Ode au Cheval
Équidé ! Toi, un des premiers à avoir été dompté par ce diable d’humain, toi aux multiples espèces sur terre. Cheval nain d’Argentine, puissant mustang, maître de sa horde de juments, qui donna son nom à une prestigieuse voiture, destrier parcourant les immenses plaines de Mongolie, polok des Pyrénées, percheron du nord des Flandres, tu fus très vite au service de l‘homme.
Il se servit de toi pour les tâches les plus viles et les plus nobles, jusqu’à gagner des fortunes sur ton dos, grâce à tes talents nombreux et à ta beauté incomparable. Tu lui servis de monture dans bon nombre de cas et il parcourut des espaces immenses grâce à tes quatre pattes, avec ou sans selle très rudimentaire ou décorée pour la parade, au milieu des foules en délire.
Cheval ! Te voilà adulé par les spectateurs dans l’arène ronde du cirque, tout panaché d’ors et de clochettes, te voilà affublé d’une housse faussement protectrice dans
l’aire de la corrida, là où un picador t’impose d’aller sauver le matador en mauvaise posture devant le taureau que lui-même excita au point de le rendre fou à te faire embrocher. Dans des jeux ridicules comme le rodéo au Texas, tu es affublé d’un prétentieux qui te monte et te cravache à souhait.
Toi, le lourd et résistant percheron qui tire des tonnes de tonneaux dans le nord de l’Europe pour les assoiffés de bière brune ou blonde. Toi, la bête de somme docile attelée à la charrue fendant la terre du socle qui, en s’aiguisant sur la motte, la réduit en tronçons palpitants, tu prépares les semailles à venir. Toi ! moins bien loti dans les terres arides, accompagné d’un âne ou d’un mulet, remues un maigre sol sablonneux.
Cheval ! Mon ami, mon fier compagnon de tous les instants difficiles et festifs de ma vie, je ne saurai être pour toi qu’un admirateur, en te remerciant de tant de services rendus depuis le début des temps immémoriaux de la naissance du monde.
Toi, mon compagnon !
Toi, Cheval bicolore des Indiens d’Amérique ! Toi, superbe Cheval yearling des champs de courses, magnifique gagnant du prix d’amérique ! Toi, infatigable, crapahutant les pans des collines ou
des montagnes escarpées, chargé de sacs lourds à craquer ! Toi, qui me suis pas à pas dans mes randonnées les plus folles ! Toi, mon frère Cheval, si beau avec ta crinière au vent, quand tu cavalcades, brides lâchées ! Grâce à toi et à ton endurance, j’en ai connu et traversé des régions entières pour le plaisir de mes yeux ébahis de contemplation.
Et souvent, après tes plus belles années, je te sacrifie en boucherie, ou si mon cœur s’ouvre à un peu de compassion, je te confie à une âme charitable. Elle te met dans un pré, en repos et en paix où tu goûtes enfin des jours paisibles
dans la campagne verdoyante d’herbages abondants, jusqu’à ta mort bien gagnée.
Je ne peux que te louer pour tant de services et de moments de bonheur rendus. Il me suffit de faire référence aux cris des enfants dans un cirque, lorsque tu es empanaché comme un prince des mille et une nuits.
Je t’ai monté plusieurs fois dans ma jeunesse au bled, au Maroc, sans selle car j’aimais l’odeur de ta peau. J’ai souvent assisté à de belles fantasias où, monté par des
cavaliers émérites, tu soulevais la poussière sous les youyous des femmes et les “Allah Akbar !” des hommes enivrés de tes prouesses.
Permets-moi, seigneur des contrées infinies, de te servir mille remerciements.