidité impuissante où la vie communautaire devient une mascarade.

Tromperie tous azimuts où l'on perd son équilibre en rentrant dans l'hypocrisie ambiante. On rentre ainsi dans le confort, la médiocrité et l'aveuglement de soi-même. Ainsi s'établissent d'étranges relations où l'on ne peut espérer rien partager et où l'on se contente de baigner dans le jeu absurde d'une société du faire semblant. L'illusionnisme est complet : une prime à la frime. 

Dans cette bonne conscience à bon marché, on perd une merveilleuse occasion de se taire pour rentrer en prière et en méditation sur l'artificialité bloquée dans laquelle toute la société patauge. L'homme se balance comme un pendule : agacé, il boit sa solitude. Les conséquences en sont la vie monotone dans une société du paraître, dans l'hypocrisie ambiante, sans transparence ni partage. Nous vivons ainsi le drame de l'incommunicabilité dans le bavardage. Autrement dit, on se paie de mots creux sans aucune valeur d'humanité, dans une culture à bon marché.

La galère prend l'eau de toute parts. Avec ses mots et ses rêves, l'homme pouvait croire à la création. Par la voie du jeu et de l'amour, il reprenait l'antique dialogue de la mère et de l'enfant, le seul dialogue vrai, mais dans son orgueil, l'homme a préféré prendre le porte-voix de l'illusion et après un long chemin sans issue, le voilà planté comme un piquet dans le grillage de son goulag intérieur. Le plus universel des éléments façonnés, le mot parlé vrai, imprégné profondément de l'expérience individuelle mémorisée, devient alors un obstacle à l'union de l'humanité.

Il est une autre fonction du mot qui semble avoir échappé à notre attention d'emmurés, c'est que les mots peuvent faire rentrer notre création en mémoire génétique dans nos enfants. Le prodige du mot, c'est de nous projeter. Le fait de donner un nom est déjà une opération divine de création. L'homme existe par la valeur qu'il donne à la parole qu'il prononce. Le langage est l'agent le plus important de la pensée dirigée, le souffle magique de la vie.

L'homme est né dans un monde de sensations et de pulsions motrices. Il a l'expression de ses mots. Il est à la valeur de sa parole. Il est la seule créature qui doit mesurer ce qu'il dit et faire un effort pour savoir qui il est. Son être est en auto transformation. Il n'apprend à être lui-même qu'en étant à sa richesse. S'il fausse ses mots, il fausse sa vie.

En trichant avec les autres, on triche avec soi-même. En changeant continuellement de rôle, on devient un saltimbanque déambulant dans une incohérente versatilité, on perd son âme à ce jeu de massacre dans la fête foraine du monde des apparences. Être vrai, être sa pensée, être ses mots, être sa parole où n'être rien d'autre qu'un pantin, telle est la première exigence de l'homme conscient de lui.

C'est pour avoir littéralement perdu ce sens que l'homme du XXè siècle est ballotté par les marchands du temple. Son rêve bute sur la comédie humaine jouée par les charlatans, prometteurs de bonheur en tout genres. Chaque génération doit répéter l'effort originel de l'homme dans sa vérité. L'homme moderne sophistiqué court le danger majeur de l'éclatement psychique. La liaison indispensable à la création vient de la qualité de la parole. L'homme ne peut s'empêcher de mettre son empreinte où qu'il aille, son besoin d'identification passe par son besoin de contacts avec les autres. L'homme regarde en avant et en arrière, il forme des projets pour ce qui n'existe pas.Il est né pour être artiste de sa vie et non l'objet d'une société qui lui dicte ses choix et ses désirs. L'homme véritable est hors de l'esclavage des consommations.

La crise actuelle est une étape normale de la reconversion industrielle dont la sortie n'est retardée que par la bureaucratie à la papa de politiciens arriérés grappillant des rentes de situations au lieu de faire un travail de projection et de création sur l'avenir.
Le contenu du discours ne cadre pas avec la fin de l'industrialisation qui nous entraîne dans une évolution exponentielle. 

Les évolutions techniques introduisent une distanciation par rapport aux machines et diminuent, voire suppriment, toute intervention gestuelle. Et pourtant, il n'y a qu'à rentrer dans un L.E.P. de mécanique pour voir qu'on forme les jeunes mécaniciens de demain comme du temps de la première Ford T ! Avec l'arrivée des salles de conduite informatisées où seuls les tableurs interviennent pour diriger des robots tôliers, on voit mal ce que fera cet apprenti de seize ans, à qui l’on ingurgite les rudiments du martelage à la main. Les robots remplacent les pistoleurs à laque, adieu les barbouilleurs de façades au pinceau ! Le terminal télématique et le micro-ordinateur à traitement de texte envahissant les bureaux, que va devenir Mademoiselle Pigier sur son clavier Remington ?

Les magasins automatiques commencent à faire grandes surfaces, que va faire Martine, la belle caissière aux yeux bleus ? La compétence est une qualité qui se crée et qui s'entretient sous peine de devenir un jour un exclu.

Les mots à insuffler dans les esprits jeunes sont ceux de la certitude d'avoir quelque chose à apprendre sans cesser de se former, être créatif d'un devenir incorporant les réalités nouvelles quand le temps d'adaptation et de changement sera venu, il ne faut pas s'accrocher aux idées de papa mais puiser en soi un désir de réflexion et d'expérience pour un saut qualitatif en avant dans la connaissance. La déqualification vient très vite fondre sur celui qui stagne dans le confort désuet de vielles idées rabâchées. Une multitude de formations sont inadaptées et passéistes. Elles préparent ceux qui s'y engagent à la déconvenue d'un métier sans avenir, prometteur d'une prolétarisation accentuée dans toutes les classes sociales, même aisées.

Combien d'enfants de cadres sont déjà rentrés dans ce processus qui rejoint les classes défavorisées ? La gravité du problème engage l'avenir dans les voies violentes du mécontentement et de la désillusion que ne compenseront plus les reprises d'héritages faciles. Les Etats sont fourvoyeurs de succession collectant les fonds nécessaires au paiement de l'assistanat de cette foule d'inadaptés inutiles et ce n'est pas la voie des petits métiers du bricolo qui compensera ce manque de formation adéquate et sérieuse dans la société nouvelle. Les voies alternatives sont le domaine des imaginations fertiles.

Par manque à penser, dans l'incapacité de prendre les décisions nécessaires, on s'achemine vers un affaissement du corps social en une société bipolaire dont une seule des parties aura droit de cité, l'autre nivelant les ambitions manquées sans compensation. La porte ouverte à l'apathie ou à la violence expose cette société à des risques d'explosions incontrôlables. Il n'y a qu'à jeter un regard circulaire sur ce qui se passe dans le monde d'aujourd'hui. Le processus est en place, seule la mèche n'a pas encore reçu l'allumette.

Méfions nous du pouvoir des mots inscrits dans les mémoires mortes. Ils colportent des conformismes et des attitudes auto sécurisants souvent désuets. Nous devons plutôt nous atteler à une nouvelle définition de nos formulations. Nos modèles anciens ont fait leur temps. La vie est évolution. Une nouvelle ère de confrontation à la réalité est indispensable si l'on veut avancer vers un progrès humain à profil créatif d'avenir.

Tous les modèles mécaniques ont été essayés. L'homme émerge de sa mémoire ancestrale vers une bio-cybernétique au-delà de son psychisme bloqué. Il y a une magie de la vie à retrouver, dans le travail assidu de l'évolution créatrice. Le cerveau cosmique transmutera le cerveau humain dans une neurologie vaste comme celle de l'homme, cet animal symbolique, parangon de la nature. La qualité neuronale porte en elle la capacité psychique d'un dépassement au-delà de l'opacité de la force brute. L'homme par un martèlement de l'information développera ses facultés d'analyse fine de la complexité de son environnement et découvrira dans cette concentration d'énergie psychique, des dimensions de lui-m jusque-là inégalées. Une intensité et une transparence d'ordre spirituel l'appelleront à dominer ses instincts primitifs. Dans cet apogée, il frayera pour la première fois avec les sphères vivifiantes de l'esprit. Certains d'entre nous, à chaque siècle, d'ailleurs y parviennent. Ils sont autant de phares qui éclairent notre obscurantisme.

Par Djilali Jamaï
- Voir les 0 commentaires - Recommander
Mercredi 20 août 2008


Je plonge avec mes mots usuels d'autodidacte ignorant, dans les fonds abyssaux des mers profondes, là où la vie apparut, il y a de cela des millénaires. J'y ancre mes sensibilités par immersion synaptique d'où je projette mes organes de succion dans la mémoire du temps oublié. Par ce geste simple dans le limon fertilisant de la mémoire commune, j'enrichis la vie du pauvre homme que je suis et si je parle à la vie de toi, c'est pour m'oublier. Dans ce fond marin, je retrouve la source des inspirations primales en recherchant par quel miracle la vie m'a été offerte, dans le jeu des transformations darwiniennes.
Cette quête me transmet le message de l'humilité tant l'ignorance de mon savoir est immense. Elle me fait rentrer par des mots nouveaux dans l'admiration du monde dont je suis partie prenante.

Comme un “Poséidon", après avoir baigné dans mes origines marines et retrouvé en cela le chant des sirènes, je me propulse hors de l'eau pour rencontrer le ciel d'azur. Il m'apprendra les mots respirant d'air pur, les mots des nuages dans la danse ozonique de ses courants changeants. Mer et ciel se répondent aux mouvements des astres et par ce message secret et fantastiquement érotique, ensemble ils ont provoqué la danse des éléments dont les mots m'ont fait sortir du tourbillon de la soupe originelle. “Bing Bang” me voilà !

Alors, apeuré, j'ai nagé jusqu'à la terre ferme, chaude mère protectrice exubérante, et là, comptant mes doigts comme par surprise, j'ai découvert les nombres, premiers mots prononcés. Malheureusement pour moi, le premier commerce était né, qui par des mots plus durs de réalité, allait m'amener à marchander la terre et à la confisquer. Le sale pouvoir était né, et, si je veux le faire disparaître aujourd'hui, ce ne sera qu'en faisant un retournement singulier sur mes origines, je pourrais alors, retrouver enfin les mots d'amour de mon appartenance à l'universalité. Privé de ce sixième sens, je ne suis qu'un juif errant.

Dans la traversée du désert où les premiers mots m'ont fourvoyé, le ludion que je suis danse sur des planches pourries où il pourrait bien passer les pieds. Que des mots deviennent des pierres et je suis “lapidé". L'hospitalité cesse. Elle fait place à l'hostilité, la guerre ou le”cirque". Ce n'est pas pour rien que l'emblème des maîtres est le lion des arènes sanglantes. Tout ce que je sais à présent vient du mot "furor", fureur. Sa racine grecque veut dire sacrifier.

Jouir de la terreur, voilà la tragédie. Tous les regards se tournent fascinés, vers ce puits vertigineux d'attraction machiavélique. Ne nous y trompons pas, le premier spectacle du monde fut le crime. Le meurtre attire les hommes comme une odeur nauséabonde, celle de leur propre décomposition. “Thanatos” et “Eros” sont frères. Si tu n'as rien d'intéressant à dire, attaque ou dis que tu es attaqué. Tout le monde t'entourera pour conjurer le sort. Le désir d'une femme n'est rien à côté de cette jouissance sadomasochiste.

Le légionnaire est représentatif, les mots couleur de sang de sa tunique écarlate attirent. Autour du héros vainqueur se dessine une étoile. C'est l'exercice militaire du mot qui fait la haine. La vision d'un homme en croix, couronné d'épines n'offre que des mots vengeurs. Libérez “Barrabas” - L'amour ne passera pas -

Nous sommes au commencement, au vrai commencement. La danse du monde des mots commence. On a libéré la liberté des mots. Nous surprenons là l'origine des mots retenus dans les entrailles de la terre et libérés par l'atomisation des éléments. Le pouvoir se morcelle et l'individu reprend ses mots. Tout s'éclaire. L'instauration d'un dialogue inversé va naître; le paralysé jette ses béquilles. Les dieux couchés se sont levés. Je vois là un premier ballet des mots en symbiose avec la danse du verbe. Le ressuscité tient enfin sa rédemption. L'ère de l'homme Dieu est née.

Le mot, c'est la chaîne de la genèse. Année après année, il a construit l'Univers des hommes. Comme le dire entre eux était difficile, il s'est ouvert des pistes d'hospitalité et de convivialité dans des boîtes préservatrices des timidités précoces. Il se dit maintenant à travers elles sans contact corporel direct, ni même visuel, dans le cas du téléphone et de la radio transistorisée. Dés le début le droit de l'hôte se fait payer. C'est le prix du masque qu'il faut se donner pour la circonstance. L'hospitalité renvoie toujours à ce que l'on nomme le troisième homme, homme de l'ombre, que l'on paie pour dire sans se voir à des distances faramineuses. L'obligation préalable est de payer sa note à cet intermédiaire pas toujours discret, afin de prendre un droit à la parole limité dans le temps : “Allo Mélanie...04. 90.06.75.12. j'écoute..."

L'écoute ! Le grand problème du mot - Cette entrée en intimité - Cette intrusion dans les “Mass Média” - Rien n'est si vieux, si archaïque, rien n'est si difficile, voire impossible que l'écoute; cette grande dame-blanche de la communication - Bienvenue à toi - je craindrais en fermant ta porte de m'opposer aux courroux des dieux. La déclaration des droits de l'hôte est le discours; celle de l'accueillant est l'écoute. Autrement, comment se recevoir “cinq sur cinq” dans le “connaître” ? Les mots restent prisonniers s'ils monologuent. Sans partage, ils n'existent pas. Le pouvoir est dans la place et le roi tue l'autre et par là se fait roi. Le péché d'orgueil est tout simplement l'équation du pouvoir et du meurtre par négation de la communication entre les partenaires. L'accueil est écoute, l'écoute est réception. La réception est échange - L'échange est vie - La vie est liberté - Fin des pouvoirs.

L'émotion gagne à l'écoute. On se tait, on s'apaise, on prend son temps de réflexion. On réfléchit à chaque mot que l'autre propose et on lui donne avec sérieux sa richesse. D'abord délicate, l'écoute devient attentionnée - ensuite intentionnée - Si celui qui prend la parole en définit avec précision l'espace, celui qui écoute en trace les compréhensions. L'expérience commence, prend conscience d'elle-même, échoue ou réussit. La famille des mots est saisie dans un cercle. Le débat peut se développer dans une discussion passionnante si les belligérants sont gents intelligentes. La curiosité s'aiguise au fil de la conversation, fluctue, s'organise et s'ordonne en une architecture verbale bénéfique pour les deux parties en cause.

Dans l'anonymat physique des boîtes à échanges de mots, les partenaires ne peuvent faire vivre à l'autre le sens, les attitudes des mots prononcés, qu'avec le concours de l'intonation et de la magnitude des mots échangés. Le ton, cet accoutrement de la voix, renvoie aux schémas de violence, de neutralité ou de tendresse apprises.

L'intrusion dans la vie n'en est pas moins forte. Il est des coups de téléphone qui sont des coups de matraques, des nouvelles d'autoradios qui sont des angoisses atroces, des coups de téléphone gais comme sont gaies les speakerines de radio vacances. Là comme ailleurs, l'homme s'implique et ne peut pas rester indifférent aux mots employés et reçus. Les routes de l'échange divergent sur les moyens, pas sur les sentiments.

Pour passer du possible au réel, l'homme doit se dévoiler et se montrer seigneur et maître de ses mots, n'en prononcer aucun qu'il ne sente ni ne pense, dans la légitimité de son être profond, au risque d'être un escroc de son verbe ou un débile qui parle comme une girouette attend le vent favorable pour tourner valablement.
Là réside le mal indésirable qui permet aux malins de s'immiscer dans le discours afin d'en prendre le pouvoir absolu.
Homme, tais-toi plutôt que de dire des bêtises, de parler pour te faire valoir - Parle d'or et fais silence -

Le mot est un concept - il a une définition - Il peut être un point de départ pouvant être vide ou plein. C'est selon l'usage que l'on en fait. Il peut constituer un collectif ; ses noms propres assemblent et créent des familles. Sa foule n'est pas musique mais bruit ou fragments épars. C'est en tête-à-tête qu'ils peuvent être le plus vivant ou le plus destructeur. Les frottements, les interceptions, les blocages multiplient en eux les chances de chaos. Ils ont le monopole de la violence légitime. Les indéterminés, heureusement, jouent le rôle de lubrifiants. Entre eux, si l'on ne veut pas d'histoire, nous devons essayer de concevoir des liens multivalents. On peut flotter dans leur usage, mais on ne peut en aucun cas les ignorer. Ils parlent d'eux-mêmes comme de vieux égoïstes.

Comme en école d'art, on peut les traduire en impressionnisme, en pointillisme ou en surréalisme. Leur aspect figuratif n'a d'égal que leur présentation abstraite. Ils peuvent être sculptés comme un “Moïse” de David, un baiser de Rodin ou un nu provocant de Mayol, sans pour cela manquer d'un mouvement cinétique à la Calder. Ils entrent à Beaubourg après être restés longtemps l'apanage du Louvre. Au musée Grévin, ils se figent dans un discours de cire. À l'Académie Française, ils reprennent leurs valeurs étymologiques ancestrales et s'encanaillent en argotique dans le dictionnaire. L'histoire coule et le temps coule à travers cet écart à l'intégration.

Leur rumeur baigne le multiple, elle l'entoure. Leur essaim vibre d'abeilles et de bourdonnements. L'écho de leurs pépiements est légion depuis notre enfance. Seuls, les mots solitaires sont tacites. Le bruit de fond qu'ils subissent dans la foule les rend totalement inaudibles. Leur substance est grise, leur suffrage est tonitruant comme le résultat d'une élection. Dans ce cas leur harmonie musicale est une métaphore de la paix sociale. Policés ou policiers à leur heure, ils remettent leurs papiers ou les demandent, ce qui revient à la même chose : Décliner leurs identités. Si “Caïn” n'avait eu qu'à échapper à l'oeil, il n'aurait pas tué “Abel", mais sous la multiplicité de leurs voix, il prit peur et sacrifia son frère, en oubliant son châtiment. La peine de mort est une trace longue à effacer même par des mots de repentir.

