2 - Les Brigades de la Honte - 2.1 Super-Market et Show-Biz

Publié le par Djilali Jamaï




Parkings immenses, caddies rangés, prêts à servir. Les voitures particulières s'entassent, chacune dans son créneau. Il fait très beau. L'envie se lit sur les visages. Les yeux bleuissent. Petits et grands montent à l'assaut de la grande surface, qui chante sa place. Les portes s'ouvrent. Les sons diffusent, musiques et spots publicitaires. Les Belles caissières, vêtues de vert, assises en ligne comptent leurs caisses. Les grilles s'ouvrent. Le flot s'agite. La marée monte. La foule arrive. Choisit sa ligne. Lumières vives, rayons rangés, couleurs-attraits. C'est la curée du produit frais, du surgelé, bouteilles en solde, viandes étalées et contrôlées, poissons glacés, eaux empaquetées, pâtes soldées, fromages coupés par belles poupées, vaisselles colorées, produits "WC", paquets ficelés, nappes enroulées. C'est le Marché des prix serrés.

On baguenaude le nez en l'air, pulsés, collés, le regard fier de ses affaires. Rien n'y paraît. On fait des frais pour bien bouffer, bien se vêtir, bien s'installer, et picoler. Musique d'ambiance, spots en criée. Aujourd'hui ! Des affaires sur le beurre d'importation. Des rabais sur les alcools. C'est le Printemps, du "tout pour rien ". Prenez le temps, d'achats ciblés. Aucun regret, c'est presque donné.

Monsieur Le Chef de rayon, où se trouvent les chaussettes en solde ? Mon fils en a besoin, il aime le style "Baba-cool" supermarché. Là-bas, Madame, troisième file à droite. Au passage, voyez le rayon des chemises d'été, en promotion. Elles sont très mode. Et, bien badgées. Les articles ménagers sont en pleine baisse des prix. Allez, voir les nouveautés. Tire, pousse, mon caddie commence à peser. Il faudrait que je m'arrête. Ca va coûter "bonbon" tout çà. Adieu, la fin de mois difficile. Après tout, j'ai envie de tout emporter, tant mes envies sont grandes de consommer. Mon mari est au rayon outillage. Quel fourbi va-t-il encore acheter ? Et, les gosses qui trainent par ci par là. En douce, ils remplissent le caddie de disques CD. C'est moins cher ici, Maman ! Dis tu peux me payer une console de jeux. Allez, Maman, soit sympa ! J'en rêve ! Et, mon copain François, lui, il en a une.

Une même croyance soude le Marché et le Consommateur. Faire des affaires. Acheter aux meilleurs prix. Clonage de vues mercantiles. Besoin d'être aimé. La logique marchande a très bien compris le parti à tirer de cette envie d'être considéré, aimé, servi. Flux d'images publicitaires vantardes, annonces tonitruantes de spots attractifs. Le cirque est en place. Les acteurs propulsés sur la scène. Narcissisme, divertissement payant, soutenus par le médiatique d'un crétinisme partagé par tous. La caisse de résonance des désirs toujours plus nombreux de goûter aux délices de la possession. Le super marché accompagne la pulsion désirante et délirante du consommateur. Ajustement de désirs minutieusement ciblés pour un maximum de rentabilité. Agrément du service, sans obligation d'achats. Mais la pression est là, en phase avec les instincts les plus bas de l'homme. Immédiateté du "Tout Avoir". Prenez la carte "Or" et consommez à votre aise. Nous sommes là pour vous conseiller. Vos achats sont notre profit.

Socialité du factice, où se baignent nos instincts les plus vils. Dans un anonymat discret, où je peux me laisser aller, sans penser. Mes courses essentielles concourent à apaiser mes angoisses de manque. Dans le labyrinthe de mes désirs, il reste quelques pistes à sonder. Un beau pull cachemire a été repéré dans la galerie marchande, dont je ne saurais me passer. Puis le journal du jour. Tiens, c'est mercredi, n'oublie pas ton "loto". Des fois que la chance te sourirait, tu pourrais dépenser sans compter. Et, puis il y a le crédit, ma foi. Ce n'est pas fait pour les chiens. Mon voisin sera jaloux de me voir bien sapé. Il pensera que je suis un petit vernis et que j'ai fait un "Bingo". Victoire sur ma condition misérable ! Je peux jouer au riche, sans la monnaie.

La Marchandisation de la vie rend tout désirable. Notre approbation à consommer fait le reste. Les marques sont nos nouvelles patries. Elles nous donnent l'aplomb des conquérants de l'impossible. A crédit. Ce temps court-circuité, comprimé me donne l'audace des dominants sans la dominance. Tant pis ! J'en profite. Mot-mode si attrayant que je tombe dans le panneau. On ne vit qu'une fois, n'est-ce-pas ? Surtout, ce qui compte, c'est d'être reconnu, c'est important, ma foi. Il faut faire comme tout le monde : frimer.

