Conclusion : Réflexion sur la Crise
La clef des dérisions, c'est la création d'une insatisfaction organisée pour les peuples gavés et stressés par la vie moderne. La compensation marchande donne prétexte à tous les débordements du manque. Crise de l'esprit, influencé par le chant des sirènes de médias bien intentionnés aux désirs gourmands. Crise ! Mon vide, rempli par des joies souvent factices. Crise ! Ce mal à vivre un quotidien calqué sur les objectifs du système marchand qui m'environne et dont la publicité me met constamment en besoin de. Crise ! Mon "moi-moi" qui cherche constamment le bonheur hors de soi. Crise ! mes maux les plus banaux transformés en véritable drame d'existence. Mauvaise intégration du sens de mon passage sur Terre. Mauvaise intégration de mes limitations de survie. Perte de sens. Oblitération de la réalité de ma courte durée. Recherches perpétuelles d'adjuvants pouvant compenser mes manques d'intégration des noblesses du vivre, sainement. Alors, j'existe à travers les filtres de mes angoisses et de mes peurs comme un malade.
Si ma réflexion me poussait à regarder autour de moi, moi le gavé d'un Occident prédateur et si sûr de ses succès, je me rendrais compte de l'immense bonheur que j'ai par rapport au quatre cinquième de la population du globe. La crise ! où est-elle, sinon dans les esprits, quand même le "Smigard" glisse sur les planches de surf à la montagne ! La crise ! Nos autoroutes bouchonnées de 50 Kilomètres de voiture, "cul à cul" ! Crise ! Les restaurants pleins, les Mac-Do remplis d'enfants, les galeries marchandes des samedis après-midi. Crise ! Les plages bondées de jolis derrières bronzés !. Crise ! Les ports remplis de bateaux à l'anneau. Crise ! Les spectacles, les foires, les fêtes foraines, les concerts, les Raves-party. Allez donc dire cela à d'autres. !Pourtant, il existe, dans nos pays gavés, des ghettos de misère insupportable. Alors, que dire des favelas, des bidons-villes, des trottoirs de Manille, des déserts brûlants des "Afriques", des poubelles de Moscou ? Questions sans réponses, pour peuples sans coeur.
Où se trouvent enfouies les identités humaines ? Où se trouvent les fraternités agissantes de notre espèce ? Où se trouvent les forces du progrès mieux réparti ? Où se trouvent les succès de nos médecines ? Où se logent les sans-domiciles-fixes ? Où se traitent les pollutions que chacun de nos "soi-disants progrès" semblent en mesure de traiter ? Où se trouvent les dirigeants des grandes affaires de la planète ? À quoi servent nos colloques, nos réunions, nos symposiums, nos grandes messes politiques ? Vers quel Univers s'engagent nos pas ? Avons-nous les moyens de nos prétentions ? Où sont les projections sensées d'un monde plus juste ? Les moyens existent, pourtant pour la première fois, de faire sortir l'homme de ses déviances. Nos savants, nos penseurs, nos réalisateurs en tous genres ne manquent pas d'idées pour rayonner de tous leurs feux, dans le bain des sciences exactes.
L'homme a toujours besoin du secours des crises pour faire le point sur son évolution et sur le développement harmonieux de sa psyché. Donnez-moi ce dont j'ai besoin et vous aurez de moi ce dont vous avez besoin vous-même. Ainsi fonctionne le moteur des crises et des prises de conscience d'évaluation des manques. Ce n'est pas la bienveillance du marché que l'on va chercher, mais bien le soin qu'il met à nous convaincre que, sans lui, on est inexistant. Il a très bien compris, le bougre, que nous fonctionnons à l'égoïsme et que seule notre petite vision égotique était à satisfaire. D'où le jeu subtil des marchands du temple de créer suffisament d'angoisses en nous pour développer les crises, qui appellent les revendications canalisées vers l'intêrêt des dirigeants de tous poils cravatés d'honneurs. On gère ainsi la violence des foules jusqu'à qu'une solution soit trouvée.
Le phénomène crisique des opulences et des misères assure la canalisation des passions humaines en colportant la violence des participants sur un bouc émissaire inventé pour la circonstance. Puis, le temps atténuant, la crise permet un nouveau palier de décompensation du mal-être des gens. Un peu de slogans partisans et c'est reparti pour un tour. L'oubli faisant le reste. La crise prend fin, pour un temps, jusqu'à la prochaine montée de nouveaux flux stressants. Mécanisme qui dure depuis la naissance de l'Humanité, et qui n'est pas là de disparaître, puisqu'il est fait de notre fondement psychotique d'insatisfaits chroniques. La confusion venant d'un mauvais étagement de notre conscience à formuler sainement notre destin. La crise oeuvre comme une voie de respiration des sociètés humaines pour une montée vers une meilleure compréhension de nos problèmes existentiels. Apprentis sorciers nous sommes, apprentis sorciers nous resterons, tant qu'un palier de conscience aigüe ne fera pas voler en éclats le système, mal orienté, en place actuellement. La crise est donc la médication contraignante pour traiter le malade que nous sommes devenu.