Les mots s'insinuent partout. Ils rentrent à l'Opéra par l'entrée des artistes et baladent l'excitation des grandes premières dans la loge des Divas. Ils rentrent en scène après avoir tiré le rideau dans un grand crissement d'applaudissements et ils chantent Aïda, Faust ou Pélleas et Mélisandre. À l'Olympia, ils font un “tabac” par la voix de Céline Dion, ou du vieil Aznavour, alors que dans les coulisses se prépare la voix d’Hélène Ségara. Au Lido, couverts des plumes de la Beauté, ils montent aux seins des “Girls” et aux muscles des “Dandys”. À Bobino, ils zizigotent avec Pierre Perret. Ils se déshabillent au “Crazy Horse”. En province, au Capitole, ils retrouvent les choeurs Gascons. Ensuite, chacun d'eux revient dans les chaumières, se chauffer dans l'âtre des cheminées de veillée avant de s'envoler dans le conduit étroit et de partir en fumée.

Les idées passent et meurent en pénétrant dans l’outre-tombe des mots trop répétés. Les mots, comme les oiseaux, s'envolent et chantent d'une branche à l'autre avant de revenir au nid pour en couver d'autres, qui s'égayeront au chaud de la moisson. Dans l'arrogance et la précipitation de ceux qui viennent de se donner des ancêtres, ces jeunes mots entament la course à l'invention et à l'imagination. L'hospitalité proverbiale de la mémoire reçoit les vieux mots perclus de rhumatismes et remplis de sagesse, dans les catacombes de l'expérience. Là, bien rangés, délicatement classés, comme dans une armoire de famille naphtalinisée, ils terminent comme des vieillards bien propres, leur carrière mouvementée. Dans une indifférence générale, ils rabâchent leurs souvenirs et se rappellent le bon vieux temps où ils faisaient des farces fameuses et des pieds de nez vigoureux à toute une bande d'humains tarés. Philosophie de corps mêlés.

Les mots sont signes des idées qui se trouvent dans les autres hommes avec qui ils s'entretiennent. Ils ne sont pas pour autant sans rapport avec la réalité des choses dites. Si chaque langue exprime le caractère spécifique du peuple qui la parle, il n'en est pas moins vrai qu'elle puise à la même mémoire et au même fondement des signes.

Les sentiments qui se mettent dans les mots comme la faim, la soif, la haine, l'amour, la colère, la pitié, sont colporteurs des mêmes sentir dans les mots. La parole est la première institution sociale et elle ne doit sa forme qu'à la sensibilité des hommes. Les langues ont une spécificité qu'il ne faut pas confondre, même si leur fond logique est commun. Toutes les âmes humaines sont de la même espèce, de même nature. L'esprit humain se sert des mots pour la clarification de son expression. Et c'est là que le despotisme des pouvoirs agit.

Le discours porte et impose une idéologie et chaque idéologie trouve son discours. On comprend donc pourquoi toute classe dominante veille particulièrement sur la pratique du langage, en contrôle les formes et agit sur les moyens de sa diffusion : l'information, la presse, les mass média et la littérature. On comprend pourquoi une classe dominante a ses langages favoris, ses orateurs et tend à censurer tout langage. Elle assure ainsi sa position par le pouvoir pris sur les mots qu'elle manipule à son avantage.

Le langage n'est pas simplement, comme on le croit si souvent avec naïveté, un inventaire de mots et de formules d'assemblages linguistiques qui semblent pertinent aux individus. C'est une organisation symbolique qui véhicule des idées faisant référence à l'expérience acquise et qu'enregistrent les éléments les plus dynamiques d'une société afin de s'octroyer le statut de décideur, certains avec la conscience du service des autres et de la responsabilité créatrice, d'autres, plus nombreux, avec le souci de dominance et le désir d'en tirer des avantages substantiels, prélèvement sans commune mesure avec l'engagement pris. De telles catégories imposent soit la progression vers un plus être, soit la confiscation des forces vives et créatrices par abus de confiance camouflé dans les idéologies d'un pouvoir régnant.

 

.../... 
Par Djilali Jamaï
- Voir les 1 commentaires - Recommander
Mercredi 20 août 2008
.../...


La langue signifie le monde en le réfléchissant. Quant aux divers sons du langage, c'est la nature qui pousse les hommes à les émettre et c'est le besoin qui fait naître les mots.
Les mots sont donc bien une création humaine qui découle de l'essence des choses qu'elle représente. Le signe mot est un logogramme. Il a fallu que l'homme, pour communiquer avec ses semblables, eût un signe tout à fait sensible et rationnel. Pour communiquer ses conceptions il se sert des mots qui sont l'herbier de son intelligence. Le vocabulaire est le signe des notions qui sont dans l'âme de chaque homme.

Les mots sont les signes de la réalité permanente comme s'ils constituaient par eux-mêmes la cause de la connaissance. Les mots sont des sons distincts et explicites dont les hommes ont fait des signes pour marquer ce qui se passe dans leur esprit. Parler, c'est expliquer ses pensées par des signes que l'homme a inventés à ce dessein. L'homme émetteur et l'homme récepteur est modifié par le son qu'il reçoit et qu'il émet. En émettant des sons, l'homme retrouve sa vibration intérieure et raffine sa perception. Dans l'être humain, tout communique.

Aujourd'hui, des signes avant-coureurs montrent que l'homme se redécouvre et revient à son origine et au naturel après avoir été malaxé par la révolution industrielle qui l'a coupé de ses racines. Partir à la découverte de sa voix et de ses mots, c'est redécouvrir son corps vibratoire et apprendre à mieux se connaître. Les sensations indispensables à l'émission des mots, c'est l'homme total qui les transmet. Celui qui connaît sa musique intérieure connaît l'univers et se connaît lui-même.

Au reste, parce que nous attachons nos conceptions aux mots, nous nous souvenons plus des paroles, des idées, que des choses.
Les mots sont la forme et la matière de notre pensée. Il s'ensuit de là que les hommes ayant eu besoin des mots pour marquer en mémoire tout ce qui se passe dans leur esprit, il a fallu que les uns signifient les objets des pensées et les autres la forme et la manière de nos pensées. Ainsi, ils peuvent rentrer en mémoire comme signifiants propres. La diversité est ainsi ramenée à une source commune.

Les mots tournent au rythme de la vie, ils sont la variété du temps. Ainsi le rythme de la vie est une chose, la variété une autre, mais les mots variés assurent l'échange. La vie tremble sous les mots sensibles. Quelque chose s'agite à la matrice de mes lèvres. Quand je les prononce à plaisir, à peine mêlés, ils t'attendent et te crient leur savoir. Si tu ne répondais pas, en quoi t'aurais-je déplu ?
J'en use fréquemment mais pas toujours à bon escient.

Le vaniteux désire un objet, il suffit alors, à l'homme de pouvoir, de le convaincre que cet objet est déjà désiré par un tiers pour qu'il suive la directive de celui-ci. Un vaniteux ne peut pas tirer de désirs de son propre fond, il les emprunte à autrui, comme les mots qu'il dit. On lui implique une autosuggestion qui ne lui appartient pas. L'élan vers l'objet est en fait une délégation fainéante vers le médiateur. Le disciple fasciné par son modèle.

En général, le pouvoir se sert de la rivalité et attise la haine pour mieux la contrôler afin de se faire passer pour le seul justicier de l'ordre sécurisant des antagonistes. La rivalité exaspère la médiation et accroît le prestige du médiateur, porteur du pouvoir.

Ne nous laissons pas duper, l'esprit grégaire est une tentative de rencontre de l'autre. La hiérarchie véritable n'est pas dans l'isolement du pouvoir, mais dans l'échange avec l'autre. Cet échange passe forcément par les mots. Les mots transfigurent l'objet. Un être vivant est d'abord un dialogue. Les joies et les souffrances ne s'enracinent pas dans les choses. Alors que l'amour passe par l'expression partagée des couples. Les mots livrent l'intensité du désir.

Le sous-homme désire faiblement, en copiant les autres. Il n'a pas de révélation personnelle. Ses mots sont les mots des autres. Pour l'homme véritable, c'est la volupté créatrice qui l'emporte sur le désir et sur l'angoisse. C'est pour cela qu'il vit mieux dans l'enthousiasme serein d'une espérance active. Sa libération des pouvoirs l'entraîne au-delà de lui-même, dans la mémoire créatrice de durée, nourrie par amour.

Le snob est un imitateur. Il montre aux autres un visage qu'il n'a pas en masquant la vérité de son être. Il n'est pas, il est l'esclave des modes. L'homme vrai ne s'embarrasse pas de masque. Le transfuge ou le subterfuge ne lui sont jamais nécessaires. Il se définit dans le réel. Il sait qu'il est incapable de tricher sans être mal avec lui-même et ne se joue pas la comédie. La mémoire a vite fait d'oublier ce qui n'est pas vrai. Elle a la faculté de l'évacuer de ses circuits, car elle est physiologiquement construite pour servir le plus être et ne s'encombre pas des scories inutiles des tartufferies humaines.
Sauf pour rire.

La porte d'or de l'imagination s'ouvre avec des mots sentis, flous et troubles. La lumière éclaire la première, l'ombre densifie la seconde. Toute parole entre moi et l'autre, si elle est sans détours au champ de foire des divertissements factices, reflète une spontanéité qui me remet sur les chemins de la vérité. Laissons au théâtre, le soin de jouer les divertissements ou la tragédie. Un homme digne de ce nom a mieux à faire pour découvrir sa subtilité vitale. La source de la transfiguration est bien en nous.

Le plus intime en moi, sans cesse en mouvement, c'est cette force profonde de spiritualité qui fait mon unité et mon unicité. Ma beauté passe par l'oeuvre de connaissance que je fais sur moi-même, dans le flot permanent de ma pensée. Mon jardin intérieur n'est jamais un jardin solitaire. Relié à la mémoire des êtres et des matières, j'osmose en ma relativité les particules de ma transformation perpétuelle. J'accroche ainsi mes mots aux anneaux du collier de la reine éternité. Je vis au grand large, dans mon espace cosmique retrouvé. Se refaire une enfance, c'est l'art porté à son seuil maximal. L'enfant jouit de la paix des âges en moi établie. J'ai découvert la faculté de me concevoir.

Les mots sont des couteaux de lumière ouvrant l'ombre. La langue et le coeur sont pareils. Ils visitent l'ami pendant que l'homme des choses s'affaire. Quand ils s'allient à l'esprit, ils sont un premier pas au bras de la paix. Ils donnent à la vie sa musique intérieure. La table d'orientation de l'homme c'est le fond de sa mémoire. Autrement l'homme reste un aveugle loin de son humanité. Qui ne rentre pas dans sa poésie est déjà mort avant de vivre. Une oeuvre peut en transformer une autre. La loi du vivant c'est la relation privilégiée. La singularité des mots, c'est de permettre cette relation. L'équilibre, la démarche, le geste, suivent la voie dès que les mots s'organisent. La science ne s'exprime que par l'écriture des mots. Leur musique lui donne une vigueur colorée. C'est la passion des esprits subtils. Au pavillon de l'imagination, ils permettent le rêve. Il y a les noms, les adjectifs puis les adverbes, les verbes et autres mots. Chacun tient sa place, son rôle. Pas question de laisser le désordre s'installer entre eux. Pour permettre une bonne compréhension des phénomènes, ils nécessitent un ordonnancement.

Ce droit de se gouverner par soi-même, seule une pensée intelligemment structurée par des mots disant bien ce qu'il veulent dire peut l'obtenir. Les mots sont des réservoirs à idées rangés dans la mémoire. La mémoire sert de barrage de retenue. Elle arrose la vie de mots communicants. Elle évite la corruption des vertus naturelles. La mémoire participe à notre histoire. Que serait un homme sans mémoire alors qu'un robot lui-même en possède une ? L'amnésie n'est pas seulement une configuration de l'oubli. Elle est une immense indisponibilité de la pensée. Plus qu'une cassure neuronale, c'est une rupture de ligne communicante.

Quand la mémoire se perd, les hommes sont à la merci des tenants des pouvoirs. Incapables de retenir, ils deviennent incohérents dans leurs analyses des réalités et par crainte de se tromper, ils délèguent le savoir à d'autres. Ces brillants manieurs de mots promettent naturellement ce que les demandeurs désirent, sachant bien que la mémoire leur manque. Une fois qu'ils ont le pouvoir, ils oublient vite les promesses tenues. Ainsi les individus durablement privés de mémoire sont la proie facile des faiseurs et des coquins. Ces malins se servent des mots pour assurer leur pouvoir. Ils sont considérés comme des vedettes populaires jusqu'au jour où la réalité des faits prend le dessus sur le mensonge. On ne peut faire illusion très longtemps.

L'absence totale de complexe sur l'usage des mots met dans l'embarras le citoyen moyen porteur d'une mémoire à capacité amoindrie par la dispersion de l'attention. Engagé dans la sollicitation permanente à la nouveauté, attiré par les brillances attractives du miroir aux alouettes de la publicité, ce citoyen au vocabulaire court, consomme sa vie plus qu'il ne la dirige, Les bénéfices de la consommation des produits par l'emploi de mots percutants, cachent cependant la réverbération du mirage. La crise actuelle est là pour le prouver. Et ce ne sera pas la surenchère des mots des pouvoirs en place, qui y changera quelque chose. Là, seul le recours aux leçons de sagesse emmagasinées par la mémoire peut nous donner les moyens d'un retournement de situation.

Heureusement, l'effervescence associative et la micro-informatique domestique renversent le flux des pouvoirs vers l'individu puisqu'il représente pour ce dernier une nouvelle possibilité de s'inventer une mémoire créative en dehors des médias officiels. À condition, bien sûr, de savoir programmer ce prolongateur de cerveau qu'est le microprocesseur. La techno domination se lézarde sous une multitude d'expressions particulières. La centralité des pouvoirs éclate. Les minorités de pensées émergent. L'éloge de la différence apparaît indispensable. Sa diffusion inéluctable.

Le but des mots est de pouvoir s'occuper d'objets autres que les mots. Je commande un repas avec des mots mais ce que je veux c'est manger le bon petit plat succulent que j'ai commandé. Le choix des mots n'est pas arbitraire. Il est précis, clair et demande une réponse correspondant à leur énoncé. Le problème est des plus réels, si je demande le sel et qu'on me passe le poivre, j'en conclus qu'on ne m'a pas entendu ou pas écouté. Un malaise s'installe dans la communication. Je monologue, je ne dialogue plus. Les faits contredisent les déclarations.

La situation du monde tient en fin de compte dans cette simple histoire de sel et de poivre. Les progrès du savoir dans les communications humaines ne changent rien à l'affaire : sel n'est pas poivre. La valeur des mots façonne l'écoute. Sans attention aux mots des autres, dans l'écoute, pas de réponses, pas de dialogue possible. Alors, quand en plus de cette réalité, il faut ajouter le recours aux traducteurs dans les échanges internationaux, vous voyez un peu la difficulté. En fait, pour nous en sortir, nous devrions décider de cinq cents mots-clefs d'un vocabulaire pratique traduit de même valeur et compris de même sens par tous les participants. BABEL a trop duré. Même pensée, même langage.

Le langage crée la réalité humaine à condition que le mot ait le même sens dans toutes les bouches et sous toutes les latitudes. Au centre du débat, il y a la confiscation du pouvoir par les mots. Tant que l'homme ne voudra pas causer d'une même voix, il ne s'entendra pas avec son frère. L'intelligence, c'est la faculté à l'universel et la diversité qui l'accompagne. On assiste aujourd'hui au dernier combat des chefs. Serons-nous assez fous pour les laisser détruire l'humanité ? Manquerons-nous à ce point d'intelligence pour leur donner la délégation de pouvoir nous exterminer ? Ou serons-nous assez sages pour les en empêcher ? Nous ne pouvons pas rester en relation bi équivoque de langage. Nous allons devoir choisir car le temps des tergiversations faciles est révolu. Le monde est rentré dans la phase dangereuse de l'incommunicabilité. Les mots reviennent sur nous par effet de boumerang. Nous sommes tous frappés par la crise.

Toutes les langues sont traduisibles l'une de l'autre. Il faut que les mots rentrent les uns dans les autres dans un dialogue d'amour à haute signification. L'erreur du relativisme linguistique est évidente et les conséquences sous-jacentes de ce manque d'élévation sont graves.

Les hommes peuvent exprimer le même contenu de diverses façons. Cependant, les mots ont une racine commune comme les hommes une souche commune et il est urgent d'y revenir. Le verbe doit se faire chair et descendre parmi nous. Le discours est l'échafaudage artificiel de symboles inertes qui minent l'expérience, c'est pourquoi un bourgeois, fut-il marxiste et révolutionnaire, ne peut rien comprendre à un prolétaire malheureux et “blousé” par les pouvoirs en place.

Tous les pouvoirs sont des confiscations de l'expérience par le discours et l'utilisation des mots au service des intérêts d'une minorité. Dans ce sens, le discours est le péché originel. Dans ce galvaudage des mots, on ne sait plus qui est le danseur et ce qui est la danse. Dans cette danse des éléments, l'homme, seul, a tout à perdre. Il faut chercher une voix sans forme qui les ait toutes. L'univers des mots doit devenir l'univers des hommes dans un verbe retrouvé.

Aujourd'hui, communiquer pour rien est devenu un besoin nerveux. Les mots et les moules de pensée sont impuissants à dominer la crise d'identité de l'homme. Les mots ne font que re-présenter le vivant. Ce sont des symboles et la réalité des symboles est nécessaire à l'imaginaire. Une réalité illusoire est une réalité vécue qui ne devient vraie que lorsqu'elle est totale et unifiée. Une modification de nos conceptions ordinaires et une transformation radicale de nos processus mentaux s'avère donc indispensables. Les symboles et les expériences sont comme deux roues qui ne tourneraient pas dans le même sens. Ils n'obéissent pas aux mêmes lois. Pourtant, toutes les parties de l'univers, y compris nous, sont reliées (religere) d'une façon intime et immédiate par la sensibilité universelle, sang commun d'un même corps.

Le vocabulaire fonde la forme des phrases du discours par le choix judicieux des mots. Un ordre rationnel s'impose avec un mot thème, un mot centre. Maison ne signifie pas exactement demeure ni masure. La réalité concrète ne s'en arrange pas. Chaque mot comprend son mode d'appréhension : sensibilité morale, physique ou psychologique. Les zones d'interférence sont très vastes et par le biais des emplois que l'on en fait, les mots subissent des distorsions d'origine diverse.

