Toute menue, fragile en apparence, avec ton corps qui relie tes organes par un
minuscule conduit, pattes toujours en mouvement,
avec
tes sœurs grouillantes d’activité, tu ne cesses de gesticuler par monts et par vaux.
Et pourtant, tu sais ce que tu fais, chacune de vous ayant un rôle précis à remplir pour
le bien de la communauté. Tu t’affaires, toutes phéromones dehors, à ramener dans ton
labyrinthe de galeries le précieux butin nettoyeur de
nature.
Chacune à sa place accomplit sa tâche sans revendication qui nuirait à la communauté et en entraverait la bonne marche. Tu mènes un train d’enfer de bout en bout, sans rechigner aucunement,
sûre de ton destin de fourmi à sa place dans l’harmonieuse nature, honorant la
loi naturelle.
En file ordonnée, quoiqu’en apparence, pour des yeux cartésiens, tu serais désordonnée, tu remplis ta mission et ramènes à la fourmilière le butin de ton travail de fourmi. Bûcheuse infatigable, sans rechigner, sans t’arrêter, tu turbines comme une malade, cependant libre, car c’est ton destin de fourmi. Tu n’as pas l’outrecuidance de le remettre en question, comme ces fous
d’humains jamais contents de leur sort, qui recherchent la lune jusqu’à aller la violer de
leur prétention.
Dans leur orgueil démesuré, ils en oublient la terre, leur plus beau lieu de vie,
porteur de toutes les beautés de la Création. Ils s’enferment dans des
laboratoires
pour fouiller la matière et lui imposer leurs règles … avec la casse que l’on constate. Dans ce rêve fou de dompter les éléments, pauvres prétentieux pédants, vous allez vous faire prendre dans vos filets comme poisson en
nasse.
Toi, Fourmi, tu seras encore là, cachée sous quelque détritus, quand lui aura disparu ! Toi, tu ressortiras et reprendras ton travail de fourmi
consciencieuse ! Et la vie continuera d’être servie avec ordre et
harmonie ! Rien n’y pourra rien, c’est dans l’ordre des choses édictées par le Créateur.
C’est ce rien qui assure la tenue du tout, pour le bien de toutes les espèces vivantes inscrites entre “Vie et Mort”. Ordre immuable des éléments répondant au jeu précis
de la belle harmonie du monde. À le contempler, on s’émerveille de sa diversité et on la respecte avec foi en la
VIE.
Fourmis de multiples espèces, arpenteuses, porteuses de feuilles découpées avec une
ardeur insatiable, petites Fourmis des foyers, Fourmis des terres arides ou
marécageuses, des forêts tropicales dévoreuses de tout ce qu’elles rencontrent avec un
appétit gargantuesque, Fourmis grimpant aux arbres, et j’en passe, tellement ton monde est nombreux dans sa
diversité.
Je t’honore, belle nettoyeuse de terrains insalubres, fossoyeuse de détritus,
balayeuse d’ordures ménagères. Tu rends de multiples services, non reconnus par les hommes qui
te piétinent dès qu’ils te voient ou détruisent à souhait, bêtement, ta fourmilière si difficilement construite. Pauvre innocent plein de poils, tu es le pire prédateur du vivant sur terre, avec ton orgueil mal placé de
conquérant.