Le "Show-biz" ! C'est l'autre volet de mes aspirations. Il m'ouvre les portes du Temple du sexe et du rêve. Dans un imaginaire débridé, les tensions psychédéliques s'y rencontrent comme sœurs jumelles. Le bombardement de décibels enclave les sens. Les lumières provocantes, les fluo agressifs font éclater les neurones engrammés de stress quotidien banal. Patchwork de bruits intensifs, créations pour un ludique braillard, fraternité technologique partagée avec les artistes en vogue. On décibèle ensemble, en communion d'extase, joint à la bouche, pour public branché. L'Oedipe saute le pas. Il rentre dans la spirale de l'éclaté. Sa gesticulation s'acharne à décrire les folies du "Libéré à tous crins". Sentiment communautaire d'appartenir au clan des nantis du "show-biz... ness". Cabriolet sport en moins. Vieille caisse pourrie au parking de Trifouillis les Oies. Incognito ! Une Marie-Chantal balade sa mini-jupe fendue sur le côté. Elle a la cuisse légère, mais le cul très chaud. C'est la nuit des petits couteaux. Être de son temps plutôt que d'être de quelque part. Le cul assis, la console de jeux en mains. Système "D" du non-repli sur soi-même, dans la foule.

La Fête ! Rock against, débat Chirac ! Jospin ! On vous emmerde ! Votre concerto ne nous branche pas. Le terrain de la "Rave-Party" est plus planant que votre Elysée. Et la cuisse des filles y est plus appétissantes que vos meetings coincés. Apatrides ! Nous faisons nos révolutions minuscules dans la "daube" des drogues extasiantes. Un bon casse de voitures nous fait plus planer que vos promesses d'ordre non tenus. Tant pis pour notre avenir. Jouissons tout de suite. Soyons largués, fous, déjantés. Cool ! Cool ! Mec... Les "C D " du show-biz m'éclatent la tête. J'en oublie de dormir. J'erre et j'éclate mon vide. Consommateur, aide-toi, l'association de quartier t'aidera. C'est la fin de l'homme de marbre. Tout est permis. La côte d'alerte du vécu fou est atteinte. Jouisseur ! Tout de suite, je veux être. Les ondes du plaisir parcourent la chair des paumés en tous genres. Riches et pauvres s'y retrouvent collés. Gays, transsexuels et putes se donnent la main dans un "Show-biz" de trottoirs. Les Boites à drague échangiste sont pleines. Les sex-shops fournissent les substituts des manques. Sida, En prime ! C'est la "Fête" du sexe libéré, tout enfiévré. C'est " bois-bandé". C'est très branché.

A ce stade, la communication fait abstraction des opinions, des idéologies et des affinités politiques. Elle se fonde sur le plaisir déjanté. Plaisir de la transgression des rôles institués et dés interdits. Plaisir de la "perruque" et du détournement des technologies. Plaisir du bricolage convivial et de l'expérimentation des possibles bloqués. Plaisir de la manipulation de "jouets" prohibés. Plaisir échangistes d'expériences lubriques, en dehors des conventions et des rôles établis. Motivations de complexité des "psychés" qui se cherchent dans le dédale de la folie des hommes. Galaxies minoritaires qui se cherchent dans des dévorations-crocodile. Rock against Police de quartiers ! On s'en tape. Tout est mouvance. Tout est errance. On se marre et on oublie. Le "Candide" des technocraties danse chez les dingues !

Informatique pornographiée, téléphone rose minitelé, échangisme "Chat" branché. La foire aux sensations fortes est ouverte. Cherche ton pied là-dedans, virtuellement tu le trouveras. Pas touche avant ! Paye d'abord ! seulement par carte bleue ! Si tu veux. Sans garantie d'être floué au passage par un préleveur de guichet malhonnête. Viens visiter mon site "porno" sexy tous crins. Belles filles en prime, au string coulant. Vidéos, films XXX, chats de conversations érotiques, etc... Et j'en passe. La sodomisation est comprise dans le spectacle. Sodome et Gomorrhe sont cités ouvertes sur sites internet. Plongées dans le 7ème ciel assurées. Rencontres ciblées en vue de parties fines. Echangismes virtuels mouvants en films. Le "show-biz " internet t'ouvre les portes de tes fantasmes les plus pervers. Films érotiques à la télé sur Canal plus. Violences en plus ! Catastrophiques séquences en couleurs. Le règne du " foutoir organisé". Le "show-biz" libéré, débridé, engorgé et exporté.

L'argent coule à flots dans les sphères évaporées du "show-biz" pour le bonheur des branchés. Les combines les plus sales, les plus sordides se jouent des pouvoirs, dans ce territoire décalé. Du bon et du mauvais circulent aux vues et aux sus des "Médias" complices. Désirs et plaisirs malsains se mêlent, sans vergogne. Tout est marchandisable, en ce domaine juteux. Prostitution des mœurs, pertes de sens s'y côtoient de concert. L'argent "Roi", seul, coule à flots. A la marge du Pouvoir se joue la ballade des gens câblés ! Ni cols bleus, ni cols blancs, ni cols durs. Des hommes, seulement, pour ce qu'ils sont, dans l'ambiguïté de leur condition. Le masque de "Janus" est levé. La Fête du sexe bat son plein.

Show-biz, Ne te fais pas de bile ! Tu as encore beaucoup de jours juteux devant toi. Le Glaiseux reste un Foireux. Marie-Chantal et les Bandits s'encanaillent à fond la caisse. Tout ce monde interlope est bien vivant, très orchestré, par des banquiers ripoux.
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