De ce simple fait, qui a sa raison d'être, pour la véritable communication des hommes, nous devons nous rendre capables de réflexion associative. Mais mon propos n'est pas sémanticien. Ma préoccupation est d'offrir au lecteur une voie de meilleure relation verbale. Mon second désir est de lui montrer le risque encouru par une délégation de pouvoir des mots trop sécurisante. Je ne suis pas agrégé de lettres mais simple autodidacte préoccupé de bon sens. La dialectique bien employée vaut bien la préciosité littéraire confisquée.

Par l'exemple suggéré, les mots-mots, idiotisme presque méthodique, je veux couper les barreaux de la cage où les gens de savoir nous ont si confortablement enfermés. Certains y trouveront leur profit, d'autres plus instruits trouveront mon propos flou. Ce que je fais, c'est du travail de maréchal ferrant.

Les mots s'habillent de sens selon les époques, malgré leur contenant étymologique, leur origine, leur racine. À travers les chemins linguistiques populaires, ils varient d'interprétation sensible. Pouvoir, pour ne prendre que lui, veut dire bien autre chose dans la bouche d'un politicien, d'un syndicaliste ou d'un religieux. Il y a les mots parure, enveloppés de beaux atours ou de strictes costumes huppés ou chamarrés, décorés ou unis, chapeautés ou chevelus, les mots sculptures taillés ou ébauchés, polis ou cisaillés, râpeux ou lisses, les mots armures cloisonnés, rigides, maillés, les mots mesurés, comptés, calculés ou comptabilisés, les mots ramure frissonnant au vent, sentant bon, ombragés, les mots pâture, jetables et jetés au public, les mots usure étriqués, effilochés et fatigués, les mots blessure qui font mal et qui saignent, les mots cassure qui brisent et explosent, les mots chlorure empoisonnés, décapants et aseptisants. Il y a l'enflure et l'usure des mots qui incitent à se taire plutôt qu'à parler.

Ainsi vont les mots selon le dire du moment d'humeur de celui ou de celle qui les exprime. L'expression imprime au coeur du mot l'humaine sensibilité du plus subtil au plus complexe, du plus utopique au plus concret. Quand on veut se rendre libre et compétent en son art, nous devons puiser dans les éléments de la mémoire des plus grands. Dépasser l'éphémère de l'instant qui coule, en lui donnant par son intrusion amoureuse dans la mémoire, une vie éternelle. Les passions vont au-delà de la touche géométrique.

L'amour, c'est le signal de deux contraires qui se révolutionnent par la communion des mots vrais. À perte de vue. Les amants retrouvent dans leur mémoire les circonvolutions de la terre et l'expulsion spasmodique des étoiles. Croisons nos bouches et nous nous engloutirons l'un dans l'autre en prenant pied dans l'unité de l'univers. Car la seule certitude est que ce que nous pensons aujourd'hui appartiendra demain à la mémoire du temps et à l'éternité de la durée. Dans la vie, chaque leçon est la première leçon. Chaque jour est comme le premier jour. Tout est toujours neuf, personnel et vivant.

Si l'homme et la femme cessent de déléguer leurs pouvoirs aux charlatans de toutes espèces, alors le sperme des jeunes adolescents ne servira plus de lubrifiant aux canons de Camerone. La menstruation féconde et naturelle des jeunes filles ne servira plus à la germination des corps déchiquetés par la guerre.
Quand une vieille dame de fer rencontre un vieil homme d'acier, il ne peut y avoir que ”mâle go uine". Le twist et le tango argentin ne se dansent pas du même pas. Alors ne suivons pas les rois des fous et faisons à deux l'amour dans la pampa avec des mots de chaleur. Les tempêtes hormonales des adolescents et les trompettes de la renommée n'ont pas besoin de porte-voix. L'intelligence est la faculté à l'universel. Elle se relie à elle-même. 

Les mots fixent solidement les associations d'idées de l'homme et les multiplient. Sans les mots, aucun cadrage de l'expérience n'est possible. Grâce à eux et à la mémoire, nous avons cheminé par étapes jusqu'aux progrès d'aujourd'hui. Mais une économie d'abondance, surtout si elle touche seulement une petite partie des habitants de la planète, apporte avec elle non pas le devoir de consommer, mais celui de créer. La communauté fermée, produit une personnalité fermée, vice-versa.

La civilisation commence par une grande matérialisation du dessein humain. Elle emploie les mots pubs pour piéger son monde. Elle se termine par une matérialisation sans but. Un triomphe vain qui s'abîme dans la décadence.

La glorification technique entraîne les visions infantiles les plus perverses. L'échec chronique extérieur augmente le fardeau économique sans alléger le découragement intérieur. Au lieu de mettre la vitalité de l'homme plus pleinement au service de son moi supérieur, la consommation outrancière achète l'homme avec des mots slogans superlativés et l'abaisse au rang d'un ventre. En fait, les inventions ambitieuses de substituts synthétiques de la vie reposent parfois sur des illusions et subissent des défaites dans bien des applications. Le but n'est pas l'uniformité, mais la diversité et les mots mêmes pour identifier la vie sont d'une diversité inouïe.

La liberté est l'acceptation consciente de la nécessité des différences. Pas plus que dans le discours des mots, on ne peut chasser l'image de la vie. Ce qui fait le charme et la beauté d'un arbre c'est que chaque homme puisse le nommer différemment. L'encouragement à penser, l'encouragement à sentir, à agir, l'encouragement à vivre est nécessaire, autrement la vie est un coma arrangé mécaniquement. La fin de l'homme n'est pas de se transformer en un homoncule artificiel dans une capsule propulsée, voyageant à une vitesse maximale, abaissant au degré zéro sa responsabilité jusqu'à l'extinction de ses dons naturels, en éliminant toutes traces d'art et de créativité. On a inventé la bombe à neutrons au moment précis où l'on atteint pour l'homme l’angoisse maximale de la mort intérieure individuelle par mécanisation. Alors certains d'entre nous, prévoyant le danger de rupture totale par atomisation, ont inventé des mots et des rêves nouveaux afin de conquérir d'autres espaces de ciel. Et à terre, l'homme simple, pris de vertiges devant son pouvoir machiavélique de destruction, a repris le chemin des cavernes, des rêves idylliques de la drogue ou de l'appel à la pastoralité. Présageant une fin apocalyptique de tout le développement humain, l'homme individué reprend les chemins sinueux de la vie : d'instinct.

Le nouvel A B C, extermination Atomique Bactériologique et Chimique ne fait plus recette. L'homme par réflexe de survie se détourne de lui. Une vision neuve, alternative se développe avec des mots nouveaux à contre-courant des pouvoirs en place et plus rien ne l'arrêtera dans sa course.

Ces forces de non-coopération aux systèmes constituent aujourd'hui le seul et dernier rempart contre la dernière contradiction humaine, la mort collective.

Une simple personne humaine peut vaincre l'inertie apparemment irrésistible des institutions. Une intégration à un nouveau seuil de maturité paraît nécessaire, sans elle, soit brusquement, soit insidieusement, l'homme se détruira en portant atteinte aux grands équilibres de la nature. Une nouvelle culture doit naître des cendres chaudes de la mémoire morte du siècle quantique et rentrer avec des mots plus clairvoyants dans une transformation visionnaire de l'avenir. L'homme reste l'artiste et l'artisan de sa vie. L'intégration de l'individu s'accomplira si ce dernier, par un effort de lucidité et de réflexion sur lui-même, entame la seule révolution qui mérite d'être menée : Cette révolution intime, seule digne de l'homme, qui consiste à analyser son dire et ses actes eu égard aux faits vécus. Sans ce retour à la clairvoyance et à la courageuse remise en question de chacun sur soi, les affres de la bêtise et la médiocrité s'abattront sur l'humanité.

Il y a une dualité des mots fondamentaux car ces mots principes ne sont pas des mots simples, ce sont des mots couples. Par les mots, l'homme prend une connaissance empirique du monde. Mais les expériences à elles seules ne peuvent pas faire découvrir la richesse d'un univers si vaste. Le monde se laisse expérimenter, offert à l'investigation de l'homme. Cependant, il suit ses propres lois, sans aucun souci de nos actions. Il vit en relation avec tous les éléments qui le composent y compris les hommes, sans préférence, niant très vite ce qui ne va pas dans le bon sens de l'évolution créatrice.

Le monde dialogue avec tous les éléments. Il est forum de communication. Tout garde sa place dans l'espace et la durée, par effet de boumerang. Rien n'est important sans l'importance de cet échange de complexité. Ce qui importe le plus, ce n'est pas mon importance, c'est ma contemplation. Et pour l'exprimer, j'ai bien besoin de ma mémoire innée et des mots de ma mémoire acquise. Toute relation à quoi que ce soit est mutualité. Le berceau véritable de la vie, c'est la communication.

L'acte de communication représente un sacrifice et un risque. Il fait sortir de soi et tenter le dialogue. Il s'agit là d'un acte essentiel de l'homme. Trouver en lui, la force d'aller vers et de le dire par des mots lesquels expriment sa vie. Car les mots sont dits par l'être entier. Ils pénètrent dans l'oeuvre. Ils sont cette forme qui vient à ma rencontre, dans l'éclat éblouissant du tête-à-tête. En me disant, je me fais connaître, je découvre, je crée, je puise, j'invente, je prends, je donne, je me donne. Toute vie véritable est rencontre.

La mémoire se transforme dans la mesure de ma création. Elle passe du morcellement à la totalité. Se contenter du monde des choses et des objets, surtout quand on n’a rien fait pour les créer, c'est se contenter de peu. C'est vivre en cloporte de l'artificialité, en vampire de la communauté humaine. Prendre le sang et l'esprit des autres pour en”profiter", mot très à la mode, c'est vivre en parasite de la mémoire du temps. Les idées marchent au milieu, s'approchent de nous. Gare à ceux, malheureusement nombreux, qui n'en font rien pour créer l'instant, demain. Pour que l'homme accoste à la rive de la durée, la création reste le principal souci. L'amour est un fait de création qui se produit. La forme est une statue inerte, sans l'âme qui l'anime. L'amour est un agir dans le monde.



.../... 
Par Djilali Jamaï
- Voir les 0 commentaires - Recommander
Mercredi 20 août 2008

.../...
 

Crois à la simple magie de la vie. Sois ce cou tendu vers l'amour. Tu rentreras en force de mutualité, en lien de communion avec l'univers. Si l'homme ne peut pas parler avec son ou sa partenaire, il s'asphyxie. Pour dialoguer il est indispensable de quitter le pouvoir et de reconnaître sa propre relativité. Quand nous rencontrons quelqu'un, nous le saluons, nous lui disons viens me connaître. Je m'ouvre à toi, flaire- moi - l'image est émotion - Une fois dominée la peur de se livrer, on s'ouvre à la relation et à tous les phénomènes de la relation.

Après les ébranlements nécessaires et le refoulement de l'instinct de conservation dicté par la peur ancestrale, on découvre sa garde. Alors l'approche devient plus naturelle et l'échange plus facile. La rencontre brise la solitude. De solitaire, on devient solliciteur et de solliciteur sollicité. La boucle est bouclée, la communication s'établit et avec elle l'art de se connaître pour co-naître ensemble. La création révèle son caractère de chose formée dans la rencontre. Par les mots, elle se pense et se spiritualise. La tendresse et l'imagination font le reste. Enfin, me voilà apte à respirer comme un humain. La véritable intelligence ne peut naître autrement. La valeur des mots reliant les hommes prend tout son sens. La personnification s'établit et crée le dialogue. L'accueil est fait de la trame des relations vivantes et privilégiées que les êtres vraiment amoureux portent en eux.
Nous nous sommes arrêtés à une définition des mots qui enferme. Nous tournons le dos à l'évolution. Nous perpétuons une mathématique des systèmes et une physique des formes qui n'a plus cours.
Bloqués dans une réflexion du XIXe siècle, nous jugeons le monde à travers une optique conservatrice, perpétrice des modèles existants. Malheureusement, il paraît difficile de vivre mécaniquement dans un monde biocybernétique. Les traités classiques ont peuplé notre esprit de figures abstraites et austères alors que nous “scannérisons” notre regard dans le “fractale” de l'infiniment complexe.
Il est grand temps de déboucher le flacon magique. L'homme est à la mesure de toute chose. Les dragons se sont apprivoisés. Ils vont sûrement nous permettre de comprendre la nature de la nature. 

On appelle fabuleux tout ce qui est lointain. Les gens ne comprennent que ce qui est fabuleux c'est d'être vivant et porteur de mots vivants imaginant l'avenir. C'est cela qui est fabuleux. Là est la seule vraie question. L'argent est un gel de violence tandis que la créativité est une bouilloire d'idées. Étrange mathématique, étrange chimie entre ces deux pôles d'activités où se crée la nouveauté. Tout se joue sur la question des liens d'amour qui se nouent entre ces deux forces. Le calcul et la monnaie peuvent mener à l'obstruction de la créativité mais sans la créativité, le calcul devient stagnation et la monnaie stock encombrant. Comme une bouteille de bon champagne qu'on n'arriverait pas à déboucher pour le boire.

L'information par le mot est là pour servir de catalyseur à l'énergie libérée par la création pour enrichir la monnaie. La monnaie n'est qu'un terme d'échange pour populariser la créativité dans la distribution d'un nouveau bien être, libérateur de la nouvelle énergie, à concrétiser dans une nouvelle création. Le vivant ne thésaurise pas, il élimine pour ajouter une création à la création.

Qu'est-ce qu'un camp sans ennemi ? Un champ de bataille sans soldat ? La solution militaire est usée. La destruction est impossible. Aujourd'hui le corps fait harmonie ou disparaît pour toujours dans la diaspora atomique. Le grand se dénomme petit, le petit est un grand. D'où la triche géante, la triche à la révolution, la triche au temps des illusions pathétiques. Chacun reprend ses bombes et veut le pouvoir pour lui tout seul. C'est ce qu'ils appellent la dissuasion, l'équilibre de la terreur.
En bas ou en haut, à la périphérie ou au centre, bombes égalent destruction totale. L'apologue s'en tire hébété.

La peur des mots vrais paraît choisir entre la tyrannie et la foule en fusion : la première contre l'autre, il ne reste rien que la mort universelle. Je m'arrête un moment et je réfléchis. Chacun révolté contre lui, regarde vers lui, tend vers lui son écoute. Le temps des chimères des pouvoirs est révolu. La préhistoire de l'homme casseur de crânes doit s'arrêter là, sur le mont chauve vide de cervelle irriguée. Le processus entier doit adopter la théorie des ensembles, dans la généalogie des opérations. Il faut savoir saisir la chance - Elle ne passe qu'une fois
L'éducation romaine de la classe de calcul des légions de César est bien finie. Astérix, rentre ton poing vengeur, Obélix, ton bouclier frappant. Romains, Gaulois, Teutons, Slaves, Chinois, Iraniens, Irakiens, Tchadiens, Angolais, Salvadoriens, Américains, Noirs, Jaunes, Blancs, jetez vos armes, elles ont la même provenance : la bêtise. Allez manger ensemble le bon sanglier rôti à la taverne d'Ali Baba de vos créations magnifiées d'intelligence “reliée".

Chaque théorie voudrait tenir les faits, tous les faits dans sa main, dans sa main unique. Pas ici, au banquet de la simplicité, nous en restons aux multiplicités. Il faut partir ensemble pour fonder un ailleurs. L'homme est bien trop grand pour une si petite frontière. Cosmos, tu m'apparais.

Imprimer au langage des mots un certain tour stratégique qui, d'un mouvement glissant et violent, en infléchit le vieux corps en rapport avec la syntaxe et le lexique de mémoire au silence pesant. L'enjeu de l'opération n'est pas de se regarder parler pour ne rien dire mais de cesser de s'occulter pour vivre le mot senti sensuellement. Entamer son identité sociale pour jouir de son identité véritable et non d'un fantôme de vie au projet servile du paraître. Concilier le désir de reconnaissance, sans précipitation, avec la certitude de soi et l'ouverture de la mémoire dans un souci consciencieux de se connaître sans fausse pudeur, véritablement.

Cette expérience se mène si l'on est capable de maîtriser sa personnalité sans transgression, sans concession et avec cette liberté que tout être humain valable se doit d'acquérir au risque de se perdre. La coexistence à l'intérieur d'un univers bloqué, de types humains à ce point opposés explique assez le caractère explosif de nos sociétés. Les mots et l'expérience de la mémoire ne suffisent plus à canaliser la violence. Comme un poison, elle s'infuse dans le corps social, omniprésente et cancéreuse. Elle survolte les esprits, elle cabre les corps, elle tend l'atmosphère et la rend étouffante. Ce monde est une jungle où se cache une infinie misère personnelle. Chacun, en toute connaissance de cause, épuise sa sensibilité, obéit à ses pulsions et règle brutalement ses comptes. Le mal s'infiltre partout.

Dans cet anonymat de la vie solitaire, l'homme et la femme s'abîment et sont constamment menacés dans leur existence. Celui qui ne veut pas être un voyageur sans bagage devra par un travail personnel construire son univers, pour rester libre de soi-même, ne pas sacrifier à la médiocrité, s'ouvrir à des horizons plus vastes, élargir sa pensée, garder sa jeunesse combative et sa lucidité. La vie a le sens que nous lui faisons par le surgissement de notre créativité.

Ce qui fait jouir, c'est le langage avec tout ce qu'il dit et laisse entrevoir dans ses manques. Gare à l'homme qui n'y répond pas, il se frustre et s'étiole comme fleur fanée. En cherchant à transcender l'opposition du sensible et de l'intelligible, on soumet sa pensée à la richesse de l'expérience vécue. En quittant les discours destructeurs et ceux qui les tiennent, on se rend libre d'échafauder le sien dans la mouvance d'une étude personnalisée qui n'emprunte à la mémoire que ce qui lui tient de matériaux indispensables à une édification fondée sur le sensible.