Le retour à une identité forte de nous-mêmes nécéssite un tel effort que la plupart d'entre nous, pour ne pas dire la majorité, préfère se confortiser dans la stricte ignorance. L'évolution ne les intéresse pas au-delà de leurs petites vues et de leurs gros besoins. Les pouvoirs assoient leurs vols d'identité, en fait, sur un troupeau de suiveurs trop ignorants ou trop à l'aise dans l'ambiguïté de leur situation de dominés. Les opulents se régalent des crises qui propulsent leurs avantages au-delà de celui des foules.
L'identitaire demande une conscience de soi. Prendre identité, c'est prendre conscience de soi et de sa liberté d'être ; tout en comprenant que la capacité d'assumer sa solitude avec dignité, n'empêche, en aucun cas, la prise de sens de la solidarité de l'espèce dont nous sommes sortis. Pour élaborer une Humanité digne de ce nom, il nous faut assimiler le bien-fondé des crises qui nous permettent d'élever le débat au-delà de nos petites manigances de prédateurs. Rien ne peut se faire de grand sans cette façon d'opérer, ensemble, au mieux être où nous confronte l'évolution. Il n'est pas facile de concevoir en soi ce degré d'évolution, sans un travail sur soi. Unique, nous sommes né. Nous prenons "identité" à la mesure de notre effort pour être digne d'être "Homme libre donc responsable".
Malheureusement, la plupart des hommes manquent de cette dimension "Trine" qui leur permettrait de prendre en main leurs destinées. Ils préfèrent se laisser porter par délégation de pouvoirs, sur d'autres, à l'occasion d'un vote, tout en les rendant responsables de leurs malheurs. Trop préoccupés de leurs médiocres intêrêts, ils laissent à d'autres le soin de les propulser dans leurs rêves. Dès lors, le piège des crises à répétition se referme sur eux. Les manques, les angoisses et les peurs sont le lot des gens faibles, sans volonté. Entre désirs et réalités, il y a un chemin raboteux, où les faibles ne vont jamais. Les "C'est pas moi, c'est l'autre" courent les rues, pancartes au vent. Les chiens aboient et la caravane passe. L'idolâtrie fait le reste. La gloutonnerie de biens pour soi n'arrange rien aux affaires du monde. C'est l'esprit en nous qu'il faut changer. Les crises servent de révélateurs à cet effet.
Les excès des individus engendrent, par réaction, les excès des élites qu'ils ont promus aux postes de direction. Seule reste apparente la surface émergée du discours ciblé par les commentateurs de télévision qui s'engouffrent dans cette brèche pour faire de l'audimat. La raison croit être à travers les stéréotypes acceptés par les peuples. Mimétisme saccageur de réflexions saines. La société, fiction collective, enfante les crises qu'une élite provoque pour mieux soudoyer les individus. Ces deux composantes assumant, chacune à sa place, une identité préfabriquée, afin de tenir leur rôle respectif pendant la crise. Le phénomène crisique se nourrit de ses contradictions.
La crise est comme un immense chaudron où se mijote, à travers un tas de filtres, les formulations donnant naissance à une avancée nouvelle. Ordre et désordre se répondent, en connivence de partage des moments fluctuants, dans un ballet sans fin, où se noient les imbéciles. La Nature de l'homme n'occultera jamais les besoins de la crise, pour faire avancer l'esprit. Un oeuf est fait d'un blanc, d'un jaune et d'une coquille. Mais, pour le manger, il faut le casser et le faire cuire : c'est aussi un poussin, une poule ou un coq, ou une omelette. Les hommes sont comme les oeufs. Il faut les faire vivre en les cassant ou en les cuisant, dans la marmite des crises. Alors, peut-être ils en découvrent le bien fondé et, en goûte la substentielle moëlle.
Dans l'anarchie de nos devenirs schizophrénes, le vent du désert souffle où il veut. Nous pouvons changer le revêtement extérieur, la contradiction intérieure est toujours présente. L'instant, dans sa plénitude, est le seul porteur de bonheur. L'instinct grégaire ayant rempli sa fonction primale dans la crise, jamais aucun système n'enfermera définitivement la vocation de l'humain : le vivant ira vers sa destinée, quoiqu'il arrive. Les crises sont les bouilloires de l'Esprit. Elles imposent l'évolution, hors de nos manigances. Nous nous confortons dans la médiocrité d'une paix achetée par nos peurs et nos angoisses, tout en éludant les vraies questions. Cette lâcheté nous conduit à la routine, à la lassitude de nous-mêmes, aux compromissions avec l'ordre mercantile, parce que nous sommes tous vénaux pour la plupart, et que la moindre pente nous satisfait plus que la montée vers des sommets plus aérés. Mais, vivre pour la plupart d'entre nous c'est sécuriser sa petite boutique, stocker un peu d'argent, se soumettre au plus offrant, en fermant les yeux sur ses combines. La crise dévoile les contradictions de la rigidité cadavérique de nos comportements trés petits et trés égoïstes. Faire agir le cerveau-coeur en psycho-phonie et en bio-harmonie avec les orientations de nos découvertes, demande plus, qu'une prise de conscience de notre destin. Un appel du coeur. Une élévation des âmes.