Ode au Fennec
Et toi, Fennec, mon cher chacal fétiche, affublé de longues pattes à l’arrière et de plus courtes à l’avant, avec tes longues oreilles pointues et ton petit nez radariste. Toi ! fouineur vivace en quête de ton repas, la nuit, tu t'agites le soir tombant. Toi, mon ami de toujours ! Si bien adapté à ce milieu exigeant qu’est le désert de sable blond, ce tapis hurlant au moindre vent. Mon regard perce et caresse la dune aux formes érotiques, ondulantes, comme un corps de femme en désir d’Amour.
Toi ! petit Fennec astucieux qui dort le jour trop chaud dans un trou, à l’abri des ardeurs tuantes du soleil désertique à lourdeur de plomb. Toi ! Fennec, renard des contrées sans arbres, hormis la douce oasis, lieu de détente bien gagnée après la marche épuisante des homes bleus. Ces targuis et leur famille arpentant, sans peur, sans cesse, la terre de leurs ancêtres, enseignant, génération après génération, les secrets de la survie, de la vie libre de nomade qui, de par sa naissance sur ce sol aride du désert, fait face à son destin. Autrefois, paraît-il, ce désert fût le Jardin des Hespérides, du temps d’une superbe femme pulpeuse, depuis restée présente dans les légendes rapportées par l’histoire du Sahara …
Toi ! mon frère Fennec, vivant de rien, la nuit, en fouinant ça et là, tu croques quelques scarabées, imprudents passant sur ton chemin. Pourquoi la nuit ? Mais parce que tu es intelligent et que tu n’as pas envie de faire cramer ton joli pelage roux sous les ardeurs, intenables à supporter, du soleil de midi !
Et puis, la nuit n’est-elle pas plus propice à la chasse de nourriture puisque toutes espèces désertiques font de même, pour échapper à l’ardeur incendiaire du maître des lieux, le roi-soleil ?
Je t’aime tant, mon animal-fétiche, que j’ai poussé le vice jusqu’à te faire enfanter ce livre, “L’Enfant de Lumière”. Après tout, tu le mérites ! Tu rentreras ainsi en modernité, accompagnant mes divagations épistolaires. Voici mon mail : fennecou@yahoo.fr ; ne trouves-tu pas que tu y as ta place puisque, grâce à toi, Fennecou, je peux transmettre à mes amis lointains mes écrits les plus fous ?
Mon cher petit renard des sables, j’ai baigné mon enfance tiznite avec toi. Nous ferons, encore et encore, de belles envolées lyriques ensemble pour encenser le monde d’harmonie. La Beauté semble disparaître au profit d’un paraître friqué, souvent remplacé par des artefacts plastifiés.
En contemplatif, initié au silence de ces lieux magiques où j’ai appris à Être au lieu de Paraître, je dis :
MERCI LA VIE ! MERCI DESERT VIVANT !
MERCI FENNEC ! MON TOTEM PRIANT