Dans cette complexité métaphysique naît la soif intarissable de liberté qui fait l'économie d'une stratégie : appartient à la nature ce qui est universel et spontané, ne dépendant d'aucune culture particulière et d'aucune norme déterminée. Ce premier geste fondateur infléchit la pensée aliénée par les systèmes dans une direction ouverte où le chemin devient voie royale. À cette volonté de te tenir debout, s'ajoute alors, mon ami, cette joie d'être libéré. L'infini n'est sans doute ni un, ni nul, ni innombrable, il est d'essence ternaire.

L'avenir n'est pas un présent futur, hier n'est pas un présent passé. Il est là mais au-delà. Cette raison est suffisante pour qu'on la suive à travers le labyrinthe de nos contradictions.

Être mémoire, en somme, à travers les mots transferts de nos pensées, c'est accomplir le pèlerinage dans l'arborescence renouvelée du vivant. Rien, jamais rien n'est pareil, rien, jamais rien n'est fixé, le mouvement et le renouvellement est le fondement de la mémoire. Ma neurologie ne sera jamais déchiffrée par quelques savants “nobelés". Elle m'appartient en totalité et ne s'offre qu'à moi et c'est en cela que je peux dire ce que je veux et penser au même instant ce que je veux. L'ordinateur qui me décodera n'est pas encore construit et pas prêt de l'être. Il n'y a pas de sérum de vérité assez puissant pour me dénuder totalement. J'ai donc en le sachant ou sans le savoir, un jardin secret où je suis libre. vive la liberté !

Trois sortes d'échanges de mots sont à distinguer. Le dialogue authentique parlé ou silencieux où chacun des participants pense véritablement à l'autre ou aux autres dans la présence de leur vie, de leur façon d'être, dans l'intention mutuelle d'un partage vivant, le dialogue commerçant qui s'inspire uniquement du besoin pressant d'un accord pratique, le dialogue monologue où deux ou plusieurs personnes parlent pour elles, par des voies curieusement entrelacées, réduites à elles-mêmes. Je connais des gens qui se dépensent en activités sociales et qui n'ont jamais parlé d'être à être à leur prochain.

La naissance de la pensée ne s'effectue que dans l'entretien véritable avec soi et avec les autres. La vraie dialectique est un dialogue entre le TOI et le MOI, non un monologue de penseur solitaire. L'échange vrai doit être traité sur le terrain des réalités vitales. La présence se vit face à face - les mots lient les hommes dans une promesse.
La collectivité se fonde sur un respect des qualités et des défauts de ses membres. Ce n'est pas une fuite d'une personne mais une communion dans un destin plus vaste que celui de l'homme. Une société a toujours la valeur des hommes qui la composent.

L'apprentissage de la valeur des mots représente le caractère le plus important dans le rapport verbal des hommes. Apprendre les mots est aussi important que d'apprendre à respirer. Autrement, entre les hommes s'installe un dialogue de sourds. Le dialogue n'est pas seulement une affaire de luxe intellectuel, il relève de la Création, il appartient à la créature.

La détermination sociologique de l'homme croît. On ne saurait méconnaître que dans le cours de notre époque moderne, les hommes deviennent de plus en plus asservis aux circonstances et aux systèmes régissant leur vie. Nous voyons croître la masse des circuits enchevêtrés qui nous lient étroitement les uns et les autres dans une grande complexité de rapports sociaux. L'individu est constamment confronté au groupe. Cette croissance est le mûrissement d'une tâche à accomplir ensemble. Se heurtant à des obstacles de plus en plus nombreux, le chaos organisé actuel attend une percée libératrice. C'est la question primordiale des individus de ce siècle. La question qui se pose aujourd'hui est celle de la paix entre les hommes. La responsabilité est le cordon ombilical de la création. Nous sommes responsables les uns des autres. Ce n'est pas un renoncement, c'est une confrontation à la réalité. Reconnais-toi, français, iranien, juif ou arménien, chrétien, musulman, israélite ou athée... Tu n'en est pas moins homme en saignant, en mangeant, en déféquant et en baisant. Se posséder, c'est d'abord prendre conscience de cette appartenance à l'universel.

L'homme est une concrète singularité vivante reliée. Va devant toi, ton coeur rencontrera un battement plus vaste que le tien. La vérité n'existe que dans ta tête. La vérité est une créature. Si ton coeur et ton cerveau intègrent ensemble ta responsabilité en un dialogue entretenu par des mots que tu ressens vrais, alors les chemins ardus vers la montée du ciel te seront ouverts comme te sera ouverte ta vie.

L'homme dans la foule est comme un fétu de paille aspiré par le bas et par le feu, livré au courant désordonné de la masse. Il a l'impression de force alors qu'il est emporté par les fluctuations de sa dualité. Les bottes avec lesquelles il marche sont habitées par l'illusion d'un mouvement autonome. S'y abandonner aveuglement, c'est se perdre en chemin. Ligotage n'est pas liaison. La foule offre une absence, une totale irresponsabilité. C'est dans le calme bien accordé que toute décision devient vraiment authentique.

Gandhi a plus fait pour l'Inde en tissant ses vêtements et en jeûnant qu'en parcourant les routes. Pour devenir une personne, il faut pouvoir parler et dans le brouhaha de la foule, on ne parle pas, on hurle. C'est du fond de son existence que l'homme doit remonter jusqu'à lui, afin de s'apparenter à lui-même. Le doigt levé, le regard interrogateur, c'est d'abord vers toi qu'il faut te tendre pour changer. Si tu rentres en ton coeur et dans ta tête, dans l'amour, le reste viendra par surcroît.

Quand une culture est fermée, les mots s'abîment d'eux-mêmes et tombent en désuétude. À un certain niveau, toujours très superficiel, ils perdent leur force, à un niveau très intellectuel, ils deviennent un exercice de style pour leurs auteurs, dans la désaffectation générale. Les mots cherchent à nous faire voir, toucher, sentir, ce que les hommes par définition ne voient, ne touchent, ne sentent pas. Le monde extérieur n'est qu'une apparence de communication sans les mots.

Les faits ne pénètrent pas là où règnent nos croyances. La précieuse faculté de ne pas voir permet aux hommes d'oublier leur condition angoissante. Les mots cessent d'être entendu dès que leur présence n'entretient pas nos certitudes. C'est pour cela que tant d'hommes se trompent eux-mêmes et vivent dans l'erreur. Ce mensonge organique fonctionne chaque fois que l'homme ne veut voir que ce qui semble servir son intérêt ou telle autre disposition de son attention instinctive dont l'objet est prisonnier des croyances.

Chacun s'efforce d'écarter ce qui l'obligerait à des révisions lucides et salvatrices, préférant le confort souvent illusoire du présent à l'ouverture de la vie sur les réalités. Bien sûr, un regard circulaire ramène toujours au point de départ et un cercle protecteur semble plus confortable à gérer par le commun des mortels qu'une spirale logarithmique. Le bonheur d'être entre soi et de se dire les mêmes mots sécurise. Le train-train d'une cage dorée est pour la plupart préférable aux aspirations du grand large.

Ce chauvinisme de la fermeture étouffe toute créativité. Il duplique le modèle en place qui vieillit sur lui-même et crée ce cercle sclérosé et ennuyeux où les générations pataugent dans les idées toutes faites jusqu'au jour où un vent frais passe sous la porte de ce salon fermé et se transforme en typhon dévastateur, emportant tout sur son passage. Alors les mots reviennent sur la place publique et réinventent une raison de vivre et d'espérer en rejetant dans la mémoire le siècle passé.

Les mythes individualistes ou collectivistes sont frères car ils recouvrent toujours un pouvoir qui reflue l'homme à la périphérie du jeu vivant. Les esclaves gravitent autour de leurs maîtres et les maîtres eux-mêmes sont des esclaves du mythe de leur pouvoir. Le pouvoir est une fixation donc une fossilisation en marche. Il fomente de stériles rivalités pour mieux justifier de sa nécessité. C'est un élément négatif qui grandit peu à peu et finit par tout dévorer dans son ventre omnipotent de propriétaire des hommes qu'il soudoie.

Les gens de pouvoir se font illusion sur la pérennité de leur discours. Leurs mots sont creux comme eux à moins qu'ils n'aient une grande espérance à faire vivre aux hommes de leur génération. Quand on lit leur histoire, on s'aperçoit qu'une infime partie d'entre eux a bouleversé leur époque. La plupart sont réalités dérisoires ou guerres sanglantes. L'orgueil est toujours voué aux malentendus. La puissance est une impuissance transgressée.

Le moment présent, s'il n'est pas chargé de verbe créatif, est un vaste désert privé d'indices d'avenir. Les voilà renvoyés dos-à-dos dans le passé. Ils sont fixés toujours dans la pose. C'est pour cela que l'on élève des statues aux soi-disant grands hommes. Pour qu'ils ne bougent plus, figés dans leur mémoire où ils ne nous importunent plus. La statuaire est un art essentiellement historique. La permanence de la créativité et de la création est hors d'elle. L'homme est porteur de transcendance verticale par la vertu du verbe de sa pensée toujours en ébullition. Le vrai pouvoir est existentiel, il ne s'enferme pas dans une doctrine ou une idéologie : il vit entre les Dieux et les Démons, les renvoie dos-à-dos et se met au service de l'homme dans une étonnante liberté. Il témoigne et travaille à la frontière de la solitude et de la communication dans une communion de mots sincèrement partagés avec l'angoisse des hommes.

La fluctuation s'efface de soi quand le mot est sur la piste. Comme un coureur de fond, il va au bout de la travée. Courir la chance de l'improbable est son lot plutôt que de cheminer à pas menus dans la répétition d'une certitude figée. Si son feu se ternit, il le ranime par un jeu de miroirs concaves qui font converger les rayons et les illuminent. Le culte de la lumière et de l'enfermement, le mot le connaît bien, dans ses nombreux voyages à travers le temps. La procession s'avance muette, sourde, aveugle et brusquement éclate sur le forum de la conversation. Elle accouchera des frères ennemis, des victimes et des meurtriers, des amis et des amoureux et les mots pour le dire seront chaque fois différents au savoir de la fondation.

Le mot analyse en morceaux menus. Il donne la consistance. L'origine se découvre en extrayant sa racine de la terre. L'énergie usée à les inventer ne s'épuise qu'avec eux dans la géométrie des choses, quelle que soit l'avancée de notre savoir, ils ont le dernier mot. Le sage sait en plus qu'il n'est pas plus avancé que lorsqu'il commençait à les traduire. Le réel demeure voilé. L'erreur, la vérité, le su et l'ignoré ne sont que des images imparfaites. Le monde n'est pas fait d'une planète blanche et d'une planète noire, les couleurs de la complexité lui vont mieux. Victoire du soleil des mots sur l'ignorance des silences sans voix. La connaissance est patente et latente à la fois.

Les choses claires sont dites avec simplicité, les choses compliquées avec emphase. Le savoir n'est pas gratuit, il s'accompagne de la synthèse des mots. Il doit payer en monnaie domestique, donc en méconnaissance reconnue, pour être combattue. Je peux si je le veux, aller plus loin que moi-même. L'énergie, pour se développer, se paie d'information prise dans les mots. La lumière fait la guerre à l'ombre.

Qui demande le code, qui exige la construction, qui entasse mémoire sur mémoire, qui tricote noeud sur noeud ? Le mot. Le travail de l'oeuvre me montre chaque matin l'importance des mots. Grâce à eux la longue nuit laiteuse se transforme en clairière accueillante. Cette idée ne paraît étrange qu'à ceux qui ne font rien, dans l'inflation du temps. L'analyse délie en pulsions et en passions les chemins de la découverte. La connaissance est repliée sur soi si elle ne parle pas. Elle va vers la déflation du savoir et de dévaluation en dévaluation, elle perd sa racine productive. L'oeuvre est au féminin, il faut qu'elle accouche.

Comme la pâte du boulanger qui s'étire et s'étend, se plie et se rabat sous les mains habiles, les mots, en un geste exemplaire, s'ordonnent et s'associent en combinaisons subtiles, dans un mouvement machinal et complexe. Le temps rentre dans la pâte nourricière de syntaxe et passe, après avoir bien discouru, du souvenir à la mémoire : sa trace laissée.

C'est le vol d'une mouche ou d'une guêpe folle qui stimule l'imaginaire des mots. Alors, ils crépitent de toutes parts comme un feu de la Saint jean. Les trajets, les partages et les âges s'alimentent au grenier de la mémoire et par un enrichissement d'une fortune formidable gagnée à la roulette de la vie, les mots augmentent leur espérance, heureux de l'éveil que l'imagination leur fait découvrir. Ce retour à la lumière dans le bain scintillant du savoir nouveau leur donne envie de bavarder à plein avec ses intarissables maîtres que sont les humains, tout en rendant, dans la foulée, mainates et perroquets jaloux au point de se mettre à copier les arrogances de ces charmeurs de cirques.

Croire à soi-même grâce à l'autre qui vous reçoit cinq sur cinq comme disent les pilotes de ligne. Les mots à ce moment ne sont plus vestiges de l'illusion investie. L'homme est véritable afflux de souvenirs vivants. Retrouver la mémoire du temps, c'est retrouver l'impression authentique sous l'opinion des pouvoirs qui la recouvre. Accueillir une vérité que les hommes passent leur temps à fuir en copiant l'incopiable.

L'objet est pourtant insignifiant devant l'être accompagné de son verbe. C'est le mot qui objective l'objet beau ou laid. L'épreuve pour lui est constante. Quand le mot lui signifie une valeur, l'objet est catalogue et les révisions de procès pour lui sont rares. Le mot adjectif tourne autour de lui comme une planète autour du soleil et colle son orbite à l'attraction que ce dernier lui a fait. La mémoire enregistre le fait comme empreinte indélébile. L'objet subit, le sujet décide, le bas-fond dans lequel croupit l'objet est noir. Seul le mot peut l'en retirer pour le faire rentrer dans sa gloire. La puissance des mots.

La puissance des mots ! Voilà le danger ! Voilà le pouvoir ! La confiscation du savoir en mémoire, voilà l'homme en danger. Le mythe rejoint la réalité. La réalité dépasse la fiction. Juger ! Voilà le sacrilège suprême. La tentation de l'orgueil est éternelle. Elle devient irrésistible pour l'homme de pouvoir. À mesure que s'enflent ses voix, l'homme s'isole et la conscience d'exister se fait solitaire.

Les hommes allègent leurs souffrances par des mots d'accueil et des échanges dialogués. Chacun, dans sa tour d'ivoire, se croit exclu et s'efforce de cacher cette malédiction dans un comportement d'affirmation. Il n'y a pas de puissance libératrice et de maîtrise radieuse. Chacun, seul, se croit en enfer. C'est cela l'enfer. Dés qu'on ouvre la veine qui fait couler le flot des mots, on communique. C'est ce sang-là qui circule dans la vie et lui rend son sens amoureux. Il faut universaliser l'expérience de la solitude et quand les hommes et les femmes l'auront véritablement vécu, ils se rechercheront les uns les autres et feront l'amour ensemble. Nous sommes tous des emmurés. La haine est l'image renversée de l'amour. Mon ami(e), quand je baiserai la trace de tes pas, je serai enfin un être humain.

Le retour à la terre maternelle, à la génératrice des premiers pas confirme la nécessité de retrouver la mère. La féminité est bien plus qu'une série de trous à obstruer par une phallocratie, l'exacerbation suprême du pouvoir. Je te castre au nom de ma force dominatrice, je te soumets. La soumission enfle l'acceptation tacite, mais n'entraîne jamais au jaillissement conjugué des sensualités orgasmées. Le “prana", l'extase, ne peuvent pas naître sans montée dialoguée des profondeurs de l'être. L'amour est une fusion, autrement il n'est qu'une mécanique d'excitation individuée. Le plateau magique des charmes édéniques n'étant pas atteint, aucune vraie sensation n'est vécue plénière. Croyant la vivre ailleurs, on multiplie les expériences, cherchant l'aura là où elle ne peut pas être. Hors du partage de l'intensité, pas d'amour, de la gymnastique jouissante individuelle.

Aujourd'hui, la libération des moeurs a exacerbé le combat des chefs. Le remplacement du pouvoir des mêmes par celui des femelles n'est qu'un transfert de violence. La solution est dans la transmutation de ces deux idiotismes en véritable fusion des amours vécues. Le “phalloboy” veut toujours être plus qu'un homme. La “libwoman” veut être plus qu'une femme. Tous les deux sont stupides au même titre. Leur crétinisme est à la base du même orgueil. Pour que le va et vient ne soit pas stérile, il faut qu'il cause et qu'il écoute, donc qu'il partage. Les messages d'amour ne sont pas des flatteries délirantes. À être homme, je n'en suis pas moins femme. À être femme, je n'en suis pas moins homme. Dans la chaleur des mots et dans les yeux de la fusion de nos sexes perdus, je te retrouve “AMOUR".

 

Par Djilali Jamaï
- Voir les 0 commentaires - Recommander
Mercredi 20 août 2008



La mémoire, somme de tous les jours de l'homme, n'est qu'un commencement. Tout but de l'homme atteint, crée un nouveau point de départ. C'est la découverte de l'altérité, première ébauche d'une conception multiple de l'humain. L'homme est un beau roman érotique à lui-même quand il fait l'amour à la vie par les inventions du vocabulaire. Les mots sont de précieux baisers volés à la sensibilité. Ils sont aussi voleurs d'images et précurseurs du rêve. Souverains, ils n'ont pas fini de nous émerveiller et de nous faire souffrir. Avec la franchise ou l'hypocrisie qui les caractérisent, ils sont les témoins de notre expérience personnelle. Ils brillent, ils ternissent, ils imaginent, ils osent, ils réussissent, ils échouent, ils séduisent, ils jouissent, ils font perdre la tête et les sens. Le coeur et l'esprit prennent intérêt à leur course. Ils font comprendre l'incompréhensible. Ils ont la logique perverse des identifications. Ce sont des traîtres diaboliques et fascinants.

Provocateurs de conversions, résistants de conservatismes, vieux grognards d'empire ou révolutionnaires en cavale, ils défont tous les pouvoirs et mettent à la torture mentale tous les anarchistes. L'ambition d'être traduit leur incarnation dans la relation sociale. Ils ont l'aspect surréaliste documentaire quand ils s'alignent dans la phrase. Ils fondent de tendresse devant le corps nu d'écume d'une jeune vierge et se convulsent d'amour déraisonnable devant les seins offerts d'une madone en rut. Ce sont des rêveurs impénitents, le corps expéditionnaire de l'avenir conquérant.

L'espace d'une vie, ils incitent à l'indulgence et à la bonté, car à la fin du parcours, l'homme les entoure de sagesse et de sérénité. Les derniers prononcés, sans se plaindre, car il n'est plus temps, s'épanouissent au bout du chemin. Avec un dernier sursaut d'énergie, ils disent parfois "je t'aime la vie" et s'ils ne le peuvent plus, ce sont les yeux qui le disent à leur place. La voix se brise en sanglots rauques à ces derniers instants. Elle perd la notion du temps. Elle atteint la lisière de la mémoire et se fond en elle par gémissements gutturaux inaudibles aux mots, en une biographie envoûtante. Le tourniquet du moulin à prière des assistants se met alors en marche et leur danse recommence jusqu'à la prochaine fois.

Ils renouvellent le roman d'espionnage dans les délices de leur imaginaire, proposant des sujets vierges sans réinventer les règles pour rejouer la pièce. Ils ont la durée pour eux, moi pas. Avec la fourmillante intelligence qu'ils déploient, ils déchirent cent ans d'histoire humaine et déversent dans le gigantesque entonnoir de la mémoire tout ce qui les gêne et les étouffe. Avant d'apprendre à être sobres et respectueux, ils se livrent avec humour et volupté dans un éclatement de réalités, maniant savamment la foutaise intellectuelle dans une formidable réussite critique.

Bohémiens à leur heure, salonnards à leur humeur, combattants dans chaque camp, ils proclament l'innocence et la vérité sans choix de parti pris. Unis par leurs ressemblances et par leurs différences dans un parcours commun, les mots sont pleins de leur certitude. Libertins au milieu des intellectuels et des artistes, bourgeois au milieu des dames collets montés, cabotins auprès des curés, ils parlent un langage différent selon le milieu où ils évoluent. Chez le boulanger, ils sont croissants chauds, chez le boucher, sanguinolents, et au café de la poste, boulevardiers.

La couleur leur sied bien : rose, ils virent facilement au rouge vif, peureux, au violet. Ils sont jaunes en faisant le Tour de France, verts au stade de Colombes et bleus à Bastia. Les remontrances amicales les rendent indigo et le coup de colère rouge sang. Bellâtres volages, ils deviennent multicolores, odieux "machos", ils se cramoisissent. Les cicatrices qu'ils font par leurs coups de griffes bleuissent. J'en ai rencontré qui chantent, d'autres qui pleurent. Les lieux et les éléments font leur histoire. Ils trompent les capitaines, envoient des messages aux amoureux, décryptent les testaments et font les héritages.

Le livre est leur refuge, dans de belles phrases bien construites au style apuré, ils racontent des histoires vraies ou fausses, des rêves ou des réalités. Ils rentrent en mémoire dans les bibliothèques comme des nonnes au couvent. Ils se cachent les uns et les autres dans des rayonnages poussiéreux et la nuit, ils fuguent dans les esprits endormis pour retrouver leurs sources, les symboles et les mythes qui les alimentent d'une imagination fertile et d'une création permanente.

La mémoire est la dimension cachée des découvertes, des expériences et des leçons d'histoire du vivant. Sa densité, sa concentration, sa faculté du cumul, sont un miracle perpétuel. Elle a pris naissance au premier "bang" de la création. Peut-être est-elle la dynamique de l'évolution. En elle rien ne se perd et tout se crée. Elle est d'une richesse étonnante, cumule en elle une multitude de réponses. Cachée dans la moindre cellule et le moindre gène, elle codifie par le menu les formes qui se créent dans le hasard et la nécessité du parcours sans fin de la structure vivante. Elle n'a pas besoin de grande surface pour stocker ses matériaux. Elle vit de l'infiniment petit et de sa reproduction artificielle, la puce de silicium et demain de gallium, emprunte les mêmes circuits électronisés.

De même que le grand art implique une communication en profondeur pour la mémoire, des années, des siècles et des millénaires ne suffiraient pas pour la cerner toute entière. Elle participe de l'infini puisqu'elle s'enrichit d'instant en instant. Si elle a un commencement, elle n'a probablement pas de fin. Elle est l'oeuvre de l'oeuvre puisqu'elle n'a jamais de duplication fidèle. Sa reproduction donne à la perception sa chance d'évolution. Pour l'homme, elle est au mieux un aide-mémoire. Il vient y puiser sa sagesse et les éléments nécessaires aux futures créativités.

L'homme la transporte avec lui dans ses gènes et dans son cerveau, il l'apprivoise et la maîtrise. Au vécu de ses expériences, il enrichit ses potentialités et la charge de nouveautés qu'elle s'empresse de marquer de son sceau universel, introduisant sans cesse de nouvelles empreintes dans la réalisation de son projet.
Elle a la vivacité de l'électron et l'acuité visuelle de l'oeil total. Le cerveau de l'homme ne la voit pas toujours avec la clarté voulue car il y mêle sa subjectivité et son ignorance du vécu véritable. Il ne voit d'elle souvent que ce qu'il aime en elle et rejette ce qui le perturbe. C'est là sa liberté et son risque car à ne puiser dans la mémoire que ce qui nous convient, on passe forcément à côté de la vérité des faits. Il y a une mathématique implacable de l'expérience. Le refus de comprendre les leçons de la mémoire coûte souvent très cher à ceux qui les refusent. La mauvaise lecture de la mémoire se paie de la perpétuation d'erreurs impardonnables.

La mémoire est cette grande dame qui nous donne la possibilité de ne pas recourir à l'erreur deux fois. C'est grâce à elle qu'on a une chance de perfectionnement et de progrès. Elle donne des atouts à la sagesse. Elle active les idées et augmente les moyens de la créativité. Elle est le liant des constructions nouvelles. Sans elle, la vie serait morte dans la stagnation. Elle est le langage fondateur de l'espace à conquérir. Elle dimensionne la forme à naître en ajoutant langage sur langage, information sur information. C'est la seule banque de données qui ne fera jamais défaut à l'homme et à la nature.

La mémoire peut faire défaut à l'homme car elle est prisonnière de son corps et s'alimente des éléments internes qui le composent ainsi que de tout son environnement spatial. Elle interpelle sans arrêt le milieu. Elle vit de la totalité, c'est la plus grande mangeuse de vie, sa fringale à engranger n'a pas de cesse. Elle est boulimique et insatiable, dévoreuse et passionnée. Comme une vis sans fin, elle charrie les éléments dans son fleuve qui régularise son cours sans aucun aléa de parcours. Sa richesse est dans une multitude de réponses, toutes plus pertinentes les unes que les autres, où chacun peut puiser selon ses richesses personnelles. Elle concrétise toutes les données qu'elle mémorise dans le processus de retour qu'elle fait pour nous servir de référence. Gare à celui qui ne la cultive pas, elle se perd vite dans les dédales de ses nombreux labyrinthes. Elle se gèle très vite si on ne la sert pas avec assiduité.

Elle est dotée des plus grandes qualités et des plus terribles défauts. Elle ne respecte pas ceux qui l'aiment et renvoie vite les autres à l'amnésie. Elle est porteuse d'avenir et sélectionne impitoyablement son entourage car elle n'a pas de temps à perdre avec les farceurs et les fainéants. C'est une aristocrate en son genre. Elle a horreur qu'on la prenne pour une imbécile et elle a raison car sans elle, la vie aurait régressé. Elle est la force vive du vivant, le feu de la pensée, la joie de la vie car elle déroule son moulin à souvenirs pour notre plus grande satisfaction. Que c'est triste un homme qui a perdu la mémoire ! C'est comme un navire à la dérive, sans gouvernail ni capitaine.

Toutes les expériences individuelles sont délimitées par la mémoire et les mots. Toutes les existences individuelles sont incluses dans les rapports de dialogue avec l'autre ou le groupe. L'homme est un animal solitaire et solidaire. L'appartenance au groupe implique une relation d'essence fraternelle. Sans sentiments de reconnaissance les uns envers les autres, le groupe éclate.

L'homme se sent porté par la collectivité qui le décharge du fardeau de la solitude, de sa peur cosmique de l'état de faiblesse devant les forces de la nature. Dans cette fonction de l'inter-humain, le langage prend une importance considérable et la mémoire, un relais indispensable pour l'existence quotidienne.

Nous avons ceci de distinct avec tout ce qui existe au monde, c'est que nous pouvons devenir un sujet d'observation pour nous-mêmes et ce qui nous entoure. Que par l'action secrète de la pensée, je puisse opposer une barrière infranchissable à l'objectivation, est une force. Mais que je puisse rentrer en sympathie avec les autres est une bénédiction. La sphère de l'échange humain est le face à face. De son déploiement vient le déploiement des mots du verbe.

Lorsque deux hommes conversent entre eux, fraternellement, sans esprit de domination l'un par rapport à l'autre, ce qui se passe dans l'âme de chacun, ce qui se passe quand ils s'écoutent, est éminemment constructif. Le grand jeu de la création est servi quand l'être domine le paraître du pouvoir. Celui qui vit dans son être regarde l'autre comme on regarde quelqu'un dont on s'occupe personnellement. C'est un regard spontané, un regard libre qui se développe alors. On quitte le royaume de l'apparence pour l'authenticité. Là où l'authenticité n'existe pas, l'homme n'est qu'un numéro.

Le penchant si répandu de vouloir paraître fausse les jeux relationnels de l'homme et l'amène tôt ou tard à la crise violente. Pour qu'un entretien authentique puisse avoir lieu, il faut avant tout que chacun voie dans son partenaire cet homme exactement.

Je prends connaissance de lui, j'apprends qu'il est autre, autre par essence génétique, essentiellement autre et de cette manière unique, propre à lui, à sa richesse. Alors, je peux lui adresser la parole, mes mots seront des mots d'amour. Je le confirme créature et création et non adversaire.

Prendre immédiatement connaissance d'un être ou d'une chose signifie l'apprendre dans sa totalité, sans recours à des abstractions qui l'abrègent. On ne peut comprendre l'homme sans le saisir tel quel, en ce qui lui a été donné à lui seul d'unique, entre tous. Perception de l'homme qui vit avec nous en tant que totalité, unité et unicité. Les regards analytiques, réducteurs et déductifs ne sont pas de mise dans la relation d'amour à l'autre.

La mutualité de l'échange s'établit forte et belle quand tous les pouvoirs de soumission sont annihilés au profit du regard authentique. L'homme est anthropologiquement existant non point dans son isolement superbe, mais dans l'intégralité du rapport de l'un à l'autre. La réciprocité de sentiments vrais seule construit l'amitié réelle. Qu'aucun des partenaires n'ait la volonté de s'imposer à l'autre, qu'il se regarde et se cause dans leur richesse et leur relation durera l'éternité.

Dans l'entretien authentique, on se tourne vers son partenaire dans un mouvement de l'être et l'on échange véridiquement sans camouflage, en transparence. Alors viennent les mots de respiration et de mémoire partagée. Cette franchise est victoire remportée sur l'apparence, l'entretien s'accomplit dans son essence et dans sa plénitude, l'un tourné vers l'autre sans masque. Il se produit alors dans cette communauté de rapports l'acte d'amour à sa plus grande fécondité créatrice.

Le désir, c'est toujours l'envie d'être un autre. La valeur d'une relique dépend de sa distance. Pourquoi l'homme se distance-t-il toujours  de lui-même plutôt que d'apprendre à être lui-même dans sa mémoire et dans ses mots ? Cet activisme de Don Quichotte semble le traduire. En somme, nous faisons l'imbécile comme l'âne de la "Noria" aux yeux bouchés.

Le projecteur du rêve vendu par un autre plus malin que moi se rapproche au fur et à mesure que je perds ma lumière et devient son rayon. L'action pour moi se fait plus fébrile et je rentre dans le jeu des vendeurs d'illusions. L'objet sacré s'approche, le bonheur n'est pas loin. Quand je m'en saisis, heureux pour un temps, le bonheur lentement se voile à mon regard désenchanté car un autre désir d'objet apparaît. Le sujet constate alors que la possession de l'objet n'a pas changé son être. Il reste sous le pouvoir du signe non signifié.

À lire le roman de n'importe qui, on perd sa liberté de penser. L'évènement de création par soi, par contre, est une véritable révolution dans l'existence d'une personne. Il est à la fois un et multiple et procure la joie indicible d'avoir une personnalité. Qui ne s'explore pas ne peut pas explorer le monde. À ceux qui ne scrutent pas l'horizon dans sa plénitude infinie, rien ne se dévoile. Leurs yeux sont en forme de hublots et des hublots, le paysage est monotone.

Gare à la contagion de la délégation de pouvoir. Elle est si facilement pratiquée qu'elle en paraît normale. Tout ce qu'elle suggère à l'un, elle le suggère également à l'autre. L'imitation est toujours plus facile que la distinction. Regardez la société moderne, elle n'est plus qu'une imitation négative, qui tourne à l'affadissement du paysage.

Les marchands font toujours sortir un lapin de leur chapeau. Le réel jaillit de l'illusion. Les joueurs sont opposés mais semblables. La dernière mode, la dernière idole, doit être servie jusqu'à épuisement économique de la valeur marchande qu'elle représente. Ensuite, elle a la myxomatose et le lapin doit être tué pour faire place à son frère dans le jardin des illusions. Cette recherche insatiable du temps perdu est descente à la foule, mass média sans personnalité.

Quand la violence et l'arbitraire des pouvoirs diminuent, la réconciliation entre les hommes peut s'opérer dans l'échange dialogué. Les hommes ne parviendront à chasser la violence de leur vie qu'en évitant les révolutionnaires et les réactionnaires, autrement dit en devenant des doux.

C'est en chacun de nous qu'il faut agir. La force n'est que l'arme grossière des faibles. Les consciences dressées les unes contre les autres ne possèdent en commun que l'attrait du néant.
La puissance est un signe d'esclavage. Je ne peux percevoir le bonheur qu'en déposant les armes. Si on est assez fort pour vivre libre, on l'est aussi pour laisser les autres vivre libres.


.../... 
Par Djilali Jamaï
- Voir les 0 commentaires - Recommander
Mercredi 20 août 2008
.../...


Un travail de réflexion doit s'amorcer dans les êtres et la société pour rendre l'être passionné de lui-même. Dans son enrichissement, il trouvera le plus noble d'où il enrichira les autres. N'être rien équivaut à ne rien avoir à donner. On n'a jamais fait un jus d'orange avec une orange sèche. La démocratie a tué la monarchie en supprimant le noble, elle doit rendre la noblesse à l'homme. Autrement, elle n'est qu'un pouvoir de plus, donc une bourgeoisie. Le bourgeois démocrate désire les privilèges des simples parvenus. C'est là l'horrible vérité. Il prend le pouvoir avec des mots révolutionnaires ou réactionnaires en échange d'un bout de papier. Votez. Les rapprochements dans l'immense duperie sont historiques. Pourtant les véritables majorités n'ont aucun parti pris. L'homme libre ne perd plus son temps à faire campagne. Au lieu de réagir, il agit. Proportionnellement à l'ANPE, j'ai placé plus de chômeurs au travail qu'elle  par une action sur mon comportement.

La foule s'actualise en fonction des pouvoirs en place et des oppositions à ces pouvoirs. En proie à l'ivresse des mots slogans, la personne plonge dans le mouvement de la chose publique. Elle y perd sa liberté de réflexion et d'action. Cette confusion entraîne des conséquences de plus en plus graves pour la pensée de notre temps. Nous devons nous y opposer avec toute la force de notre discernement.

Qu'elle veuille en convenir ou non, qu'elle veuille le prendre au sérieux ou non, la personne humaine appartient à la communauté au sein de laquelle elle est née et dans laquelle elle vit.
Pour que l'homme fixe une limite à cet enchaînement, où le terrain et la décision essentiels sont toujours menacés, de toute évidence, par les forces en place, il est nécessaire d'être en état de veille permanente. Je profère les mots de ma réponse en accomplissant dans tous les actes possibles ma liberté de discernement.

Que je prête l'oreille à la situation telle qu'elle s'offre à moi, à la manifestation de la parole adressée par l'autorité, que j'entende ce qui est à entendre, que je réponde à ce que j'entends. Quiconque me suggère une réponse de façon à m'empêcher de répondre selon ma réflexion, fait acte de pouvoir sur moi. Je ne nourris pas la moindre certitude, quant à la justesse de décisions autre que personnellement sentie et choisie.

La génération actuelle est esclave des pouvoirs, elle tend à se soustraire à l'exigence du nouveau que comporte ce devoir de libre responsabilité par la fuite dans l'indifférence ou dans la protection. Seulement les hommes liés par l'éloge de leurs différences et libres de leurs responsabilités, pourront faire naître une configuration digne d'être appelée communauté. Hors de la conscience responsable, il n'y a ni joie, ni dignité. Il n'y a qu'un chaos d'égoïsmes forcenés. Une pensée digne d'être conservée dans la forteresse de notre mémoire assiégée, est un enchaînement de responsabilités vécues dans la richesse d'un savoir constamment en recherche de création.

L'histoire n'est pas une succession de luttes pour le pouvoir et l'autorité, si elle n'est que cela, elle est animale. Elle est l'enchaînement des responsabilités qui rend la créature plus riche et plus noble d'humanité. Le progrès réel est à ce prix.

Autrement, il en résulte qu'on se bat toujours pour un ordre. Cet ordre, affermi des pouvoirs de police et d'armée, se retranche et se fige, créant résistance au dynamisme ouvert et expansif de la vie. Vient un temps où cet ordre s'atrophie intérieurement, se détachant de l'éthique qui le mit en place et achevant de se renier, il prépare sa chute. Dans ce cas de figure du pouvoir, la perception humaine est mise en question, du fait qu'on la collectivise.
La primauté est conférée à la collectivité sur laquelle l'homme décharge sa responsabilité. La personne ne devient qu'un dérivé du pouvoir, la réponse humaine se tait. Or, pour que l'homme n'aille pas à sa perte, les personnes ne doivent pas être collectivisées par un pouvoir qui les politise.

L'homme ne trouve véritablement la vérité qu'à l'épreuve des faits. La vérité humaine est liée à la responsabilité de la personne devant les actes qui construisent sa vie. Sa position existentielle tient à cette réalité. Ce sont les personnes qui fondent la communauté, non des représentants plus ou moins zélés ou plus ou moins appointés. La personne est le fondement auquel il faut s'attacher. C'est d'elle que viendra l'unique possibilité de rentrer dans un dialogue inter-humain. Il faut que l'homme croie en lui et en la communauté humaine comme il croit en sa propre destinée, hors des nihilismes et des utopies de la confiscation des pouvoirs. Être vivant, c'est être présent à soi.

L'essence du pouvoir, c'est donc l'absurdité. C'est une imitation arbitraire de la puissance des dieux. Et l'imitation est le comble de l'absurdité puisque biologiquement parlant, la preuve est faite que je suis unique, donc pas duplicable. La différence et son éloge ne peuvent donc pas se trouver dans mon indifférence hautaine ou dans ma copie égalitaire de l'autre. Toutes ces visions de moi sont des visions fausses. Ma vraie liberté, c'est d'être moi et d'être heureux que l'autre ait la même possibilité d'être lui. L'enrichissement venant de la conjugaison des deux, grâce aux mots offerts par chacun, en liaison d'échanges.

Se mouvoir par son centre est une chose merveilleuse. Parvenir à un échange fécond avec le centre d'une autre personne, voilà la révélation. Tout à coup, l'interdépendance du physique et du psychique devient sensible. Il n'y a rien à expliquer ou à prouver. C'est l'ouverture au monde sans limites. Être dans sa tête pour être dans son corps, équilibré, harmonieux. Les idoles adulées ne sont que des plagiats qu'on se donne par fainéantise d'exister par soi-même.

Je ne veux pas être le gardien implacable d'un univers fermé, fut-il le mien. Seuls les élus jouissent d'une considération béatifiée. Le sanctuaire, l'église, l'oratoire, le prétoire, le temple, ne me serviront jamais de prétexte à sécurisation. J'ai une trop grande opinion de l'homme pour le réduire à l'état de maquette bavarde. Dans sa peine, réside sa grandeur. Dans l'ouvert, sa chance. L'enfermement est castrateur de plaisir. Les loges fermées puent le moisi, comme des caves sans soupirail d'aération.

Je veux être un réaliste du désir. Faire grandir mon frère, c'est me faire grandir aussi grâce à lui.

La mémoire affective procure l'extase du coeur. Elle l'alimente d'un sang chargé de respiration. Elle est connaissance. La belle position mondaine ou politique est fugitive. Les têtes tombent vite au royaume des pouvoirs et le dictionnaire des noms illustres n'est qu'un musée du désert, un royaume du néant. On n'a rien de plus avec quatre lignes élogieuses sur une page du dictionnaire. Dans un panthéon de marbre, on n'en est pas moins mort. C'est dans l'oeuvre, si elle fut féconde, qu'on retrouve l'homme et sa vérité. Le héros tombe dans l'abîme comme le seau du puisatier au fond du puits quand ce dernier lâche la corde qui le maintient au tourniquet.
La mémoire affective ne garde en son sein que les créateurs d'éternel. Mozart, malgré sa vie financière difficile et son enterrement de pauvre type, sera toujours plus grand que Staline. L'évènement n'est pas l'existence du sujet. L'idole vacille et s'écroule. Son piédestal va rejoindre les ruines du temple qu'il croyait bâtir. Sa musique n'a d'éternel que sa cruauté alors que celle de Mozart enchante toujours les étoiles.

Chaque pouvoir projette son mirage. Les sables de la soif n'en sont jamais loin. Gare à celui ou à celle qui s'y fait prendre. Si je monte au monastère, c'est pour m'approcher du ciel, mais non pas du moine ou du gourou. Je me fais moine par moi-même. Trompettes de la renommée, vous êtes mal embouchées. Votre chant est une cacophonie. Je n'en ai que faire. Mon projet est ... ailleurs. Je n'ai pas de rôle choisi, chaque lecture est nouvelle. La superficialité n'est pas mon propos. Seule la création m'intéresse.

Je coule des jours heureux dans mon cerveau parce que j'aime d'une façon universelle dans mon coeur. Ma sensibilité est sensuelle à l'infini. Je n'ai plus d'être individuel ou collectif. Je fais l'amour à tout instant. Sans point de référence, je suis dans la révérence de la vie. Tout pour moi devient un mets de choix. Maître, esclave, même homme, même amour. Le plaisir circule et ne se fixe pas. Sa jouissance est ma liberté.

La mémoire et les mots peuvent m'être une sorte de piège qui se referme sur moi. J'y prends garde. Dés qu'ils servent un pouvoir, je m'en écarte. Contenir, maintenir, maîtriser, voilà l'oeuvre des hommes libres. Le pouvoir est une rigidité. La tension de l'être est souplesse, compréhension et force de caractère. L'être accompli doit rentrer dans la tendresse de son adolescence. La vie est une polychromie tendant vers la sérénité. J'aborde du tréfonds de ma sensibilité la captation de l'invisible. Je côtoie le temps comme une durée. La mémoire rentre dans la mort si elle ne se dit pas dans un chant d'avenir.

Dans la lutte pour le pouvoir, les acteurs échangent des menaces et après, échangent leurs rôles. Ils descendent du prétoire et remontent avec un autre costume. Comme les caméléons, ils changent de couleur. L'opposition subsiste pour maintenir le pouvoir. Les droits des citoyens sont respectés dans le sens des intérêts des acteurs du pouvoir. Influencés sans le savoir, ceux-ci délèguent pour une tranquillité factice les mots qu'on dit pour eux.

L'homme tronqué ne voit jamais son horizon s'élargir. Le mal ontologique entraîne toujours ses victimes vers les solutions les plus aggravantes. La crise d'identité actuelle le prouve aisément. Les idéologies opposées ne font guère que refléter cette incapacité des individus à vivre leur mémoire et leurs mots. L'âme individuelle a besoin de se connaître et de se reconnaître pour grandir en paix. L'ère qui s'annonce vivra ce moment tragique. La dépouille des idées, des valeurs et des croyances devient oripeau insupportable au sapiens novus.

La corruption du langage suit la corruption du pouvoir, salissant la mémoire sanctuaire. L'être de passion traverse en se bousculant les positions en place, se frayant un chemin dans la respiration. Il déroute, il désoriente, va son chemin vers sa vérité. Son rire intérieur est peuplé de bonheur. Il faut reconnaître qu'il reboise l'âme humaine et la peuple de riantes clairières. Comme le sculpteur, il atteint le modelé. Sa source remplit sa gourde mentale. L'autre et le moi, c'est pour lui la vérité véritable et le changement.

La pyramide hiérarchique de l'ancienne société va s'écrouler, se briser en une multitude de morceaux informes. Les organes inutiles ne donnent que des orgasmes atrophiés. À s'affronter dans des combats stériles on ne caresse plus l'amour. Et il en a besoin.

L'individualisme petit-bourgeois s'achève dans l'apothéose bouffonne de l'identique et de l'interchangeable. Il "baise" sans vagin et sans testicule. Il meurt dans la dissimulation et l'hypocrisie ordinaires. L'indifférence héroïque est sa dernière armée de vieux types aux abois. La mémoire balaye ses couloirs, fait la poussière et rajeunit ses casiers. Elle part à grandes enjambées pour la conquête de la nouvelle ère. Sa spirale est ascensionnelle.

L'instinct d'hypocrisie n'est jamais rationnel. Infaillible, l'homme se croit toujours dans un théâtre. Cela doit tenir à sa peur de mourir vrai. C'est une absurdité  d'avoir un don de grâce et de ne pas s'en servir. L'homme se mutile de sa vérité au lieu de la vivre comme une réalité à construire dans la liberté. Les bras en écharpe ne permettent pas le mouvement. Incapable de s'analyser, emmuré dans son orgueil, il s'achète un masque au supermarché des illusions. Il se classe dans une classe sociale et triche avec lui-même dans les bordels de la cosmopolite environnante, en bon père de famille, spécialiste en escapade individuelle. C'est toujours en fonction de la respiration que se déplacent le corps et la pensée : la sexualité n'est qu'un prétexte à être.

L'homme moderne souffre du refus de prendre conscience de son autonomie. L'effort pour être lui fait peur, la merveilleuse maîtrise de soi n'acceptant aucune faiblesse. Le paralytique prétend son immobilité choisie. En fait, il la subit, il ne tient qu'à lui d la remanier pour revenir au mouvement. L'homme moderne subit un sort semblable hors de la prise de conscience de soi, c'est un paralysé. Ses actions sont pensées par les possesseurs de pouvoir et cela le sécurise.

Par Djilali Jamaï
- Voir les 0 commentaires - Recommander
Mercredi 20 août 2008

Le genre humain commence à chaque instant. L'histoire des temps futurs ne s'inscrit pas selon quelques lois d'évolution, sur un parchemin qui n'aurait plus qu'à se dérouler. Les imprévisibles décisions prises différemment par les générations nouvelles en modifieront le cours dans un sens constructif ou destructeur.
L'épanouissement des forces créatrices dépend de la valeur éducatrice de la génération d'aujourd'hui sur celle de demain. L'enfant de l'homme veut faire quelque chose. Ce n'est pas chez lui simple plaisir de voir naître une nouvelle forme, l'enfant désire la création pour participer au devenir des choses. Il veut apprendre à être.

Il est important de reconnaître cet instinct créateur dès le plus jeune âge et d'en assurer l'autonomie. La psychologie moderne dans sa forme réductionniste tend à limiter l'âme humaine à la libido. Heureusement, l'âme va bien au-delà du désir de se faire valoir. En face de ces théories de l'appauvrissement psychique, existe une polyphonie fondamentale de l'homme créateur. Le geste pur n'accapare plus tel ou tel aspect de la nature humaine, mais les englobe tous.

Si l'éducation, au lieu d'être un moule répétitif et reproducteur d'un type agréé par la production d'une économie, devenait ce coeur libre de battre diversement, alors au lieu d'être entouré de créatures rabougries condamnées à rester toute leur vie en friche, on aurait à fréquenter des êtres humains libres de leurs mouvements, adonnés à la joie de l'oeuvre, malléables en eux mêmes, capables de façonner dans la diversité de la matière et de l'esprit, sachant inventer, découvrir et chanter d'un élan sauvage et magnifique. Leur pureté et leur tendresse, leur pouvoir d'amour inventera l'avenir.

La force est au centre de la personne. Elle part d'elle, elle s'informe à la matière. Voilà l'oeuvre en route. Tant qu'il est à l'oeuvre, l'homme a une âme sortant de lui, avec elle, il se pose à la face du monde. Cet instinct a quelque chose de plus grand que les pouvoirs.

La libération des forces créatrices qu'il s'agit de faire épanouir représente la spontanéité de l'homme, spontanéité juvénile en aucun cas à opprimer. Le monde engendre dans l'individu la personne. C'est donc le monde en son entier, mémorisé depuis le premier homme, qui constitue le grenier à subsistances des imaginations nouvelles. Notre route se construit à force de pertes qui se muent en gains. La mémoire l'atteste.

La liberté d'épanouissement, notre possibilité de devenir, ne signifie nullement notre devenir lui-même. La liberté s'obtient en rentrant en relation par les mots. Dès que la parole nous parvient et que la réponse sort de notre bouche, la vie devient réalité.

Au siècle en décomposition, il faut répondre haut et fort par un acte de foi en la vie. Les personnalités de pouvoirs, tant louées et médaillées, servent de simulacres, usurpent les honneurs et les gains sans mérite. Quant à ceux qui portent le deuil des formes périmées du passé et mettent leur zèle à les restaurer, ils sont dépassés. N'ont d'importance que les personnes, aussi peu considérées qu'elles soient, qui loin du bruit, dans le calme laborieux des laboratoires créatifs de l'avenir, répandent et inventent la substance vivante d'un monde en perpétuation. Là, se forge sur l'enclume encore chaude du martelage présent, des marquages du passé, la véritable autonomie de l'homme vivant dans l'avenir, là seulement est le fruit de la liberté sans trahison mais en responsabilité.

Quand toutes les figures se seront brisées, que les pantins remplaceront les gens solides, les idoles, les Dieux, l’Olympe, ne seront plus que le champ de foire d'empoigne d'une compétition démente et forcenée.
En ce moment, on bâtit un monde de tigres de papier. L'homme est fait de chair et de sang, sa réponse est ailleurs, auprès des Elohims (Dieux).

Tout individu est une mine de richesses, porteur d'une histoire particulière. L'expérience de chacun représente la création d'une vie personnelle. Comprendre qu'il n'y a pas d'espoir sans détermination à changer les choses en profondeur. Évidemment, aimer les gens est plus vite dit que fait. Quand il y a de la haine, quelque chose ne va pas, chercher quoi devient indispensable.  

La liberté ne consiste pas à faire ce qu'on veut, mais à bien faire ce qu'on sent vivant. Refuser de s'intégrer à la vie est un suicide. C'est en comprenant la façon dont évoluent les choses qu'on trouve sa liberté plénière.

Parler, exprimer sa propre vie, c'est dire, c'est analyser, c'est critiquer, estimer sa vie et celle des autres, la découvrir dans une conversation devenue vraie, à coeur, hors des masques.
Chaque fois qu'on trace une ligne, on modifie le monde, chaque fois qu'on prononce un mot, on provoque une interrogation. Il y avait du bruit dans le monde avant que nous donnions de la voix, avant que la foule vive ses criailleries.

Question aux voix ! Qui a crié le premier mot ? Plusieurs d'entre nous sûrement, tout le monde a entendu. Ils jaillirent les mots, les uns après les autres, sans discontinuer. Quel enfer serait une vie sans voix, même si trop de bruit mène à la guerre. Le mot "fléau de balance" forme un dualisme quand il est assujetti à un pouvoir. Parfois il indique un sens, parfois, il en désigne un autre, parfois, il indexe l'espace des sens en une possibilité ouverte de dialogue. Il a la force d'une machine broyeuse dans la bouche des hommes. Il est sorti en tragédie de l'angoisse existentielle pour rentrer dans la comédie du pouvoir. Il obéit pour commander. Il doute hyperboliquement. Il se retourne brusquement. Il convertit et amnistie. La totalité de ses couleurs composent sa blancheur et sa noirceur.

Le mot est ici et maintenant, là-bas et ailleurs et plus tard. Présent au temps, absent dans la durée. Il projette et annule, donne une histoire au passé, du sel au présent et du rêve à l'avenir. Il météorise la pensée, écoute sa rumeur. Il revient de la procession, s'inscrit au meeting politique, sort en rumeur, en plainte, en complainte, en rire, en pleurs ou en hurlements. La vérité n'est jamais qu'une stabilité parmi les changements. Les valeurs buissonnent grâce aux mots qu'elles reflètent. L'histoire est une suite analytique issue des mots, le mouvement en aval et en amont que lui donnent les mots la rend réelle. Il est l'inexpiable noeud de toutes les valeurs. Le possible est le présent pur avant que le temps ne passe dessus pour le mettre en mémoire.

Dans ces jeux et dans la lumière, le mot est "Roi Pele".  Il est double en opposition, le prétoire et le combat requièrent deux parties. Le renard est policier. Le mot court-circuite, foudroyant, la plainte agaçante du faible. Il quitte aussi le site des hommes pour l'espace des Dieux. Comme un fleuve, il coule là où il trouve sa pente. Cactus en colère, orchidée à ses heures, le sacré le recouvre, l'asile le protège. L'eau ne le reçoit pas, elle a sa propre  mémoire. Le mot est matière à union et à controverse. Il repose dans le présent perpétuel, pour lui l'histoire vient de commencer.

Le mot est avant les codes, il est signe en dynamique d'équilibre, en même temps qu'une abstraction très simple. Il rit en catimini, vibre dans le possible. Paranoïaque à ses heures, schizophrène en permanence, il n'aurait pas d'avenir sans nos cordes vocales. Grâce à lui, la chose tombe, coule de ma pensée au cerveau vigoureux. Il tient l'ensemble des rôles, voleur volé, menteur trompé, suppliant supplié, écoutant écouté. Matrice virginale à capacité de maternités, sa clameur a parfois l'accouchement difficile, ni allié, ni rival, ni ami, ni ennemi, il est libre jusqu'à ce qu'il accouche. Tout le possible est là impliqué, tout le possible est là dans son dire virtuel. Sa décision tranche, déchire, coupe et tergiverse, hésite et balbutie. Le son déterminé nous accompagne sans cesse. L'hésitation fait foisonner les bifurcations en un fleuve de branches aux multiples infinités. Ainsi, par la parole dite, on le fait toucher son incarnation dans le déboulé de la phrase qui grandit, forme souche et préfigure la forme où notre vie se sculpte en vécu. Dans les lieux où il n'y a pas eu encore de pensée, il n'y a pas de mots donc pas de vie. Le verbe fait la chair.

Une des clefs de voûte de la compréhension de l'homme réside dans la reconnaissance des synthèses faites à certains moments critiques de l'expérience. En d'autres termes, l'homme apprend à ses dépens ce qui explique sa grande puissance d'adaptation. L'expérience lui apprend à modifier sa perception des choses. Les mots de son vocabulaire s'enrichissent, se densifient et le savoir puisé dans la mémoire collective se réoriente dans une nouvelle création. L'homme a besoin des messages du corps pour transmuter sa vie en esprit.

La plupart de nos idées ne sont pas neuves. Les investigations relatives aux informations prélevées dans la mémoire du temps doivent être sérieusement repensées ou abandonnées. Nous réinventons toujours un vocabulaire de réactualisation, nous créons des mots nouveaux intégrant la compréhension des phénomènes nouveaux découverts par nos recherches. Les différences séparant les individus viennent souvent de la valeur intrinsèque accordée aux mots par chacun.
Il y a une vision des mots, il y a un toucher du langage, il y a un odorat du verbe. La parole est bien plus que la parole, la parole est l'expression de la sensibilité de celui ou celle qui la prononce. Il n'est pas nécessaire de nous attarder plus longuement sur ces faits. L'homme met tout en oeuvre en lui quand il agit, il s'implique en totalité. C'est, en effet, dans la faculté de dégager et de caractériser les variantes fondamentales de l'expérience sensible que réside le pouvoir propre de l'homme. Ce contexte seulement lui permet de devenir un artiste de sa vie.

L'art est une communication particulière avec soi comme les mots sont une conversation spatiale avec la différence que nous découvrons dans l'expérience de la communication perçue dans sa totalité.
L'âme du modèle, paysage, portrait, nu ou abstraction, transgresse le moyen technique. La glaise du sculpteur parle, le marbre s'exprime, la symphonie vit, le son vibre...
La vie rentre en conversation avec la VIE. La distance intime permet les mots beauté, force, sexualité, tendresse, sensualité, amour. Le mot est à sa richesse au même titre que la couleur. Une des fonctions majeures de l'artiste est de relier le profane et le sacré, en permettant aux hommes du commun de relier leur histoire au sens pur de l'universelle création.

L'homme moderne vit comme un robot mu par une série d'activités de consommation. La richesse de ses mots, c'est dans les formulations publicitaires qu'il la trouve. Il ne connaît rien des multiples mondes sensoriels de ses ancêtres. L'artificialité de sa vie va jusqu'à le désodoriser. Il passe en globe-trotter devant les archives du passé, entre deux avions Paris - Le Caire emportant dans son crâne délité des impressions diffuses porteuses de jugements verbaux hâtifs : "Les Arabes sont sales et fainéants", "Les Noirs sans imagination", "Les Chinois silencieux" ou "Les Tahitiens indolents".  

Rentré dans son univers industrieux, l'homme interprète avec des formules péremptoires les valeurs des civilisations autres que la sienne.

Un fait-divers récent et amusant va illustrer ma pensée : récemment, deux jeunes sociologues camerounais ont investi un petit village de la "France profonde" à des fins d'études sur notre "zoo humain". Eux qui parlaient un français impeccable, instruits dans nos universités, je me demande ce qu'ils ont pu penser en interrogeant une brave famille Dupont au café du Commerce ou à la ferme du Bois Joli. Qu'en ont-ils conclu sur notre façon de parler le français ?

Essayons donc de dépasser les vieux clichés démodés de mots incultes couvrant nos jugements hâtifs et ouvrons notre pensée à une étude sérieuse de nos qualités et de nos défauts, afin de ne pas conclure trop vite à une supériorité raciale que rien n'établit réellement. Sans l'algèbre des Arabes, la philosophie des Grecs et la finesse d'esprit des Asiatiques, le monde des Occidentaux serait pauvre et grossier. Nous n'avons pas l'apanage des civilisations arrivées. La nôtre est mercantile, souvent arrogante, trop sûre d'elle-même.

Pour comprendre l'homme, il est nécessaire d'avoir une notion claire de ses systèmes de réception et de la façon dont la culture transforme l'information que ceux-ci fournissent. L'appareil sensoriel de chacun est le siège de son interprétation des événements, d'où la grande difficulté dialogique entre les êtres. Les facultés de compréhension ne s'arborisent harmonieusement que lorsque est atteint un certain seuil d'ouverture et de savoir connaissant. L'expérience passe au peigne fin de notre sensibilité tous les instants vécus de notre vie. Cependant, sans un certain élargissement des vues par intelligence, les faits ne peuvent pas être connus dans leur réalité. La quantité et la qualité de réception du système nerveux central dépendent de sa capacité à apprendre et à enrichir son âge évolutif. Le mot juste, la pensée saine, ne sont que les transmetteurs de la bonne intégration de la réalité.

Pour bien se parler, les conditions de l'échange doivent être judicieusement formulées et l'espace, la distance des voix respectées. La perception de l'espace n'implique pas seulement ce qui peut être perçu mais aussi ce qui peut être éliminé. Il faut apprendre cela dès l'enfance dans la malléabilité d'un cerveau jeune au risque de rentrer tôt ou tard dans l'isolement ou la vulnérabilité, avec perturbation des possibilités d'un échange vivant.

Le retour en force du sensible et de sa captation sensualisée est primordial à la restructuration de l'intelligence dans une vérité autrement plus vivante que celle des continuums pédants des intelligentsias fermées dans un sectarisme élitiste. Véritable javellisation de l'esprit, ces artificialités verbales mènent au conformisme broyeur de créativité.
L'homme et ses extensions ne sont qu'un seul et même système. L'homme est bien plus que son aspect extérieur. L'incapacité à saisir l'importance et la profondeur des liens qui unissent l'homme à son environnement conduit à des erreurs tragiques. L'investigation du champ complexe, multidimensionnel de l'homme, demande une très grande humilité de rapports. Les illusions sont d'autant plus dangereuses qu'elles se parent d'une fausse apparence.

L'homme occidental s'est retranché de la nature et par conséquent du monde animal. Nous voyons aujourd'hui les méfaits de cette erreur de jugement. Les mots ne suffisent plus à conjurer la crise que nous vivons. Il va nous falloir découvrir un autre langage et une nouvelle approche culturelle. Ce sera le rôle du langage dans sa perspective d'approche vivante de la connaissance qui n'est autre que l'imbrication dans l'universel. Les voix et les corps bougent au sein de ce qui se donne dans un effort constant d'accrochage à la sensibilité humaine. La magie agit à proximité des sens, en naissant à la vie perpétuelle.

L'intelligentsia est une prothèse illusionniste grossière, elle ne hisse pas le niveau du peuple à sa meilleure expressivité. Son rôle est pourtant primordial, elle est investie d'une mission sacrée, celle d'augmenter le niveau de réflexion et d'intégration psychique des progrès réalisés dans les laboratoires du futur. On est dans ce cas de figure très loin des snobismes de salon perpétués par ce siècle en rupture d'intelligence pragmatique.

Faites attention ! Les pourvoyeurs de pouvoirs surannés, les digues que vous avez construites pour protéger vos privilèges cèdent sous le poids de vos iniquités et la poussée des injustices. Vous n'avez pas su ou pas voulu éduquer le peuple, trop sécurisés dans vos cercles fermés.

En dépit des murs de sa prison, le peuple, par l'influence des mots produits par les mass média, accède à une culture de masse. Enfermée par la porte, elle sort par la fenêtre. Le monde, les hommes, les âmes, le droit, la justice, la liberté, en un mot tout ce qui est mouvement dans l'humaine nature reprend sa mobilité et retourne vers elle comme à sa source. La paix est menacée dans le vide lourd du monde actuel qui craque sous vos pas. Le drame emportera tout sur son passage y compris l'élite : Il n'y a pas d'échappatoire à la bombe à neutrons si ce n'est de se savoir libre d'inverser le sens de l'histoire par des actes et des mots nouveaux.

Sans une réelle concentration sur l'amour, dans toutes ses phases expansives, nous ne pouvons guère espérer sauver la terre et ses créatures du désastre écologique et politique. Des forces insensées de haines et de violences travaillent puissamment à sa destruction. Nous n'avons plus que peu de temps pour les arrêter. Un changement radical d'estimation des valeurs est indispensable. Cet investissement dans un autre développement de l'homme pourrait être le prélude d'un nouvel échange alimenté par des mots du troisième type, langage d'approche cosmique et interplanétaire. Ce langage dépassera l'effet mécanique en devenant cybernétique. Les objets se banaliseront au niveau de l'utilitaire et la nouvelle culture deviendra école d'art et de loisirs dans une atmosphère plus édifiante pour l'âme et le corps.

De nos jours, nous laissons trop tenter par la facilité de duplication, de schémas de vie simplificateurs. L'oeuvre nécessite une synthèse plus formelle, l'unité dont elle est en quête n'aura rien à voir avec la polycopie des modèles exploités par les systèmes marchands. La maturité est la condition primordiale de toute prise de conscience d'unicité. Un abandon aux exigences des économies est une démission plus ou moins voilée. Toutes les cultures sont ma culture. Dans un effort de vérité, je me retrouve présent aux hommes : je suis Hindou, Papou, Américain, Russe, Européen, Africain, Cubain, Espagnol, Mongol, Chinois, Japonais et Esquimau, Juif et Arabe. Ma nation est le monde, ensemble, nous sommes habillés de chair et d'os, mon sang, mon cerveau et mes nerfs ne sont en rien différents des autres hommes, quelle que soit la couleur de peau.

Nous sommes à la veille d'un âge nouveau. Une trajectoire plus haute de la vie nous est proposée. Aujourd'hui, l'homme embrasse les étoiles et pénètre le secret intime de la cellule vivante. Son regard scintille de curiosités multipliées et de peurs incontrôlées. À chaque instant, la complexité du vivant lui propose un émerveillement. Les vitesses sont abolies. Ses engins percent le temps des galaxies et renvoient des images étonnantes. L'intelligence décuple les possibilités d'un dialogue à l'universel. Un changement fondamental s'opère sous nos yeux ébahis, et c'est une chance d'avoir vingt ans à l'avènement de l'aventure la plus fantastique de l'homme ! Quelle joie, quel enthousiasme, quel rêve, quelle vie passionnante est ouverte devant chacun de nous, si nous répondons à la création.

Une dialectique de la polarité, laquelle est porteuse d'unité et de diversité, reste à définir dans le cadre d'une différenciation des modèles de vie actuelle. Elle paraît devoir imposer un changement de langage. Il y a aujourd'hui dans l'humanité, des forces qui s'opposent à la stérilité et au danger d'une culture de masse anonyme quantitative. Une conscience croissante apparaît dans les couches profondes de la société humaine, entamant un processus créatif nouveau, irréversible, quoique fragile.

Cette réorientation radicale suivra les effets de l'intelligence scientifique, grâce à l'accélération automatique des processus de découvertes. Un progrès en continu semble possible, dans la mesure où l'erreur fatale ne serait pas commise, qui détruirait l'acquis des siècles passés.

Nous vivons tous dans l'immédiateté de nos actions, pour la plupart sans prospective ni perspective. N'est pas plus aveugle qui ne veut voir, plus sourd qui ne veut pas entendre. Nous préparons par nos manques de réflexion sérieuse, une génération montante de chômeurs patentés et de bricoleurs du "marchandising". Par faute de mots cohérents et de langage analysé, l'instruction, dans les écoles à bachotage stérile, prépare la paupérisation des masses dans un prolétariat compensé d'assistance tuant toute jeunesse d'esprit.

Au lieu d'ouvrir les voies nouvelles de la découverte et de l'imagination, bases indispensables à la créativité, on perpétue les modèles de papa quand ce n'est pas de grand-papa.
On prépare ainsi toute une jeunesse à une grande désillusion à trente ans. Dès à présent, sourd, aveugle aux mouvements chaotiques du monde, notre entendement devient désert de dunes.

Les hommes sont enfermés dans leurs contradictions. La civilisation a provoqué chez eux la mise en parallèle de la vie avec la propriété et le pouvoir. L'homme est coincé entre ces deux forces agissantes. L'homme civilisé a perdu l'accord amical de la vie de village. Il est plus adroit, plus industrieux, plus sûr de lui en apparence. La vie au travail de l'homme industriel est contraignante si la condition de son progrès matériel est un flot de nuisances opposables aux bienfaits de l'accumulation d'objets pratiques qui l'entourent.

 

.../... 
Par Djilali Jamaï
- Voir les 0 commentaires - Recommander
Mercredi 20 août 2008

.../...

  

Les hommes, sous la pression de leurs découvertes, se sont transformés en machines collectives. Cette erreur radicale est à réexaminer avec un regard lucide, sans complaisance pour établir un nouveau cheminement. Esclavage, travail obligatoire, embrigadement social, exploitation économique et guerre organisée, tels sont les aspects les plus sinistres d'une civilisation mal contrôlée : un détournement total des richesses planétaires et une atteinte à la créativité. De nouveaux concepts soutenus par de nouveaux mots sont à inventer. Il s'agit d'un changement général de conscience, d'une future personnalisation étendue à l'échelon cosmique.

Dans un monde où les quatre cinquièmes des individus sont opprimés et dépouillés du nécessaire, une mutation du langage et de la réflexion est à promouvoir. Faire l'autruche en se cachant la tête dans le sable est une stupidité. Aux arts policés de la coopération tronquée et percluse d'intérêts égoïstes cachés, répondons par une application universelle de la fraternité, avec une force combative contraignant la routine sclérosante de nos activismes.

À l'effondrement intérieur des individus s'ajoute aujourd'hui l'effondrement extérieur des économies. La cause la plus profonde de cette désaffection semble être dans un discours aux mots creux qui ne cadre plus avec la réalité de l'évolution créatrice nécessaire à l'homo sapiens.

Un langage adapté à l'homme novus en gestation est à inventer en urgence. Les éléments techniques ont rendu la vie dénuée de sens, faisant de la machine un objet de transfert amoureux dont la froideur mécanique a remplacé la chaleur sensible de l'homme. Les mots du vocabulaire courant se sont dénaturés. On n'aime plus les choses, on en profite. On n'aime plus les gens pour la richesse intérieure qu'ils représentent, on profite de leurs corps et de leurs âmes afin d'identifier égoïstement notre plaisir.

Le culte de ce pouvoir sur l'autre est rejeté par une jeunesse assoiffée de tendresse et de sensibilité, comme on rejette un manteau sale. Cette jeunesse n'a rencontré personne à qui parler, alors elle s'enferme souvent soit dans la drogue, soit dans le sexe ou la violence. Ma génération, au lieu d'accélérer la conversion des grands principes en des mots d'un langage vrai cadrant avec l'action universelle, s'est clôturée dans les frontières de l'avoir qu'elle protège, quoi qu'il en coûte. C'est son chant du cygne. Les digues se rompent, la vitalité de l'homme créateur reprend du service. La transformation est en cours. La vieille structure éclate sous les butoirs violents d'une haine mal contenue qui, en fait, n'est qu'un cri d'amour.

En ce moment singulier de l'histoire, toutes les forces de la vie se polarisent à la recherche expresse d'un nouveau langage qui puisse parler au coeur des hommes. Un esprit d'aventure marque ce nouvel émoi d'une respiration soutenue. On cherche des régions plus vastes que celles de notre petite planète étroite et sotte dans sa robe de vieille dame arrivée. Où aller ? Nulle part ailleurs que dans l'espace sidéral ! Moi homme du XXIe siècle, j'y danserai ma vie et je ferai l'amour au firmament. Je donne champ libre à ma liberté de parler aux étoiles et aux galaxies. Mes mots, à partir d'aujourd'hui, sont faits d'une respiration cosmique. Mon choix humain est au-delà des Bourses et des Cathédrales, fussent-elles Wall Street ou Notre Dame de Paris. Mon obstination va à l'imagination féconde. Je suis fou VIVANT CREATEUR d'infini.                             

Tout être conditionné par la matière ne peut pas accéder à la Création. À la rigueur il découvrira quelques chemins creux dans l'invention d'objets, mais malheureusement ne pourra jamais rentrer dans l'harmonie de sa condition totale. Il y a deux voies d'acquisition de la connaissance, la déduction, l'induction. Constatant un fait vécu, j'en déduis la valeur. Si je cherche à élucider la question par mes propres moyens, j'emploie la méthode inductive. Mais il est une erreur à ne pas faire, c'est celle de prendre mes désirs pour des réalités. La vie humaine n'atteint sa plénitude que lorsqu'on est en harmonie avec le réel des choses et des êtres.

L'homme est en train de faire la preuve d'une conscience nouvelle de l'univers. Son intrusion sidérale lui donne l'échelle de sa relativité cosmique. La grande peur revient au premier plan de sa réflexion. La majorité d'entre nous la cache sous la désinvolture d'un vécu matérialiste. Mais les pieds de ces géants d'argile reposent sur des sables mouvants. Un changement fondamental de dimension s'opère sous nos yeux à la rapidité fulgurante des processus de conquêtes technologiques.

Attention, les chemins conduisant à la stérilité d'esprit et de coeur, à l'apathie morale et à l'inertie intellectuelle donne naissance à une sclérose en plaques de la créativité. Tous les Dinosaures sociaux inaptes à vivre un monde en évolution, vont mourir dans l'inadéquation de leur raisonnement court. Le malaise de notre jeunesse est là pour témoigner, s'il en est besoin, de ce risque.

Nous nous trompons d'époque. Nous naviguons à contre courant de l'histoire évolutive. Nous attachons notre route à des chemins sans issue. Nos boussoles sont déréglées. Nos horizons sont limités à la sphère de notre incompétence. Projeter un regard neuf par intervention intelligente sur les facteurs d'évolution confirmés par les faits du vécu se déroulant sous nos yeux est un sport auquel nous sommes mal habitués.

Si j'écris, c'est pour sortir de moi-même et ce que je sais de mieux, c'est que je ne sais rien. La perfection est inaudible. L'homme peut faire ce qu'il veut, mais ne peut pas vouloir ce qu'il veut, son savoir a des limites. Homme, tu as les bras trop courts pour danser avec Dieu !

L'homme creuse le chemin de sa pensée logique en s'inventant un langage. Les mots jouent un rôle fondamental dans l'élaboration du savoir car ils autorisent plusieurs individus à comparer leurs propres expériences existentielles et permettent donc à chacun une expérience du même type dans le cadre de l'action. Le langage est donc indispensable. Grâce à lui s'établit la relation avec l'évènement. Grâce à ce moyen, l'homme va pouvoir se confronter à l'homme et se différencier des autres hommes et ainsi s'enrichir de créations et d'inventions nouvelles en symbiose avec l'engrangement de ce savoir diversifié dans sa mémoire génétique. L'acte existentiel est libre par rapport à l'essence liée de sa mémoire.

Cet "interagir" donne à l'homme la certitude d'avancer malgré la finitude de sa vie limitée dans le temps. Exister, c'est penser et être pensé par son alter ego. Bachelard disait : "un seul axiome dialectisé suffit pour chanter la nature". La connaissance est l'expérience sensible de l'homme enthousiasmé de recherches. Un homme sans émerveillement est un homme mort. Seul le feu intérieur communique la chaleur humaine. Notre époque sous estime trop l'importance de ce travail solitaire qui consiste à peaufiner cette finesse de propos. L'homme n'est artiste de sa vie que s'il rêve de faire jaillir une création de son propre univers.

L'invention est existentielle pure, la création essentielle pure, l'invention prolonge la création. Les mots se propulsent dans les deux formes d'expression avec cette différence que la création est explosion de connaissance innée, tandis que l'invention est travail de connaissance acquise. La pensée humaine a besoin de ces deux formes d'investigation du champ spirituel pour évoluer vers un enrichissement.

Pour être en termes amicaux avec toutes les parties de l'humanité, on se doit également d'être en termes amicaux avec toutes les parties de soi-même. Jusqu'ici, nous n'avons exploré que la surface de nous-, or, ce qui nourrit la pleine croissance de l'homme, c'est la mise en valeur de son intériorité et de sa sensibilité. Au-delà, se confirme la communication avec l'espèce, avec le passé, le présent et l'avenir, horizon où la vie s'élargit d'une connaissance plus vaste du vivant. Les mots vivants s'enrichissent de l'expérience des faits vécus.

Notre avance en zigzag, fréquemment arrêtée, à peine consciente sauf pour quelques hommes phares, ne peut pas s'arrêter. Elle va, s'achemine lentement sur les chemins caillouteux de la découverte vers un être plus grand. Tout effort constructif y tend et favorise les relations en élargissant la communication, la communion et la coopération. L'émergence de l'homme au-delà du cercle restreint de ses limitations se joue ici. Chaque mot sous-entend une signification de vie. Le verbe est le plus précieux des langages des expériences humaines. Sa mère, la mémoire, en est la gardienne vigilante.

Sans la relation intime de la parole, les hommes deviennent simplement des choses. La communauté de paroles, la communauté visible à portée de contacts corporels est la seule famille ouverte permise à l'homme. Là où porte le mot, là où la voix est audible, l'humanité peut exister et se créer. Un homme sans appartenance et sans racine est un solitaire. 

La liberté de se réaliser et la liberté d'action autonome sont les ancrages véritables d'un langage nouveau introduit dans la communauté d'enrichissement par l'éloge des différences. La nouvelle culture ne peut être faite que de respect et de responsabilité partagée. Des buts limités de paix, de puissance, de richesse, d'ordre et de savoir ne seraient que des mirages désespérants, qui laisseraient l'âme assoiffée si on les considérait comme les fins ultimes de la vie. L'homme est appelé à un destin plus grand. Le sens de son aventure, c'est la sacralité par intégration de la liberté responsable. Des expériences audacieuses sont en cours, dans le monde, en cette fin de XXè siècle.

La première exploration est maintenant finie. La nouvelle exploration a commencé. Elle se déroulera dans une société planétaire ouverte exigeant de continuels ajustements. Il n'y a pas d'autre richesse que la vie, l'homme noyé dans le matérialisme s'en rend compte. Les forces de vie retrouvent leurs capacités d'éléments dynamiques et les hommes sont appelés à reconsidérer leurs positions en facteurs de qualité.      

La personnalité capable de retournement et de nouvelle exploration sera capable de renverser les bornes de sa culture et de son histoire qui limitent souvent la croissance de la culture humaine au domaine de l'économique. Devenir soi, quelqu'un qui ne soit pas marqué de façon indélébile par un système de civilisation et de tabous d'un clan, pas prisonnier de sa caste, de sa position sociale, ni de ses références religieuses, apte à promouvoir une déprogrammation pour une sensibilisation absolue, en appartenance complète avec l'universel.

Notre espoir de créer un monde de l'intérieur et de l'extérieur, accessible dans toutes ses dimensions à tous les hommes, est utopique. La vision de l'unité, dans un travail commun n'est pas pour demain, à moins que la poussée des évènements y oblige. Concilier la durée et le changement, la variété et l'unité, le processus et le but, l'intérieur et l'extérieur, en créant un système étanche et fermé, tient certes, de la gageure. Et pourtant, il faut s'y attaquer, en ne perdant pas de vue l'unité de nous-mêmes et s'acharner à quitter nos limitations. C'est seulement dans l'action de vivre que s'opère cette dynamique. Quand nous commençons par l'individu, nous pénétrons tous les niveaux de la vie. Aucune harmonie, aucune prédestination n'est établie, grâce à une recherche constante de voies créatives, apparaissent çà et là des zones de ciel bleu qui transforment l'hiver boréal de nos médiocrités en plages chaudes de notre intelligence.

Les gens ont un besoin immense de tendresse, un besoin d'aimer, qui n'a rien à envier, rien à prouver, rien à compenser, qui réchauffe, qui protège et qui gâte. À ton écoute. Une oreille... Au bout du fil, attentive au trop plein d'interrogations, d'angoisses et d'exaltations mal formulées. Allez, viens, prends ma main, prends ma parole, je t'apprendrai la caresse, je te dirai mes mots d'amour, j'élargirai tes frontières, j'enflammerai tes rivages, je te rendrai passionnante et émouvante, souverainement vivante, vibrante à ta raison d'être, animée de la puissance de ta vérité. Tu reprendras la construction de ta vie là où le rose de tes joues mouillées de regrets virera au rouge vif du sang irrésistible de l'amour véritable.

L'émancipation passe par le plaisir, mais aussi par la lucidité et les décisions mutilantes de nos égoïsmes. À l’heure où la vie s'assombrit, retrouver ses premières racines dans un tourbillon de sentiments ouverts comme un sexe humide d'appels sucrés. Je vais transformer tes espoirs et tes doutes, ton trop plein de sensations qui se convulsent en débordements de joie. Déverse tes peurs, tes vertiges et tes fièvres, elles sont trop explosives pour les enfermer en toi.

Prends tes mots habituels, perle pour ne rien dire, parle pour parler, parle pour pleurer, parle pour rire des autres, pour rire de toi, pour te guérir de toi, pour t'aguerrir de toi. En faisant sortir de toi ce courant de mots en un rayon de voix, tu vas briser ce mur aveugle de ton aventure fermée, aplanir tout ce qui coince, tout ce qui fait problème en toi et tu laisseras couler. Ce fleuve boueux ira jusqu'à la mer qui le purifiera en l'absorbant. Redeviens femme séduisante, marrante, battante, intelligente aimante, qui a tout pour plaire, belle gueule, beau cul, belle vie. Reprends la vie comme les rênes d'un cheval fougueux, fière comme lui. Ecoute la différence qui est à côté de toi, enrichis-toi en pour être à ta richesse. Fais alterner la plus grande tendresse alliée à la plus humaine condition, vois les choses et les êtres tels quels, bâtis d'aventure et de science fiction. Avec humour et bonhomie, dans la splendeur âcre des orages, découvre des clairières cathédrales de bonheur. Aime, souffre et bâts toi, ne reste jamais indifférent. Fais belle alliance avec ta vie et la vie des autres. Crie ta vie, tes mots pour qu'on t'entende jusqu'au fond des déserts. Sois un opéra sauvage entre la griffe et la dent des hommes. Tu verras, ils sortiront leurs langues suaves et ils promèneront leurs lèvres çà et là sur ton corps salé. Ils mouilleront tes seins, ton ventre et ton sexe de salive rutée en les embrassant alternativement, fous d'un amour révélé.

Alors, ta pudeur tombera comme les feuilles mortes d'automne et tu te trouveras rougissante et nue, cabrée et libérée dans le resplendissant envoûtement de ta sensualité retrouvée. Architecture vivante, la faille de ton sexe s'offrira à la cartographie du plaisir tous azimuts. Tu découperas plages et rochers au chalumeau bouillant de tes jouissances insolentes en faisant crépiter en feu d'artifice les vagues sur la plage de tes mots.
Tu révéleras le fin fond des choses de ton corps. Au lieu de survivre à l'économie égoïste de toi-même, tu embraseras le ciel de ta puissante vérité, entraîné, happé par le bonheur de vivre.

Tes mots, les mots, ses mots, ne te seront plus barreaux de prison. Dans la tendresse et le charme, la faiblesse et les larmes, ils se couleront, lubrifiants bénéfiques et magiques, hurleront dans l'espace des frottements aléatoires, en souplesse et onctuosité. Ils élargiront l'île déserte intérieure de ton âme bloquée, révélant la sensibilité cachée de ton corps figé. En te dénudant, ils s'habilleront des moires les plus riches et des soies les plus douces afin que ton amour ait envie d'y caresser des formes enrichies.
Tu sortiras du sommeil somnambulique où tu te trouvais coincée, pour rentrer dans le rêve vivant de tes aspirations justifiées. Laisse toi prendre à la danse des éléments, vas-y du pas sûr de l'être libéré. Laisse vibrer ton humanité retrouvée dans le rapport subtil des admirations gratuites. L'éternité et l'amour habitent en nous. C'est notre orgueil et notre égoïsme qui leur font obstacle. Brisons nos chaînes d'hommes aliénés.

On se regarde attendant que l'autre s'offre à faire ce que les deux souhaitent, mais ce qu'aucun ne veut faire. L'atroce sècheresse de l'orgueil où l'on s'aime soi même au-delà de ce qu'on veut : fruit empoisonné qui mène à l'isolement, je lui préfère la passion intense, d'une conscience infiniment intéressée de l'autre. Ce qui ne signifie pas que je ne m'aime pas, car je fais partie intégrante de l'humaine condition et c'est dans ma juste valeur que je puise ma réalité. Mes mots sont les siens, ils ont même racine, sinon même entendement. Ils participent de la mémoire commune.

Après avoir pris d'assaut la nature, l'homme se retrouve seul avec ses outils. Ceux-ci le dispensent d'efforts surhumains pour vivre et lui gagnent à présent, son pain quotidien par robotisation. Ce pouvoir suprême annonce l'ère de l'homme solitaire s'il ne s'inscrit pas dans la Création. Sans pensée communicante, l'homme est un emmuré, dans la salle de ses machines, même s'il invente l'ordinateur et dialogue avec lui, il a besoin de l'autre. Nous sommes avant tout des communicants communiants. Sans communion, nous n'existons pas.

La connivence des mots en langage est la récompense suprême. En stratégie mondaine comme en désir amoureux, sans échange de pensées, la lumière se détourne de nous et la joie de vivre nous quitte. Nous rentrons dans les ténèbres du silence, car même en silence de mots, le moine cloîtré parle à Dieu. Tout développement authentique passe par le verbe. L'homme parle toujours même quand il se tait. Nulle pensée ne s'arrête. La pensée est l'unique femme au monde nous possédant totalement. Toute synthèse incomplète aboutit à l'objet, au concept abstrait, non à une relation vivante entre deux individus. Les mots, la mémoire : Seigneurs, rois des lieux au service de mon être.

Quand on croit tenir l'objet de son désir, il vous échappe. La parole seule symbolise l'objet et lui donne un sens. Dans l'objet, il y a la mémoire passée des formes à remettre en question pour une nouvelle création. Mais il y a bien plus. Il y a l'homme, les hommes et les femmes ayant pensé cet objet. Et ce sont les mots et les échanges ayant fourni cette remise en création qui confèrent aux choses leurs valeurs réelles. Un téléphone est plus qu'un téléphone, une assiette est plus qu'une assiette, un piano est plus qu'un piano. Ils sont l'oeuvre des hommes qui les ont pensés et inventés. Le respect dû à l'objet et le respect dû aux hommes qui les ont créés. L'usage n'est rien sans les mots qui l'explicitent. Tout reflet est évidemment postérieur à la chose qu'il reflète.

La vérité apparaît par éclair. La conscience claire est toute entière dans le mot juste. Elles puisent toutes deux dans le grand infini de la mémoire durée. Le malheureux cherche l'affirmation dans la possession, mais ne parvient qu'à la négation. L'heureux dialogue avec les choses et les gens de la vie s'entretient par une transcendance verticale de mots dits sur le ton de l'Amour. Le mal existe certes et il le sait. Il l'aime cependant au même titre que le bien, en dépassant les caricatures rivales du Bien et du Mal, dans un dialogue vivant avec la Vie.

Le mensonge organique fonctionne chaque fois que l'homme ne veut voir que son intérêt. L'homme abusé par lui se ment à lui-même. Les faits ne le pénètrent pas. Il ne veut pas les voir. C'est son train-train habituel qui fait tourner sa sphère de derviche jusqu'au jour où en ce monde clos il éclate. La pression de mots nouveaux crée de nouvelles idées renvoyant les anciennes en mémoire.

L'homme vit dans l'esprit de la contemplation d'un vis-à-vis avec qui échanger des mots. Les institutions et les systèmes ne produisent pas la vie publique, sans les mots qui tissent le tissu relationnel des communautés humaines. Pour être en vraie communauté, une relation vivante et mutuelle implique l'intrusion de sentiments vrais, pensés et vécus.

L'homme survit à la matière s'il oeuvre à la Création. Son oeuvre témoigne pour lui et monte au firmament de l'esprit, environné de la musique vivante et chaude qu'est son verbe, dans l'acte pur et dans l'action sans arbitraire des mots. Les institutions sont l'extérieur des choses, les sentiments sont le dedans des êtres. L'homme fait vibrer sa haine et sa tendresse à travers ses mots.

Si nous reportons à la vie d'aujourd'hui, à l'évolution des formes de nos rapports mutuels, nous apercevons que presque toutes traces de face à face avec relation pleine de sens ont disparu. Chacun lutte agressivement arrachant à l'autre un morceau de pouvoir, au détriment des équilibres vitaux de la terre. Le mécanisme politique est faussé par les jeux barbares d'une tyrannie masquée en fraternité. L'homme reste un loup pour lui-même.

La volonté utilitaire dominatrice reste légitime tant qu'elle régit le service du plus grand nombre. Dans le cas contraire, elle est abus de pouvoir. La volonté humaine doit être une volonté de relation et être portée par elle. Il n'y a pas de mauvais penchant jusqu'au moment où le penchant détache l'être de la relation. L'esprit est dans son élément seulement face à face avec le monde qui s'ouvre à lui, auquel il se donne, qu'il délivre par la parole.

L'homme trouve la garantie de sa liberté, la valeur de son être, dans la valeur de sa parole. Sans parole, l'homme n'est plus rien. Celui qui est dans sa parole est libre, les mots qu'il prononce, il les tient dignement.

La causalité ne pèse pas à l'homme en garantie de parole. Destinée et liberté sont fiancées ensemble. Seul l'homme réalisant sa parole rencontre sa destinée. Quand je découvre l'action qui me requiert, je trouve les mots qui l'accompagnent. En vertu de cet acte, l'homme peut en toute tranquillité d'âme bâtir sa vie. Tant qu'il est apte à faire la preuve de sa parole et à subir la rançon de ses mots, il est un homme libre. Quand une civilisation cesse d'avoir des hommes de cette qualité, elle se fossilise, car c'est dans la relation vivante et renouvelée qu'une civilisation perpétue une communauté vivifiante.

Le mal de notre siècle ne ressemble à aucun autre. Tous les courants de communication existent, tous les moyens de se parler sont inventés, pourtant, chacun monologue dans son coin sans réellement communiquer. L'homme libre s'offre à la rencontre. Sa volonté est exempte d'arbitraire. Les faits du vécu dictent le choix de ses mots et du discours juste. Une action qui engage l'être entier abolit toutes les actions partielles, tous les semblants d'action. L'homme parvient à son intégralité, être total dans son action, complet dans sa pensée harmonisée à l'Univers.

Toute relation vraie avec les autres, avec les choses, est exclusive. Non que rien d'autre n'existe mais tout existe dans la lumière. Tout sur notre route est décision voulue, pressentie ou secrète, prise au plus profond de nous-mêmes. À cause de cela, nos mots ne doivent pas être dits n'importe comment : ils nous déterminent. L'homme incapable de dire son MOI est un invalide. L'absence de pensée, annihile la personnalité. Quand l'esprit est replié sur soi, il renonce, ce qui le rend vivant, c'est son verbe vivant. Si nous aimons, nous osons nous ouvrir et embrasser le monde dans toute sa diversité. Tant qu'un homme n'est pas affranchi au-dedans de lui, il n'est rien. S'ouvrir au monde, élargir sa communication, tend à la dimension universelle. 

Le voyage initiatique à l'intérieur de soi est compromettant. Il crée un ébranlement général de la pensée configurée par les conformismes sécurisants. Il met l'être en état de révolution, ce qui n'a rien à voir avec le complexe déambulatoire des petits ou des grands bourgeois encanaillés dans les réflexes réactionnaires droitiers ou gauchers. L'action n'est pas ré-action. La libre réalisation de soi ne passe pas par l'emboîtement dans un modèle mais par l'initiative créatrice. Il s'agit d'une croisade non d'une conquête ni d'un pouvoir. Dans ce cas, le jogging ne doit pas prendre le relais des drogues douces. Il ne s'agit pas de se perdurer dans un stéréotype convenant et convenable. Il s'agit de création de soi selon la mémoire et les mots innés et acquis de son être profond. Ce dernier point est fondamental.

L'idéologie n'est qu'une alternative de la pensée. S'y tenir en prison, c'est s'aliéner et se couper des possibilités d'évoluer. Dans un jeu à somme nulle, voire négative, ce qui est le cas pour toutes les idéologies conquérantes, il vaut mieux reprendre ses billes. Ce qui ne veut pas dire qu'il faut jouer seul. Tous les maîtres à penser que l'on se donne doivent passer par le filtre de notre sensibilité. L'information n'est pas la mise en forme. La formation n'est pas duplication du modèle. Il faut être soi pour enrichir les autres. Personne ne doit gérer vos mots, vos symboles, vos idées, sans cependant entrer dans la religion du Moi, limitateur des jeux.

L'assistance sociale a enfermé les hommes des sociétés industrielles dans des "réserves indiennes" qui les incitent à ne pas tenter l'aventure du vécu authentique. Aujourd'hui les jeunes préfèrent la délinquance et la drogue, à la révolution, et c'est justement là que nous touchons au fond de la désespérance et du dérisoire. Quand une jeunesse ne croit plus qu'à la "démerde" par le vol et au "spleen"par la défonce, c'est que le plaisir n'est plus dans la société. Une fuite en avant mène au précipice par aveuglements successifs. La dissidence intérieure reste la pire calamité qui peut arriver à un être humain : la grande pompe à idées, c'est le cerveau de l'homme. À chaque problème posé, il y a réponse. C'est la volonté de réponse qui crée le stimulus positif. Le créationnisme entraîne l'imaginant. L'homme qui rêve de grands rêves est plus grand que celui qui en pense de tout petits.

Méfiez-vous du foyer devenu camp de concentration confortable. Ne rentrez pas dans la vie par un espace lambrissé, ce serait dommage car il n'y a pas un pouce de terrain qui ne soit pas espace de découvertes enthousiasmantes. J'aime, alors je vis. L'allégeance à une seule personne confine au club fermé, on y étouffe. Il n'est de richesse que dans la diversité.


.../...
Par Djilali Jamaï
- Voir les 0 commentaires - Recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés